‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 26 sur 93 · Ferland, Histoire du Canada · texte numérisé non relu

Ferland, Histoire du Canada

possession, au nom de la France, de la baie des Puants sur le lac Michigan, des rivières aux lRenards et Ouiscouche, du Missi-Sipiy et du pays de Nadowésiour, dont les Français firent les Sioux. Ce nom en hilliné signifie petits Iroquois. Les Français n’en conservèrent que le suffixe diminulif si ou siou, qui veut dire pelits.

L'année 1723 vit une nouvelle exploration du Missi- Sipiy, celle de MM. de Bourgemont et de Saint-Ange. Ils visitèrent le bas Missi-Sipiy, le cours de l’Arkanzas, du Kanzas, affluent du Missouri, du Colorado, ainsi que les plaines du Nouveau-Mexique. Cette expédition fit connaître d’autres tribus indiennes appartenant aux trois grandes familles siouse, caraïbe et dènè : les Pddoucas, les Chouanons, les Arricarah, les Wasatch (ours) ou Osages, les Kanzas ou Sioux, les Omahas et les Halitané ou Serpents.

Parmi les soldats de M. de Saint-Ange, premier explorateur du Missouri, se trouvait un Parisien nommé Sans-Chagrin dont j'ai administré le fils à son lit de mort, dans un îlot du haut Missi-Sipiy, au mois d'avril 1876. C'était un vieillard auquel on donnait 85 ans, mais qui pouvait bien en avoir 90. Il a laissé deux rejetons.

En 1739, eut lieu l'expédition française des frères Mallet et de six autres Français, dans le sud-ouest du Missi-Sipiy. 11s remontèrent la rivière Plate ou des Pâhni-Mahas, gros affluent du Missouri, l’espace de 28 lieues, au mois de mai 1740; s’élançant ensuite vers le sud, ils traversèrent plusieurs cours d’eau et revinrent par la rivière des Arkanzas, après s’être abouchés avec des Laïtané, tribu encore inconnue des Européens.

Nous verrons plus loin ce qui concerne la découverte et les explorations du haut Missi-Sipiy.

En attendant, nous voilà en route pour la capitale

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de l'État de Minnesota. La nuit est calme et sercine. Dans le ciel une aurore boréale essaye vainement de se dessiner. Au fond des bois, dans la direction de Trempe-à-l'Eau, un incendie projette des lueurs sanglantes en envoyant vers le ciel des tourbillons de fumée noire et rose. De chaque côté du fleuve, les lointaines et belles rives rentrent dans les ombres de la nuit avec leurs dentelures et leur revêtement de forêts. Après avoir fait glisser sur les eaux quelques chants patriotiques, aimés des Américains, la Marseillaise entre autres, nous rentrons dans nos cabines pour goûter le repos.

A minuit, une commotion nous réveille en sursaut, Nous venons de toucher sur un banc. Vite, on renverse la vapeur et le béquillage commence. C’est donc ici que les bateaux ont des Jambes, ou plutôt qu’ils marchent sir des échasses.

Peu d'heures après, les forèts se réveillent sous les caresses de l’aurore. De leurs retraites, mille oiseaux font relentir l'air de leurs gazouillements. La lumière dorée du n.atin, en passant entre les troncs pressés des érables, des hètres et des chènes, transforme les bois en un palais de fées, en une sorte d’Alhambra fantastique et magique. Cette décoration théâtrale change à chaque détour du fleuve. Ce souc des collines tantôt coupées à pic, tantôt dentées en scie; ici alignées en table, plus loin arrondies en mamelon et toujours à demi ensevelies dans la sombre verdure des forêts, tandis que leurs têtes rougeâtres surgissent comme des crânes scalpés qui saignent.

Nous sommes devant Minioka. Le Missi-Sipiy s’est rétréci et ne mesure guère plus d’un kilomètre. Mais, bientôt, il atteint deux lieues de large sur six de long

et prend le nom de lac Pépin; c’est celui de deux frères français qui comptèrent au nombre de ses premiers explorateurs. Le paysage y est triste; ce sont toujours des collines calcaires ou d’alluvion qui bordent le fleuve, mais elles sont dénudées, elles y plongent presque à pic, superposées en terrasses pleines de talus rapides et de cavernes qui renferment des ours et des serpents à sonnettes.

