CHAPITRE PREMIER
L'Angleterre à vol d'oiseau. — A bord du Norwegian. — Mes compagnons de voyage. — Je faillis tomber à la mer. — Comment un verre de champagne fit avorter un discours éloquent. — Jacob fut-il le premier des menteurs ?— L’alcyon sans pattes,
? — Bizarre jugement d’un jury canadien. — A travers les glaces. Marche ou crève!.— Arrivée dans le Maine.
Triste et mélancolique fut mon départ de France, le 27 mars 1862. Je laissais à Marseille 1ne mère bien-aimée : que le chagrin causé par ma détermination devait conduire à la tombe, au bout de six ans de larmes, d’angoisses et de déceptions. Ce trépas pèse encore comme un remords sur ma conscience de fils et de missionnaire.
A onze heures du soir, je m’embarquai à Dieppe pour l'Angleterre. :
Ce départ fut mélancolique comme une fuite. Aucun
Live du st
parent ne m’accompagna à bord pour adoucir à mes vingt-trois ans la tristesse d’une séparation que je
croyais être éternelle, Aucune voix amie ne m’envoya J’a un dernier adieu. On n’y agita ni chapeau ni mouchoir. #S Roug Le vent ne m’apporta ni les saluts d’une foule bienveil- {Æ depui lante, ni les chants joyeux des matelots. Les hommes # remot
du palan m’avaient arraché sans aucune forme mon # Franc mince bagage, le laissant tomber dans la cale par l’écou- ! L’A
tille, plutôt qu'ils ne l’y avaient descendu. 4 proc Je cemeurai sur le pont de l’aviso jusqu’à une heure # bienv
du matin, appuyé à l'arrière contre le couronnement, # au de
les yeux tournés vers la France et dévorant mes Le
larmes solitaires. Je n’eus pas même la triste satis- bord
faction d'accompagner du regard ses rivages bien-aimés: trave un brouillard épais et humide traînait sur la mer, me # soleil dérobant non seulement les lumières de Dieppe, mais # de pa encore les feux vert et rouge du bateau. ÿ épano
Cela ressemblait aux apprêts d’une exécution à huis # de VE
clos, d’une noyade sommaire et nocturne. C’était à en La pleurer d’ennui. navire Je m’arrachai à ce spectacle qui amollissait mon cœur balan et descendis dans le salon pour y attendre le jour en Æ dante dormant, car je n’avais pas de cabine. Mais bah! les # pagni Anglais qui retournaient dans leurs foyers avaient ac- % blindé caparé toutes les places pendant que je faisais du sen- Æ mâtur timent au milieu du brouillard. Ils dormaient à poings M$ les m fermés sur toutes les banquettes et même sur le plan- M$ tonne cher. Je fus bien heureux de trouver une petite place timon sur la table, enroulé dans ma rug comme un Indien. M$ beau Après huit heures de traversée, nous abordâmes Æ Liver] aux rivages crayeux d'Albion. Je montai dans un 1! — : wagon, à New-Haven, me rendis le même jour à Londres Æ Con que je visitai à la hâte, et repartis aussitôt pour M$ Murra
oucir à mes tion que je e m’envoya i mouchoir.
ile bienveiles hommes forme mon e par l’écou-
À une heure ronnement, vorant mes triste satisbien-aimés: la mer, me eppe, mais
tion à huis C'était à en
tmon cœur le jour en is bah! les avaient acais du sent à poings r le planetite place un Indien.
abordâmesz
dans un à Londres sitôt pour
Liverpool, où j'attendis pendant huit jours le départ du steamer de la ligne Allan pour le Canada.
J'avais reçu mission de me rendre à la rivière Rouge du Nord, petite colonie franco-écossaise devenue depuis province de Manitoba, mais qui était alors la remota Thule de nos compatriotes de la Nouvelle- France.
L’Angleterre nous est connue; elle est trop ‘rapprochée de nous pour que j'y arrête les pas de mes bienveillants lecteurs, qu’il me tarde de transporter au delà de l'Atlantique.
