‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 35 sur 93 · Caprimulgus vociferus · texte numérisé non relu

Caprimulgus vociferus

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A leur tour, les Tchippeways affirment que cet engoulevent crie : Wakowouch! à mes parents! Et ils l'appellent par cette onomatopée.

Maintenant, lequel de ces trois peuples a l’organe le plus délicat, et laquelle de ces épithètes est le nom vrai de l’oiseau ? J’incline pour la première.

Cette contrée a des aspects extraordinaires que la nature ne revêt point en Europe. Nous venons de la voir pendant la nuit. 11 faut la voir aussi le soir, quelque temps avant que le soleil ait accompli sa course, pour se faire une juste idée de ses beautés. Je jouis de ce glorieux spectacle, un soir, en revenant de Saint- Norbert où j'étais allé passer la journée. Le ciel, la terre et l'onde étaient noyés dans les flots d’une lumière dorée et diaphane que l’on voyait et que l’on semblait palper comme ces rayons qui entrent dans les appartements et qui font distinguer même les atomes répandus dans l'air, On aurait dit que le scleil se fondait dans la nature. On semblait vivre dans un immense globe de cristal resplendissant, à l’instar de ces poi-sons jaunes et rouges de la Chine, que nous cons vons vivants dans des aquariums. Cette scène était n.3ique et excita mon admiration.

Le lendemain, je fus témoin d’un autre spectacle. Le ciel était d'encre; un vent violent et froid s ufflait du nord-est, chassant ie long de la Rivière-Rouge de lourdes nuées qui balayaient la prairie. En rien de temps la nuit s’était faite et le tonnerre faisait un fracas épouvantable, illuminar.t cette scène lugubre des zigzags répétés de la foudre. Il pleuvait par torrents.

J'aime la foudreet ses terrifiants éclats. C’est uu spectacle d’une sublime horreur. J’ouvris donc ma fenêtre et je me mis à contempler ce désordre des éléments.

LES PRAIRIES DE L’AMISKA-SIPIY,

Un feu-follet sauta sur le rebord de ma fenêtre. On ’ aurait dit l'apparition d’une âme. | , f

Je me penchai en dehors et j'en vis, avec une certaine c horreur, une foule d’autres qui surgissaient et sautillaient sur la façade de la maison, sur le pavé de la rue, v à la surface de la rivière, en un mot sur Lous les corps c mouillés, devenu bons conducteurs. Je refermai bien q vite ma fenêtre, m'imaginant que nous allions être fou- u

droyés et que c’était le feu du ciel qui tombait ainsi.

1 On nr'assura que ce n’était que des feux de Saint- le

À Elne flotlant à la surface des eaux ou sur les pointes, e

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deux fois et seulement à la Rivière-Rouge, en 1862 et en 1876. Y aurait-il des lieux mieux appropriés que d’autres à sa production? Pourquoi n’en voit-on point ailleur: et qu'elles sont les causes atmosphériques ou terrestres qui y donnent lieu? Les savants rendraient service à la science en élucidant ces deux points.

Le 30 mai, j’allai passer deux ou trois jours à la prairie du Cheval-Blane, qui est à sept lieues du fort Garry. Je m'y rendis en tilbury, après avoir traversé Saint- Charles, Saint-André et Silver-Heights.Ce dernier village renferme de beaux cottages de deux Métis irlandais.

Une humble chapelle menaçant ruines, cinq ou six maisons de bois éparses entre elle et la rivière des Assiniboines, voHà tout Saint-François-Xavier du Cheval Blanc. C’est cependant une paroisse de 1,200 ânies | dont la fondation remonte à 1824. | Fl Le lendemain qui était un dimanche, je vis toute n° | cette population métisse affluer de tous côtés pour

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assister aux offices. Il arrivait des files de haquets fabriqués par leurs propriétaires sans l’aide d’un seul clou. Ces charrettes légères élaient pleines de bambins roses et joufflus, de jeunes filles timides, de femmes vêtues de robes noires ou bleues, drapées dans des châles de tartan ou de cachemire aux vives couleurs, qui ne laissaient paraitre qu'un œil noir et ardent ou un seul coin du visage, à la mode de Lima.

Les hommes arrivèrent par escouades au galop de leurs poneys brillamment caparaçonnés, gais, Joyeux et élégants dans leur simple costume. Si lon veut contempler le Mélis français dans toute sa eloire, c’est à cheval qu'il faut le voir, quand il traverse au galop de sa monture l'immense prairie, penché sur le cou d’un dextrier aussi amoureux que son maître d'indépendance.

Assis sur une pelite selle de velours brodée de verroteries, œuvre d'une main aimée, portanten travers de sa chemise blanche Pécharpe de soie des anciens preux, ou bien revêtu d’une polonaise noire ou bleu de roi, le bonnet penché sur l'oreille, les reins entourés d'une ceinture multicolore et les jambes enfermées dans des mitasses frangées, il se laisse emporter comme un tourbillon. Tout en galopant il bourre sa pipe, il charge son fusil, il tire el recharge son arme, poursuivant le bison, sguidant son coursier d’une seule main ou d’un gentille pression des genoux.