Plusieurs jeunes villes en briques rouges sont assises dans ces plateaux rouges, portant des noms rouges : Red-wing Red-logs, Red-rocks, Red toutes sortes de choses. Au bout du lac, dans un paysage rouge, s'élève une ile ro’:ge qui offre une arète précipiteuse de 192 mètres. C’est le saut de la Pucelle (the maiden’s rock), ainsi nommé parce qu’une jeune fille indienne, pucelle ou non, se précipita dans le fleuve par dépit d'amour. Les forêts aussi recèlent leurs mystères et leurs faits divers.

Ah! voici les ruines de Missisipiy-la-Galette, ce vieux

fort français construit en 1722 par Pachot, le seul fort d'Amérique dont le peuple français ait conservé et consacré le souvenir dans la finale de sa vieille chanson d’Arlequin et Golombine. Toujours sérieux, les Français. Ce fort était situé au confluent de la rivière Sainte- Croix, découverte par le coureur de bois français, M. de la Croix, avant 1660. Il y laissa ses os. Les Yankees l’appellent maintenant Prescott, et c’est une ville.

Le 9 mai, à 4 heures de l’après-midi, nous avions franchi les 273 kilom. 530 mètres qui séparent Saint- Pol de La Crosse et les 1,805 kilom. 298 mètres que l’on compte entre La Crosse et Montréai; en tout 520 lieues françaises. Nous abordâmes sous cette jeune ville de Saint-Pol fondée en 1825, qui, en 1848, n'avait encore que trois cabanes, et qui, cependant, comptait

155,000 âmes en 1862. En 1883, quand j'y repassai pour la seconde fois, elle en avait 50,000. Voilà comment les villes progressent aux États-Unis.

Mes aimables lectrices voudront bien me dispenser de leur faire la description de Saint-Pol. Toutes les villes de l’Union se ressemblent; toutes sont tirées au cordeau, disposées comme les cases d’un échiquier, avec des rues numérotées et coupées, par des avenues qui ie sont aussi; toutes offrent, pour la curiosité du coup ‘œil, une profusion de clochers pointus, carrés, en télescope, souvent alignés dans les mêmes avenues. Mais Saint-Pol possède plusieurs curiosités que toutes ses sœurs n’ont pas. Elle a un grand pont de bois sur le Missi-Sipiy, en forme de montagne russe, et elle est construite sur une immense carrière de pierre de taille aux stratifications horizontales, qui forment rempart au bord du fleuve. Il y a là des matériaux pour une ville deux fois grande comme Paris. Ces assises constituent un dallage naturel à ses rues, aux caves et aux basses offices de ses maisons. Rien de plus solide, de plus propre et de plus économique; mais aussi rien de plus froid.

En outre, Saint-Pol est le point de départ ou le termiaus de cinq voies de chemin de fer. Enfin, elle est l’entrepôt général et naturel de toutes les productions du Nord-Ouest, et le caravansérail de toutes les caravanes qui arrivent de la rivière Rouge ou qui s’y dirigent. Aussi, la puissante Compagnie de la Baie d’Hudson y a elle une agence spéciale.

Je vis à Saint-Pol le bureau de poste le mieux organisé et le plus curieux qui se puisse voir. Dans une grande salle semblable à celle d’une gare, se dresse un immense lambrissage de chêne, qui en occupe tout le

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fond et qui est divisé en milliers de boites à lettres. Ces boîtes n’ont pas de guichet. Elles sont numérotées et ferment au moyen d’une serrure de sûreté dont, seul, le propriétaire a la clef. Avec l'intérieur du bureau, ces boîtes communiquent par un guichet qui sert aux employés pour la distribution des lettres. Rien de plus sûr et de plus commode que ce procédé. Il vous suffit, par exemple, d’envoyer vos lettres à # Monsieur 4320, Saint-Pol, Minn. pour que la lettre arrive à destination sans même que l’on connaisse le

nom du destinataire. Elle va tout droit dans la I boîte 4320 où son propriétaire la prend en faisant sa 0 tournée journalière au bureau. Dès lors plus de ven- c geance de la part des facteurs, plus d’abus de con- d fiance de la part des employés, des concierges, des o voisins; plus de détournements, de soustractions, ni d'interceptions possibles. e Les seuls inconvénients du système sont le déplace- » ment pour les particuliers, l'encombrement de la foule c au bureau et la nécessité pour la poste d’avoir un ï nombre incalculable de boites à lettres. n J'imagine seulement que ce système n’est qu'à l’u- e sage des abonnés. En ce cas, on conçoit qu’il esi de n beaucoup préférable à un casier ouvert et placé à la c merci des commis. d Les terrains sont chers, à Saint-Pol. En 1862, l’arpent 8 b carré (91 ares carrés) y coûtait $ 7.50, ce qui fait cl #7 fr. 50. L'Évèché catholique y possédait qua- cu rante arpents achetés à ce prix pour la somme de ce 1,500 francs. Cependant, à l'heure qu’il est, la valeur ci de cette propriété est tout à fait hors de proportions r'e avec cette somme relativement minime. = le