Le 3 avril, à une heure de l’après-midi, j'étais à bord du Norwegian qui devait me faire effectuer cette traversée. Pour la première fois depuis huit jours, le soleil d'Angleterre ne ressemblait plus à une lanterne de papier gris. Son « cœlum nubibus fœdum » s'était épanoui, pour nous montrer une dernière fois l’azur de l’Europe.
La Mersey, plus large que la Seine, est couverte de navires de toutes voiles et de tous tonnages, qui se balancent sous la grosse houle de la marée descendante. Au-dessus d’eux, le beau paquebot de la Compagnie canadienne élève élégamment sa vaste carène blindée et à trois ponts. Navire mixte, il porte dans sa . mâture les couleurs des trois puissances dont il a reçules malles. Tout à coup la vapeur siffle, le canon tonne, le pavillon britannique frappé à la corne d’artimon salue par trois fois la ville et la nation; puis le beau steamer s’ébranle, fend les flots et s’éloigne de Liverpool.
— Farewell! Farewell!
Commandé par le vieux et aimable capitaine Mac-
| Murray, commodore de toute la ligne, notre bateau
est monté par un équipage d'highlanders et de Norwégiens; des hommes de six pieds, chevelus et barbus comme des tritons, au teint d’écrevisse bouillie, au regard pers et glauque comme la mer qu’ils labourent.
Aux premières, nous sommes trente passagers dont “cinq sont des capitaines yankees qui regagnent leurs foyers. Ces hommes moroses et raides comme des paratonnerres fixent tout le monde dans le blanc des yeux, avec l’air inquisiteur de détectives. Ils parlent du fond de leur nez comme les Peaux-Rouges, s’accoudent sur les tables, crachent dans leur assiette, au dessert, ruminent du tabac twist el dorment les jambes en l'air en les plaçant le plus haut possible.
Partout où on les rencontre la description est la même. Ces habitudes bizarres sont évidemment dans leur ordre; mais la race s’en perd. Tout tend à se niveler, aujourd'hui; toute originalité s'éteint et se fusionne dans le type uniforme et cosmonolite du bourgeois civilisé.
L'un de ces Yankees, borgne et privé d’un petit bout de son nez, s'enfuit d'Angleterre sous le coup d’un procès pour baraterie. C’est du moins ce qui se raconte à bord. Il paraît que ce délit nautique est une spéculation assez en honneur chez certains marins peu scrupuleux de la Nouvelle-Angleterre. Quand leur navire est vieux et assuré, ils préfèrent le jeter à la côte que d’aller en vendre la cargaison dans un port de mer. C’est beaucoup plus lucratif et plus tôt fait.
J'étais le seul Français à bord, mais j’eus l'avantage d’y découvrir un Canadien d'origine française, marié à une Parisienne pur sang. Homme d'une gaîté intaris-
sable et d’une amabilité sans pareille, M. Hardy, libraire
DATES OT à DEC
et de Norwéus et barbus bouillie, au qu’ils labou-
ssagers dont agnent leurs comme des le blanc des Ils parlent ouges, s’acassiette, au t les jambes tion est la nment dans ; tend à se teint et se opolite du
1 petit bout coup d’un Se raconte une spécus peu scrueur navire a côte que t de mer.
l'avantage e, marié à té intarisy, libraire
à Québec, en était à sa dix-septième traversée de l’Atlantique :
— Et jamais un seul coup de mer, monsieur; is nais ce qui s’appelle l'ombre d’une véritable tempête!
“Il y a des gens si chanceux, que voyager en leur compagnie décourage. Pas moyen d’éprouver la moindre émotion avec eux. Que voulez-vous craindre à côté d’un homme qui a déjà fait plus de dix-sept mille lieues sur l’eau salée sans en recevoir une éclaboussure! Et tout cela pour acheler et revendre des livres. En vérité, il est des négociants sublimes!
Nous doublons bientôt cette petite mais fière île de Man, qui avait pris pour armes trois jambes unies par laine et se poursuivant. Cela signifiait qu’elle défiait ses trois grandes voisines : l’Angleterre, l'Irlande et l'Écosse qui la convoitaient, en allongeant symboliquement le pied dans leur direction, d’une manière plus ou moins amicale.
