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SUR LE HAUT MiSSI-SIPIY. 105 à vos yeux qu'un roman cocasse et presque bête. Du temps de Chateaubriand, ce n’était qu’une illustration fidèle du genre de vie que vos jeunes nobles venaient encore mener de ce cûté-ci de l'Océan. Lord Milton, un
Anglais pourtant, en a édité dernièrement une nouvelle
et curieuse édition. Ils choisissaient un beau site au sein
d’üne heureuse peuplade, ils y bâtissaicnt de grandes cases de bois reliées par des palissades, qu'ils décoraient du nom de forts; et de là ils étendaient leurs covrses à travers les forêts, vivant de la vie des sauvages, s’unissant à des Afala et à des Céluta pour peupler ensuite les déserts de leurs petits de populo barbaro. Is faisaient des pastorales en action, après en avoir joué dans les jardins de Versailles pour amuser le Grand Roi. Et c’est avec ces idées sentimentales qui cadraient si bien avec l’indépendance, l’amour du repos et des plaisirs qui caractérisent les Peaux-Rouges, qu’ils s’en étaient fait des alliés, des amis et des parents.
« Colons, ils ne le furent jamais. Ils se répandirent dans les forêts et explorèrent les déserts du Nord- Ouest, inscrivant leur nom en blanc et en rouge chez toutes les peuplades, clouant leur cotte d'armes sous tous les sapins et sous tous les chênes Au désert. Coureurs de bois, ils engendrèrent d’autres coureurs de bois. À cette époque on était coureur de bois comme de nos jours on appartient au Jockey ou au Rowing Clubs, c’était la mode.
« Eh bien! cette vie de polichinelle ne sera jamais comprise par un Anglo-Saxon. À eux il faut de beaux champs, des fermes bien pourvues, des demeures confortables, des villes respectables, le roastbeef, le pudding et des pommes de terre ; jusqu'à ce que devenus Yankees, ils se contentent de jambon frit, d'œufs et
d’eau claire, mais avec plenty money en poche Cela aussi c’est de la poésie, mais elle est solide et durable. Vous en voyez partout des exemples ici. »
Il était cocasse lui-même, mon excellent gentleman, sans qu'il s’en doutât. Ses tirades me plaisaient si fort que je ies consignais aussitôt dans mon journal, comme Lavenette. Je prie seulemert mes lecteurs de vouloir bien leur pardonner ce qu’elles ont de trop rude pour l’amour-propre français, par égard pour la somme de vérilés qu’elles peuvent contenir; car cet homme, Français d’origine, était un vrai patriote.
Le Missi-Sipiy sépare l’État du Wisconsin d’avec celui de la Minnésota. Nous allons voguer sur une frontière mouvante. Le soir même de notre arrivée à La Crosse, nous prenions place sur le Washington, qui devait nous conduire à Saint-Pol. C'était un grand chaland à fond plat comme un bateau-lavoir de la Seine, supportant un édifice à triple étage de galeries superposées. Il était flanqué de deux immenses cheminées, entre lesquelles se mouvait un grand balancier en manière de pompe à incendie. Figurez-vous l’établissement de bains de la Samaritaine se promenant du Ilavre à Paris avec une roue de chaque côté, et vous aurez une idée à peu près exacte des vapeurs missisipiens. .
Ces curieuses embarcations ne tirent pas plus de deux pieds d’eau, mais elles s’élèvent de vingt à vingtcinq pieds au-dessus du fleuve. Les Rapides et les bancs de sable qui obstruent le cours du Missi-Sipiy ont exigé ce genre àäe construction navale. Leurs machines sont à haute pression et font entendre constamment des soufflements de locomotive. A la proue sont fixés verticalement deux mâtereaux qui passent dans des anneaux et sur lesquels deux palans opèrent une pesée qui soulève
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le navire sitôt qu’on les fait mouvoir. Ce sont des bé quilles destinées à faciliter au bateau le passage des
barres et des battures.
A l’intérieur, ces bateaux ressemblent à des hôtels. On y jouit du mème confort; on y est à table d’hôte, et les cabines ont l’agrément de s’ouvrir et sur la véranda et dans le grand salon central. Ce dernier appartement est meublé comme celui des Transatlantiques, avec lustres, glaces, boiseries de luxe, tapis, banquettes de velours, jardinières et piano.
Tout à coup la cloche sonne, la vapeur beugle, .les soufflements puissants et alternatifs des deux hautes cheminées se font bruyamment entendre, et nous nous ébranlons en remontant le Missi-Sipiy.
Ce fleuve fut découvert, en 1673, par l’explorateur français LouisdJollietetle missionnaire jésuite Marquette, suivis de cinq autres Français. Ils le descendirent depuis la rivière Wisconsin jusqu’à l’Arkansas et s’en retournèrent par la rivière Chikak ou des Putois, à laquelle ils donnèrent le nom de rivière des Hillinois, à cause des Indiens de cette race qu'ils y trouvèrent. Le Missi-Sipiy reçut d'eux le nom de fleuve Colbert, qui n’a point prévalu.
En 1679, Le Cavelier de La Salle tenta aussi l’exploration du Missisipiy, mais il s’en revint du lac Supérieur, laissant à son compagnon, le récollet parisien Iennepin, le soin de continuer seul son voyage. Ce ne fut qu’après 1682 et avec le récollet Mambré qu’il descendit le fleuve jusqu’au golfe du \iexique, donnant à toute la contrée qu’il arrose le nom de Louisiane. Il en prit possession au nom de Louis XIV t.
En 1689, Nicolas Perrot dressa l’acte de prise de