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les grandes fortunes, en Amérique, comme elle les créa jadis dans l’Europe occidentale. Combien ne seraient pas injustes les Américains, si quelque beau jour il leur prenail fantaisie de déposséder ces légitimes propriétaires des domaines qu’ils ont acquis au prix de quelques oboles ou par le droit du premier occupant, sous le spécieux prétexte que les terres ont acquis plus de valeur, ou que l’on désire une égale répartition de la propriété entre les citoyens. N'’est-il pas de la plus stricte justice que les hardis et courageux pionniers qui se sont établis les premiers dans un désert dont personne ne leur contesta l’occupation première, parce qu’il n'offrait au colon que peines et durs labeurs, demeurent dorénavant les légitimes et seuls possesseurs de la terre qu’ils ont défrichée à la sueur de leur front, ou qu’ils ont fait fructifier à leurs frais et dépens?

Il me semble que ce ne sont point là des prétentions exagérées, mais un droit incontestable et irréfragable,

Une pensée unique me serrait le cœur, à Saint-Pol comme sur toute ma route, depuis le jour où je mis le pied en Canada, c’est que jy étais chez moi, dans une nouvelle patrie découverte et conquise par mes pères, et que cette terre ne nous appartient plus. Cest que nous avons passé par ici comme dans tant d’autres contrées, sans y laisser d’autres traces que des noms et des souvenirs. C’est que, en dépit de nos belles et bonnes qualités : la vaillance, le courage, l'honneur chevaleresque, l'amour des découvertes et l’esprit de conciliation pour les peuples soumis, nous avons perdu ces vastes contrées avec autant de légèreté et d’insouciance que l’on en met à un jeu de hasard, sans un regret, sans un effort pour les récupérer; et que nous les avons oubliées si complètement que rappeler nos

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gloires à nos compatriotes, en rassembler les documents épars, paraît à plusieurs un travail stérile et oiseux, sinon un récit invraisemblable.

Le grand et jeune peuple qui possède aujourd’hui cette dernière contrée, que les découvertes de cinq Français donnèrent à Louis XIV, y a déjà taillé huit ou dix États, en attendant d’y en découper d’autres d’après les besoins et l'accroissement de la population. Possédant au plus haut degré les génies colonisateur et industriel, il a su les unir et les faire concourir à son extension. L’amour du travail poussé jusqu’à une espèce de fanatisme a fait le peuple américain ce qu’il est. Mais les Yankees ont encore d’autres qualités. Ils sont sobres comme des dromadaires, doux, paisibles et religieux, et cependant si modérés, si libéraux sur le chapitre de la religion, qu’on peut praliquer chez eux n'importe laquelle, sans se voir exposé à des insultes ni à des atlaques malhonnètes. Ils ont le bon sens de ne point faire de la religion une pratique incompatible avec le gouvernement républicain, encore moins un motif d'injuste ostracisme.

Loin d’envier les étrangers, ils les accueillent avec générosité, les adoptent comme des frères, leur distribuent des terres de premier choix où le colon s’enrichit au bout de peu d’années, ou du moins acquiert une aisance et une propriété qu’il ne possédait pas dans sa patrie. Ils sont doués d’une activité fébrile, d’une ardeur entreprenante que rien n’abat, d'ane énergie de Celte, d'une persévérance toute germanique, d’un courage gaulois sans être cependant des hommes violents. En un mot, ils ont les qualités du peuple anglais, unies à celles de l'Allemand et de l'Indien.

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les nations stables, les Américains ont des défauts. C’est inévitable. On a ridiculisé ces républicains à cause de leur amour des titres et des distinctions, sans réfléchir qu’ils ne font nullement exception sur ce point. Il est certainement curieux de voir une foule de gens se donner le titre de général, colonel, capitaine, juge, justice, docieur et même celui de sergent. C’est une nouvelle preuve que nous avons besoin de la considération d’autrui pour nous respecter nous-mêmes. Mais je préfère de beaucoup les hommes qui savent se relever aux yeux de leurs concitoyens et des étrangers, à ceux qui prennent à tàche d'abolir tout ce qui peut distinguer le mérite, ennoblir la vertu ou le travail. Ceci n’est nullement de l'essence d’une bonne république.

