‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 34 sur 93 · M - EE · texte numérisé non relu

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LES PRAIRIES DE L’AMISKA-SIPIY. 167

vif que le feu matériel qui léchait et dépouillait la {erre, au-dessous, me faisait l'effet d'une lampe fumeuse comparée à un jet de lumière électrique. Puis la nuée lumineuse s’ouvrit et i: en sortit un ruban étincelant qui se mit à onduler, lumière vivante, ténia gigantesque aux immenses replis. £ela était blanc, jaune, rouge et vert. Cela se roulait et se déroulait sur soi-même comme une banderole agitée par une main invisible.

Notez que le jour n’était pas encore couché et que les étoiles brillaientcependant au ciel à travers laurore.

Quelques moments après, des rayons semblables à des traits de foudre se dirigèrent par milliers de haut en bas et dans toutes les directions, comme une pluie d'orage, mais une pluie lumineuse, irisée, dont tous les jets se seraient épanouis en gerbe, au zénith, en formant au-dessus de la tête du spectateur une coupole d'artifices éclatant en tous sens et se répandant jusqu'aux points extrèmes de l'horizon.

C'était quelque chose de splendide et de terrifiant à la fois, que cet orage magnétique.

Tout à coup, et comme par un enchantement féerique, le prestige disparut, les traits fulgurants, éparpillés comme les fusées d’un bouquet final, s’éteignirent dans l’espace assombri. Il ne resta plus que la nuée lumineuse qui, elle-même, s’effaça bientôt pour aller sans doute donner le même spectacle dans d’autres parages.

J’ai décrit l’aurore boréale.

Pourquoi ces phénomènes qui se manifestent à la Rivière-Rouge sont-ils si rares dans notre hémisphère aux mêmes latitudes, à Paris, à Lille, par exemple, qui sont sousle même parallèle? Malgré toute sa science, Humboldt, qui a traité magistralement ce sujet, n’a pas pu nous l’apprendre.

N'y aura-t-il pas de la pédanterie de ma part d’en À assigner la cause? Je la trouve dans l’inclinaison de la got terre vers l’est, en Amérique, et vers l’ouest, en Europe. l'ap

Le pôle réel formant un angle avec le pôle magnéti-

que, si la lumière polaire rayonnait autour du premier, plu elle devrait être également répartie dans les deux qe hémisphères. Mais si elle forme une couronne autour du M pôle magnétique, conmime je le pense, il est évident que nat: le bord externe de sa circonférence doit descendre plus ven bas vers l'équateur céleste, en Amérique, qu’en Europe; que parce que le pôle magnétique en est plus rapproché. pos Pendant que j’admirais ce beau météore magnético- He.

électrique, des vociférations retentirent du côté du fort Nor Garry. Elles partaient du groupe de loges qu’occupait | 1er la petite peuplade des Saulteux : c’étaient des jongleurs dor indiens qui évoquaient leur Wabano ou esprit familier, il pal}

pour faire le dieu, Manito kasou. De temps en temps FER

| tout faisait silence, puis de nouvelles clameurs et des + dan

| chants lugubres m’arrivaient à travers l'air calme et le 1 la x

| silence de la nuit, mélés aux cris du Whiëp-poor-Wül. L de

A propos de cet oiseau nocturne, qui est de l’espèce | JPA

des engoulevents !, il est curieux d’observer de combien Le de manières différentes le même son est perçu par des ge oreilles humaines. Le cri de cet oiseau, qui est le triolet

| r'é, la, ré, répété à outrance et sans répit, imite parfai- î

tement la phrase Ouip-pour-Ouill, qui, en anglais, ÿ to

signifie : fouettez le pauvre Guillaume ! De là le nom de Fouette-Guillaume que certains voyageurs ont donné à ce fissirostre.

Mais les Canadiens et les Métis lui encendent dire : Dois-pourri ! En conséquence ils lui donnent ce nom.

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