‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 27 sur 93 · Picrre Margry · texte numérisé non relu

Picrre Margry

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Du Luth et les jésuites d’avoir cédé à un mouvement de jalousie envers le malheureux Hennepin; car nul ne pouvait nier qu’il n’eût remonté le Missi-Sipiv depuis la rivière des Illinois jusqu’au sault Saint-Antoine, et qu’il n’eût. par conséquent, fait la découverte de cette portion du fleuve Colbert que Du Luth venait de redescendre depuis sa source.

Mais ni le coureur de bois ni les jésuites n'ayant le monopole des voyages ou des découvertes, la contrainte que le premier exerça sur le récollet ne peut qu'être taxée d’injustice et d’envie.

La conduite de Du Luth fut désapprouvée par les gouverneurs du Canada, quelque soin qu’il prit à se disculper de tout blâme à leurs yeux.

L'histoire de la Louisiane ne nous offre plus d’explorateurs du haut Missi-Sipiy jusqu’en septembre 1701, époque à laquelle un Français nommé Lesueur, qui avait obtenu du roi la faculté d’ériger une compagnie pour l’exploitation de mines de cuivre qu'il aurail découvertes dans la vallée du Missi-Sipiy, se rendit à ce fleuve par le Wisconsin, le remonta jusqu à la rivière Minnesota ou Saint-Pierre — sans doute ainsi dénommée par Hennepin qui l’avait vue avant Lesueur — s’engagea ensuite sur ce cours d’eau pendant 44 lieues jusqu’au confluent de la rivière Terre-Bleue, où il fonda le fort Lhuillier, par 4431” de latitude nord. Mais l’année suivante, ce poste fut abandonné par les Français, et Lesueur s’en retourna avec deux mille quintaux de terre bleue dans son bateau! Puis il repassa en France pour rendre compte au roi de ce bel exploit t.

« Spectatum admissi risum teneatis, amici. »

1. Pierre Margry. Découvertes et établissements des Français, etc., t, VI, passim ct p. 95.

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Les peuplades de la contrée visitée par Lesueur étaient des Sioux Octotalas et des Yawais qu’il appelle Ayavois, avec l’orthographe du temps. Les Amc‘icains en ont fait les Zowa. Leur pays a formé un des États de l’Union. On appelle aussi ces Indiens Kiowais.

Ainsi donc, cinq Français contribuèrent, chacun pour sa part, à la découverte et à l’entière exploration du Missi-Sipiy : Marquette et Jolliet depuis la rivière Wisconsin jusqu’à l’Arkanzas; La Salle depuis lArkanzas jusqu’au golfe du Mexique; Louis Iennepin depuis la rivière des Illinois jusqu'aux chutes Saint-Antoine, et Du Luth depuis ces mèmes chutes jusqu’à la source du fleuve,

Mais à part ces cinq vaillants hommes et les autres Français dont j'ai déjà fait mention pour leurs explorations partielles, il faut encore citer M. Boucher de la Perrière qui, en 1727 et pour le compte de la Compagnie des Sioux, s’en alla avec deux Pères jésuites construire un fort et une mission à 70 lieues en amont de la Wisconsin; ce qui nous reporte au fort Saint- Antoine de Padoue, où il existe par le fait les ruines d'une ancienne mission française pour les Sioux Osakis. Les débuts du fort Saint-Antoine ne furent pas brillants. Achevé au mois d'octobre de la même année, il fut envahi par la crue des eaux, au mois d'avril suivant, affamé par le manque de provisions, et évacué la même année ‘. Il a été remplacé par le fort américain Snelling, construit en l'honneur du général Josiah Snelling.

M. de Linctot rebâtit ce poste plus bas que la rivière Wisconsin, en 1733, et il y fut bientôt remplacé par le

4. Picrre Margry. Découvertes et établissements des Français, etc., t. VE, passim ct p. 571.

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capitaine Le (iardeur de Saint-Pierre, qui appartenait à la même compagnie.