Tout ce qu’on peut reprocher aux Américains sur ce point, c’est le manque d'initiative et la vulgarité. Ils auraient dû créer de véritables titres qui eussent caractérisé leur genre de noblesse : celle du travail et de l’industrie, de l’agriculture et du commerce. Ils se sont exposés au ridicule en assumant comme titres ce qui, dans tous Îles pays civilisés, est considéré comme grades. C’est une méprise.

Mais je trouve bien plus absurdes les hommes absolus qui ont cru rétablir l'égalité parfaite en abolissant tous les titres et toutes les distinctions héréditaires; parce que d'hommes parfaitement égaux à tous égards, à tous honneurs, à tous droits et à tout salaire, il n’en existera jamais, pas même dans une république. Un sénateur ou même un député seront toujours plus considérés qu'un simple citoyen; et les républicains eux-mêmes se verront toujours forcés d'admettre des différences entre l’honnète homme et le coquin, entre le citoyen d’une vertu héroïque et l’homme vulgaire, entre le vaillant

capitaine et le simple soldat, entre le savant et l’ignare, l'explorateur hardi et l’homme timide, le conquérant et le lâche.

Alors, à quoi bon proscrire les titres? Ne serait-il pas plus rationnel de proscrire la vertu, la valeur, le courage, la science et le mérite?

Personne n’ignore qu’en France c’est le mérite militaire qui fut l’origine de la noblesse. Les conquérants des Gaules s’en partagèrent le sol. Les premiers nobles furent des soldats francs, des hommes d’équipe (barons. hommes, en tudesque) des compagnons de fortune (comites, comtes) du chef heureux (dur, duc, général) qui établit sa domination dans la terre des Celtes-Gaulois.

Tels furent les compagnons de Hlowis et de Karl le Magne. Ceux d’Hugues Capet et de Napoléon Bonaparte ne firent qu’imiter leurs prédécesseurs. Tous sont dignes d'admiration ct constituent notre gloire, parce qu’ils concoururent à enrichir les fastes de notre histoire, à établir la renommée de notre nom et de nos gestes, à fonder notre prépondérance ou notre influence, à étendre notre domination, à confirmer notre grandeur.

Répudierons-nous ces hommes? Leur dénierons-nous les titres par lesquels le souverain ct la patrie récompensèrent leurs services et léguèrent leur renom aux siècles futurs ? Ce serait autant injuste que peu patriotique, parce que des titres ne sont pas incompatibles avec le bien de la chose publique. Ils sont nécesssaires à entretenir entre citoyens une noble émulation pour le bien commun. Il n’y a que des misérables, indignes du nom de citoyen et de Français, qui voudraient faire de la chose publique (respublica) le synonyme d'irréligion, de licence et d’anarchie par le renversement de toutes les institutions, de tous les droits et de tous les titres.

SUR LE HAUT MISSI-SIPIY. 117 re, Qui empêcherait que le premier magistrat, c’est-àant | dire le citoyen élevé à la souveraineté transitoire de la

nation, qu’il fût prince ou avocat, prétre, général it-il d’armée ou tailleur d'habits, n’imitât, dans leur exquis r, le discernement des esprits et des génies, un François I‘, un Louis XIV ou un Napoléon le Grand? Qui empècherait nili- qu’il ne s’entourât des hommes les plus remarquables ants de son temps, dans quelque rang de la soci' “ qu'ils bles 1 se rencontrent, et qu’il ne renouvelât les actes royaux ons, | qui mirent en évidence tant d’enfants du peuple tirés qe | de l'obscurité par l'œil d'un souverain habile à disqui cerner leurs incontestables mérites? Qui empêcherait lois. que le président de la chose publique ne se composât rl le ainsi une pléiade de ces hommes qui jetteraient un éclat arte réel sur sa gestion des affaires gouvernementales? gnes Rien, absolument rien que la médiocrité. Les hommes w’ils vulgaires s’entourent de gens vulgaires et ne sauraient re, à s’illustrer par un choix qui exige une hauteur et une es, à ? ampleur de vues que n’atteignent pas de simples parten- | ticuliers. C’est là le travers principal de tout gouver- . . nement démocratique, quels que puissent être ses avannous tages par ailleurs. Il ne fait que des bourgeois et ne OM - dépasse pas la limite des vues bourgeoises, même en aux Amérique.