Nous nous engageons ensuite dans le canal du Nord, passons devant le Firth de Forth, et all: ns jeter l’ancre à l'entrée du golfe de Foyle, à la pointe septentrionale de l'Irlande, pour prendre la malle de ce pays. J’en profitai pour débarquer à Londonderry afin d’avoir une idée des beautés de la verte Erin. Je n’y vis absolument rien d'intéressant.
Le soir même nous cinglions vers la haute mer, naviguant contre le courant du golf. Deux jours après, je manquai une belle occasion d’aller approfondir les flots amers sans l’aide du scaphandre. Le salon était occupé par la congrégation protestante du bord, à laquelle un ministre baptiste faisait le prêche. En attendant la fin de la cérémonie, je me tentis dans
l’un des deux passages qui conduisaient au salon. Les matelots, profitant du calme et du beau temps, y avaient laissé un sabord ouvert dans le dessein de les aérer. Un mouvement de roulis me fit tomber sur le plancher récemment briqué et encore tout humide, et je glissai jusqu’au bord de l’abîtme béant sous mes pas. Qui me retint? Un simple rebord d’un ou deux pouces, ou plutôt la main toute-puissante de Dieu. Je me cramponnai vivement à une saillie de l’immense ouverture, et me tirai de là aussi blême qu’un mort.
Si j'avais eu le malheur de tomber à la mer, nul à bord ne s’en serait aperçu.
Le Révérend avait prêché sur la te npérance parfaite, un de leurs topiques favoris. A la sortie on riait, et M. Hardy, qui avait assisté à la cérémonie par curiosité, me dit que le ministre s'était élevé si violemment contre l’usage de toute espèce de liqueur, que ses compatriotes mêmes en faisaient des risées. |
Immédiatement après le service, on sonna le dîner où, entre autres desserts, on servit du plum-pudding au whisky, mets essentiellement britannique. Sa Révérence se lécha les lèvres en humant le fumet de l’appétissant gâteau; mais elle n’eut garde d’y toucher, eu égard à la liqueur dont il était arrosé et qui nous réjouissait par ses flammes bleues et jaunes. Les protestants les plus scrupuleux ne se firent pourtant pas faute d’y planter la dent, et ils eurent bien raison.
Sur ce, un gascon comme il en surgit partout, mème chez nos bons amis d’Outre-Manche, se tournant vers le prédicant, une bouteille cachetée à la main :
— Offrirai-je un verre de champagne à Votre Révérence? demanda-t-il avec respect.
— Y at-il du whisky dans le champagne ? hasarda
Salon, Les DS, v avaient es aérer, Un le plancher et je glissai as. Qui me Pouces, ou
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à le dîner -pudding Sa Révéle l’appécher, eu jui nous Les prolant pas On.
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avec une certaine hésitation l: ministre, en couvant de l’œil le liquide doré.
— Of course no/ exclama le gentleman. Pas une goutte, sir.
— Well! Dans ce cas je puis accepter sans rompre mon vœu de tempérance, reprit le Révérend. Et il avala saintement le champagne à la grande hilarité de toute la salle.
J'en fus confondu pour lui. Le pieux gentleman ne s'était pas même aperçu du piège que son malicieux voisin lui avait tendu. Ce champagne c’était une tentation, mais c’était aussi la péroraison de son discours, qui se montra ainsi en contrad tion flagrante avec les prémisses.
Bien que nous nous trouvassions déjà à plus de deux cents lieues des côtes, le 7 avril, je fus bien étonné de voir notre paquebot constamment suivi par un fort volier de goélands bourgmestres qui semblaient vouloir effectuer la traversée de l'Atlantique avec nous. Quel vol puissant ont ces pigeons du capitaine! On les perd de vue toute la journée; puis, le soir, à l’heure du repas, qu'ils semblent pressentir, ils accourent à tire d’aile, tourbillonnant au-dessus du sillon écumant que trace le steamer, en guettant leur souper. Sitôt que l’an jette à la mer des déchets de cuisine, cette masse de plumes blanches se laisse tomber sur les flots comme les flocons de neige, en hiver. Puis ils remontent dans les airs, abandonnant au vent leur corps léger que soutiennent d’immense ailes, et poussant ce cri plaintif qui leur est particulier.