Le nom collectif de la famille siouse est Kanx (homme) qui fait Kanbi au pluriel. On en a fait Kanssa ou Kanzas et mème Canzès. Ils se divisent en plusieurs nations subdivisées à leur tour en peuplades. Ces nations sont : les Fessa ou Putelos, qui habitent la Nouvelle- Caroline et qui étaient alliés aux anciens Allouaques. Les Hikatso, qui habitent dans la Virginie. Les Pédaäni, Mantänes ou Mandans, appelés aussi Indiens Welches. ls chassaient dans le haut Missouri et comprenaient les Corbeaux et les Numankaki. On les disait issus de Madoc et de ses compagnons, parce qu’il y en avait plusieurs parmi eux qui avaient des yeux bleus et des cheveux blonds, signe de métissage non équivoque. Les Æotchoun- Gorah ou Winibagous. Les Teivères qui se divisaient en Aricarah, Taënsa, Klamoët, Ménomonis, Pâhnis ou gens des chevaux. Pähni-assa, et Pâhni-mahas. Les Téquiha qui comprenaient les Kanssa ou Arkanzas, les Pâdoucas ou Kadoucas, les Chouanons, les Wasatch ou Osages, les Kwappas, les Ponkas, les Omahas et les Octotatas ou Mactotatas. Les Dakota ou Sioux proprement dits des Canadiens, qui habitent le Minnesota et l'État de Dakota. Ils se subdivisent en Mantantons, Mendéwakantons, Kwivépétons, Psinoumantons, Ewadbatons, Oujatespwitons, Ojatinons, Tintangagwiatons, Atinitons dont on fit des Tètons, Ongwetguéodatons, Wasikontètons et Hinhanétons. Les Chayennes ou Ayennis; les Fantktons; les Yassous et enfin les Zyesga ou Assiniboines ?.

4. vierre Margry. Découvertes et établissements des Français, etc., t. VI, passim et p. 572.

2. D’après le P. de Smett, J. O. Dorsey, le P. de Charlevoix,

Lesueur, Du Luth, les frères Mallet (cités par. M. Picrre Margry) Æ€t H. H. Bancroft.

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Les Yassous étaient très impudiques et adonnés aux abominations de Sodome. Dans leurs guerres avec les Tchippeways, qui n'étaient pas moins corrompus qu'eux, lorsque les deux peuples concluaient la paix, ils faisaient l'échange symbolique de leurs flèches, cérémonie que l’on retrouve chez d’autres nations américaines. Puis, de chaque camp, les filles et les femmes s’en allaient dans le camp opposé afin de consacrer cette alliance par le saphisme. Cette abomination revêtait aux yeux de ces immondes un caractère sacré de concorde et de bonne harmonie.

Est-il élonnant que ces misérables aient Lous disparu ?

Est-il possible qu’un peuple puisse se reproduire et se perpétuer avec de telles mœurs? Et s’il a été voué à un irrévocable anathème, n’est-ce pas la nature outragée qui a revendiqué cette annihilation comme un hommage à ses droits inaliénables ?

Les Sioux avaient cependant certaines qualités. Ils considéraient aussitôt comme ami tout prisonnier qui, après leur avoir échappé, se réfugiait sous une de leurs tentes. Le foyer dela famille devenait pour ce malheureux un asile que nul ne violait, et il était adopté surle-champ. Cetle coutume louable et touchante est partagée par les Esquimaux ".

Quoique sabéens, les Sioux adoraient un esprit souverain sous le nom de Wakan-Tonka. Is vénéraient aussi un feu sacré composé de trois bûches disposées en triangle, qui se consumaient en l’honneur du soleil; car ils se prétendaient être de race solaire, comme tant d’autres peuples américains ou asiatiques.

1. Émile Petitot. Les Grands Esquimaux, Paris 1887. E. Plon, Nourrit et C°, p. 319.

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Un slage-coach. — Le Sault Saint-Antoine. — A propos des Diables-Rouges. — Politique américaine et popularité des Français vis-à-vis des Peaux-Rouges. — Marscille, — Spéculateurs en villes, — L'enfance chez les Américains, — Saint- Cloud. — Faune des prairies. — Beautés des prairies roulantes. — Sauk Center, Chippeway et Pomme-de-Terre, —- Un repas homérique. — L'égalité devant la loi. — Les prairies plates,

Le 14 mai 1862, un s{age-coach attelé de quatre forts chevaux m’emportait de Saint-Pol vers Georgestown, sur la rivière Rouge du Nord,

A cette époque, les cinq voies de chemin de fer qui di “servent Saint-Pol n'étaient encore qu'à l’état de projet. La seule qui fût avancée était la Wisconsin- Centrat que retardait alors la guerre de la Sécession. On en était donc réduit aux stages.