trio- Où en est la raison?

ibles | Dans le défaut de prestige inhérent aux fonctions aires Ÿ présidentielles; dans la brièveté de leur exercice qui ur le i limite leur action, détruit la confiance chez des hommes es du supérieurs, et porte le premier magistrat à profiter du re de temps bien court qui lui est donné, pour songer à ses ion, propres intérêts et à ceux de ses créatures; enfin, dars Jutes l'espèce de jalousie qui empêchera toujours un simple tres. ; souverain nommé à temps, de mettre en lumière et de | 7.

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présenter à l’admiration de son peuple des hommes qui l'éclipseraient aussitôt et qui lui seraient préférés.

Revenons au Missi-Sipiy.

Quand Le Cavelier de la Salle se fut séparé du récollet Hennepin, en 1680, ce dernier continua seul Pentreprise de l'exploration du Missi-Sipiy. Mais, au lieu de descendre le fleuve à partir de la rivière de Chicakouk par laquelle il y arriva, Hennepin, suivi de deux autres Français, que je soupçonne fort être les frères Pépin, le remonta jusqu'aux chutes auxquelles il donna le nom de Saint-Antoine de Padoue, un des patrons de son ordre. Là, il fut capturé par les Sioux Sonkaskitons ou Osakis, retenu prisonnier avec ses deux compagnons, puis enfin remis en liberté.

Cette exploration de découverte du P. Hennepin est confirmée pleinement par le témoignage du coureur de bois Daniel Greyselon du Luth, auquel l'Américain Spark, qui en a fait à tort un Yankee, a faussement attribué les découvertes du religieux parisien.

Du Luth raconte lui-même que, parti de Montréal le 2 juillet 1679, ilse trouvait au mois de juin de l’année suivante à l’ex' "émité occidentale du lac Supérieur, ou Fonddu-Lac, lieu où fut établie, depuis quelques années, la ville de Duluth ; qu’il y découvrit et dénomma la rivière Saint-Louis dont il remonta le courant fougueux jusqu’au lac des Sables; que de là il passa dans un autre

cours d’eau qu’il découvrit également et qu’il dit se jeter dans le fleuve Missisipi ‘. Du Luth ne se doutait pas ‘qu’il venait de découvrir la source même de ce fleuve.

Il s'embarqua sur ce cours d’eau et apprit bientôt

1. Pierre Margry. Découvertes et élablissements des Français dans l'ouest et duns le sud de l'Amérique septentrionale, Paris 1886, t. VI.

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des Sioux Sonkaskitons, des Wadbatons de la rivière Sainte-Croix et des Atinilons ou Têtons des prairies, que Louis Ilennepin et deux autres Français avaient été capturés et conduits sur un trajet de 300 lieues jusqu'aux chutes Saint-Antoine, dont Du Luth se trouvait alors distant de 80 lieues vers le nord. Aussitôt, emporté par son bon cœur, ce coureur de bois, avec quarante autres Français qui composaient sa troupe, se hàta de descendre 2 Missi-Sipiy, rejoignit IHennepin et reprocha aux Sioux d’avoir attenté à la liberté-des trois Français.

Les Sioux avaient toujours été jusque-là amis et alliés de la France et de ses colons canadiens qui fondèrent, en 1727, une compagnie commerciale tout exprès pour eux. Elle se composait en majeure partie de nobles aventuriers comme les deux compagnies qui l'avaient précédée, celle de Richelieu et celle du prince de Condé.

Du Luth eut le tort d'obliger Ilennepin à le suivre à la rivière des Outougamis, pour être conduit ensuite à Michilinakinak, chez les jésuites, et de 1à à Montréal Il était d’autant moins autorisé à user de coercition envers ce récollet libre ct inoffensif, que les Sioux avaient déjà fait réparation envers ce missionnaire en lui chantant deux calumets de paix, et en lui indiquant la route qu’il aurait à suivre pour regagner le lac Michigan.

Aussi, Lennepin bläma-t-il Du Luth devant les jésuites en le traitant de chef de parti. Ce furent ces reproches qui poussèrent Du Luth à reprendre sa victime et à la trainer jusqu’à Montréal, non sans s’ètre fait délivrer auparavant des certificats et des lettres de recommandation de la part des jésuites du lac Supérieur ".

Dans cette conduite, il est difficile de ne pas suspecter

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