Ce sont ces allures vaillantes, c’est ce vol infatigable des mouettes, l’alcyon des anciens, qui avaient porté le naïf chevalier Pigafetta, compagnon et historien de
Magellan, à écrire que ces oiseaux n’ont pas de pieds, qu'ils ne se reposent jamais, et que la femelle pond et couve ses œufs sur le dos du mâle! L angle
A la troisième classe, il y avait plus de trois cents passagers irlandais et allemands qui éu..graient en Canada. Parmi eux se faisait remarquer un juif vêtu d’une polonaise fourrée de renard, et coiffé d’une espèce de kolbach. Il se disait asiatique, bien qu’il répondit au nom de Müller. C’était un marchand de pierreries, qui affectait l’indifférence religieuse la plus profonde, excepté lorsque l’honneur d'Israël était en jeu. Dans ce cas, je dois lui rendre cette justice qu’il ignorait tout respect humain. Et il avait bien raison.
A lui seul, M. Müller faisait plus de fracas que ses deux cents quatre-vingt-dix-neuf compagnons de steerage. Il allait, venait, pérorant en allemand, en anglais, en italien, en syriaque. 1l tranchait toutes les questions d’un ton autoritaire, paraissait détester les Anglais, vantait les Américains, et rabâchait toute la journée \ avec un babil de perroquet. «1
Son aplomb, ses saillies, ses feintes colères, mais s’écri surtout sa cassette de joaillier, l'avaient fait admettre B o'in sur le gaillard d’arrière, où les passagers de troisième A mois n’ont point accès. sieur
Un matin après le thé, j’entendis ce digne fils d'Israël Je me chercher sur le pont où nous remontions. | EL
— En quoi, s’il vous plaît, monsieur, lui dis-je poli- : MAT ment, mon concours peut-il vous être utile ? Æ elle
— Monsieur le curé, s’écria l’Israélite, je désire que des vous soyez juge d’un différend. Je suis assuré d’avance D un; que votre sentiment cadrera avec le mien. 1 «
— De quoi s'agit-il, monsieur? M nii
— D'un jugement qu'un jury anglais du Canada
as de pieds, elle pond et
trois cents -8raient en in juif vêtu Oiffé d’une bien qu’il archand de use la plus él était en istice qu’il en raison.
1e ses deux teerage, Il nglais, en questions s Anglais, a journée
es, mais admettre troisième S d'Israël s-je polisire que
l'avance
Canada
aurait rendu contre un de mes coreligionnaires nommé Jacob “‘". Voici M. Cotnam, un respectable Canadien anglais de Québec, qui me soutient depuis un grand quart d'heure que le patriarche Jacob usa de fourberie
et de mensonge pour obtenir les bénédictions d’Isaac.
Il appuie cette opinion absurde du jugement que vient de rendre le tribunal de H... en faveur d’un Israélite nommé Salomon contre le susdit Jacob que le premier accusait de fraude dans une transaction commerciale. Jacob niait désespérément qu’il eût agi avec fraude. Salomon affirmait avec serment qu’il y avait eu fourberie et duplicité. Il objectait au jury que le patriarche Jacob ayant été le premier menteur, il était de bonne tradition dans la synagogue que tous les Juifs qui se réjouissent du même nom ont hérité de cette qualité paternelle. Unsimple phénomène d’atavism?, monsieur.
« En présence de ce témoignage, le jury canadien n'aurait pas hésité à condamner Jacob ***. Croyezvous cela ?
« Et voilà ce que M. Cotnam appelle une preuve! s’écriait M. Müller, rouge de colère. Voyez-vous, cela m'indigne, cela m’exaspère, et j’en appelle à votre témoignage. Que dites-vous de ce raisonnement, monsieur? »
Je me mis à rire :
— Si tant est, lui dis-je, que l’historiette que vous a rapportée M. Cotnam émane d’une feuille anglaise, elle doit sortir probablement des colonnes du Punch ou des Comic clippings, et monsieur me semble avoir pris un gros canard pour un fait divers sérieux.