On appelie de ce nom, dans les États du Nord, des diligences incommodes qui ne sont que des camions surmontés d'une capote en toile blanche, à travers laquelle passent le vent, le froid, la pluie et la neige, Oh ! que j’y ai souffert pendant les sept jours et demi que j’y suis demeuré assis.

Nous eûmes pour compagnon d’infortune un reporter

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du Globe, de Toronto, nommé Wallis, attaché à titre d’historiographe à une expédition de trois cents orpailleurs ontariens qui se dirigeaient vers les mines du Fraser, dont on commençait à parler. En remontant la Saskatchewan, ils devaient aussi étudier les sables aurifères de ce cours d'eau.

À Saint-Antoine, où nous entrâmes au bout de deux heures de course, on voyait, il y a peu d’années, les chutes qui valurent à cette localité le nom de Sault Saint-Antoine. Des bâtardeaux et de nombreux moulins les ont gâtées et modifiées .

En face du Sault Saint-Antoine est Minnéapolis ou la Cité de l'Eau qui rit. Gette ville, aussi récente que Sioux-City, doit son nom à la cataracte de Minné-haha, l'Eau qui rit. Encadrée par de belles forêts formant dôine au-dessus de ses eaux limpides, cette chute, qui mesure cinquante pieds de haut, ressemble à un voile de moire d'argent qui miroite au soleil en y prenant des teintes irisées. De perpétuels arcs-en-ciel se suspendent à ses eaux comme des sylphes aériens.

A Saint-Antoine, je vis plusieurs Indiens Dakota qui s'y rendent annuellement en bandes pour y toucher leur quote-part du prix de leurs terres ; car le gouvernement a préféré leur acheter leur pays que d'exposer les colons isolés à être égorgés par ces malheureux dépossédés.

Ces Sioux sont de beaux hommes aux traits européens, dont les belles proportions fourniraient des modèles à la statuaire. Ils ornent leur chevelure, hérissée sur l’occiput, de plumes d'aigle et de crins de cheval. Une chlamyde, des mitasses, un pagne, des brodequins et des mitaines de peau assouplie et blanchie avec de la craie font tous les frais de leur costume de gala. Ils

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se drapent dans une couverture qui n abandonne jamais leurs épaules. Il faut ce costume aux Peaux-Rouges pour qu'ils soient passables. Revêlus de nos vêtements européens ils sont laids et ridicules.

Le cabinet de Washington à acheté à bas prix aux Sioux et autres Indiens des prairies les vastes plaines qui furent leur patrie première, en leur abandonnant seulement des Réserves sur lesquelles ils sont tenus de demeurer et d’où ils ne peuvent s'éloigner sans un laissez-passer signé de leur agent. On prétend même que tout Indien qui est trouvé loin de :a réserve sans être muni de ce permis peut être tué par le premier Blanc venu, comme s'il s'agissait d’un loup ou d’un chien enragé. Celte mesure est sévère. Nos anciens compatriotes n'avaient pas eu besoin de toutes ces prohibitions pour se faire estimer et aimer des Peaux-Rouges. Aux États- Unis, elles sont jugées indispensables, Mais je crois que la principale raison en est dans l’horreur insurmontable que le sauvage inspire à l’Anglo-Saxon. Cette horreur il la transporte même au métis. Tel, Pat lIrlandais ne peut s'entendre avec John Chinaman sur aucun chapitre, ni vivre en bonne harmonie avec lui.

Grâce à ces traités conclus entre le gouvernement américain et les Sioux, ceux-ci n’ont pas inquiété les voyageurs depuis nombre d’années. Mais le feu couvait sous la cendre par la faute des agents des Indiens que le gouvernement place sur chaque Réserve. Ces fonctionnaires ont, dit-on, deux moyens de parvenir prompte-

ment à la fortune : ou bien ils exagèrent le nombre

d'Indiens qui vivent sur leur Réserve, afin de s’approprier le surplus de l'allocation bisannuelle qui leur est faite ; ou bien ils détournent sans vergogne une partie des fonds destinés à la population réelle.

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