« Quant au raisonnement dont vous me parlez, il n’est ni israélite, ni catholique, ni même protestant; car les protestants croient aussi bien que nous à la sainteté
du patriarche Jacob. Si ce jugement invraisemblable a été rendu à H..., il ne saurait convaincre Jacob de mensonge et je vais vous le prouver facilement :
« Ce patriarche avait loyalement acheté le droit d’atnesse de son jumeau Esaü; il supportait donc dès lors le personnage de celui-ci, de droit et de fait. Si Jacob avait été dans le tort, en réclamant les bénédictions paternelles dues à l’aîné de la famille, sa ruse s’appellerait mensonge et fourbeiie. Ayant fait usage de son droit, sa conduite n’était plus que de la finesse; c'était une prudence nécessitée par le caractère violent d’Esaü qu’Isaac n’aurait pas osé braver en accordant ouvertement ses bénédictions à Jacob. Loin d'en imposer à son père, celui-ci lui rendait donc service en le dégageant de toute responsabilité.
— Je le savais bien, s’écria le Juif asiatique exultant, je le savais bien que M. le curé serait de mon avis, ainsi que tous les curés de l’univers !
Là-dessus, il se répandit contre les protestants en une tirade que je me dispense de transcrire ici.
Le 11, la mer parut être de plomb fondu. Une brume épaisse répandant une odeur marécageuse léchait la surface des flots alanguis et nous baignait d’une moiteur désagréable. Nous aperçûmes plusieurs baleines à distance.-et le soir même nous rencontrâmes des glaces flottantes. Nous venions d’entrer dans le grand courant du Labrador qui descend de la baie de Baffin et se mêle au Gulf stream au delà des pancs de Terre-Neuve.
‘ Le lendemain, à notre réveil, quel ne fut pas notre étonnement de nous trouver prisonniers dans une mer de glace ! L’horizon était occupé par une banquise qui nous enserrait sur trois côtés. Nos derrières seuls étaient
« C com d’'Huo le ba cham frayel coura
Voi nul n” saient
Les mots f ne se épiaie
Il € avait miliet plus :
Qu n’étai une & sans
dans les €
PE
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re Jacob de ement :
le droit d’atlonc dès lors it. Si Jacob bénédictions ruse s’appelisage de son esse; c'était lent d’Esaü
dant ouver-
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en le déga-
tique exulait de mon
testants en bndu. Une récageuse S baignait plusieurs ontrâmes dans le a baie de pancs de
bas notre
une mer qjuise qui Is étaient
encore libres, et on y voyait flotter quantité de montagnes de glace presque aussi hautes que notre mâture. Les vagues les ombraient d’un magnifique bleu d’azur.
Peindrai-je les glaçons l’un sur l’autre entassés Voyageant sur les mers en montagnes flottantes Et se heurtant au gré des vagues inconstantes, Désordre du chaos ! ?...
« Où sommes-nous donc? nous demandions-nous. Le commodore a-t-il pris par mégarde la route de la baie d'Hudson pour celle de l’État du Maine, ou bien est-ce le banc de Terre-Neuve qui arrête au passage ce grand champ de glace? Serons-nous cond°"anés à nous y frayer une route, ou bien allons-nous dériver avec le courant jusqu’au golfe du Mexique ? »
Voilà ce que chacun se disait avec anxiété; mais nul n’osait questionner les officiers, qui nous paraissaient aussi mystifiés que nous-mèmes.
Les capitaines yankees chuchotaient entre eux lé mots fausse manœuvre, témérité, imprudence. Mais ils ne se confiaient point aux autres passagers qui les épiaient.
IL était toutefois évident qu’une erreur de latitude avait été commise dans la gouverne du paquebot, au milieu de la brume, et que nous cinglions beaucoup plus au nord que ne le comportait notre route.
Quoique blindé, ou justement parce qu’il l'était, il n’était guère probable que le Norwegian eût pu supporter une aussi forte pression que celle d’une mer de glace, sans éprouver de fortes avaries dan: sa machine ou dans sa coque. L’hélice aurait-elle la force de soulever les énormes banquises qui battaient en brèche les