Dans cel équipage : un cheval, un fusil, une pipe et un petitsac de pémican, le Métis peut entreprendre seul, sur le dos verdoyant de la prairie, des voyages de 75 jours.

Quels hommes nous avons laissés dans le Nord-Ouest!

Dans l'occasion présente, les Métis du Cheval-Blanc nélaient ni en voyage n1 en chasse; ils se disposaient à partir. Ils venaient faire leurs dévotions dans leur

paroisse et mettre ordre à leur conscience, avant de reprendre de nouveau et pour tout l'été leur vol périodique vers les grands déserts de l'Ouest.

Je m’aperçus bien vite que parmi ces gens intéressants, personne ne parlait français, bien qu’ils me comprissent tous. Il est à peine croyable qu’une faible distance de sept lieues établisse autant de divergence entre deux populations françaises aussi homogènes que celles du fort Garry et du Cheval-Blanc. La raison en est dans la vie errante et on peut dire sauvage que les Métis de cette dernière paroisse mènent au milieu des Cris, des Pieds-Noirs et des Assiniboines du Far-West, dont ils partagent l’humeur nomade et vagabonde.

Ce sont des chasseurs émérites, pourvoyeurs-nés de la colonie. Mais leurs manières et leurs allures se ressentent de leur mode d’existence et de la langue dont

ils font ordinairement usage.

J'ai parlé tantôt de la rivière des Assiniboines ou Saint-Charles. Elle est appelée Amiska-Sipiy ou rivière des Castors, par les Cris. C’est le plus considérable des affluents de la Rivière-Rouge. Elle a deux sources principales, la rivière aux Cygnes qui vient du nord, et celle du lac Qui-appelle, qui coule de louest.

Pierre Gauthier de Varennes de la Vérandrye, qui découvrit la rivière des Assiniboines, il y a cent cinquanie ans, et qui lui donna le nom de Saint-Charles, confondit, paraît-il, le mot Amisk, castor, avec Miskwa, rouge ; ce qui le porta à croire que c’était l’Assiniboine quiétait la branche-mère de la Rivière-Rouge. Son erreur a été reconnue. Il n’en est pas moins vrai que Varennes rapporte qu'après avoir atteint, en septembre 1738, le fort Maurepas, que son fils cadet, appelé Pierre comme lui, avait constr en mars 1734, à l'embouchure de

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la rivière Wisipeg, il poursuivit sa route et entra « dans la rivière des Assiniboines, laquelle est à quinze lieues du fort Maurepas ».

Ce nom était fautif. C’est bien la grande fourche du lac Rouge ou Miskwa-Kamarw (rouge eau) qui donne son nom à ce cours d’eau jusqu’à son embouchure dans le lac Winipeg. Il y à si peu de différence entre amiska et miskwa, pour une oreille qui n’est pas exercée aux sons indiens, que le quiproquo est bien excusable.

Ce qui est avéré toutefois, c’est que les Indiens Zyesqu ou Assiniboines, qui maintenant habitent au pied des Montagnes Rocheuses, chassaient à cette époque dans les prairies situées le long de la Rivière Rouge, entre l'affluent qui a conservé leur nom, lAmiska-Sipiy, et la Saskatchewan ; c’est-à diresur les rivages occidentaux des grands lacs Winipeg et Winipégous. De là le nom de lac des Assimiboëls ou Assinipoils que les anciens explorateurs français donnèrent au premier de ces grands bassins d’eau douce.

L’embouchure de la Rivière Rouge du Nord se trouvant effectivement à quinze lieues de celle de Winipeg, où fut construit le fort Maurepas, il n’y à pas de doute que la rivière des Assinipoilsnesoitlarivière Rouge continuée par lJ’Assiniboine et àlaquelleVarennes donnalenom deSaint- Charles que l’on ne voit mentionné sur aucune carte.

La Vérandrye rapporte qu’il remonta la rivière Saint- Charles pendant soixante lieues, puis qu’il construisit, au lieu où il s'arrêta. le fort de La Reine. C’était Le 3 octobre 1738. Il aj°ute « que du fort de La Reine il y a un portage de trois lieues au nord-est pour tomber au lac des Prairies! »,

4, Pierre Margry. Découvertes el elablissements des Français en Amérique, t. VI, p. 590.

Cette description convient en tous points au Portage de la Prairie; car on compte justement 182 milles anglais ou 60 lieues ?/, du lac “Vinipeg à ce village, qui est sis sur la rivière Assiniboine. Et il existe un portage de trois lieues pour atteindre de ce point le rivage méridional du lac Manitoba, en suivant la rivière Toutogan ou Champignon.

On interprète généralement le mot Manitoba par Manito wapan (Diable-détroit) ou Détroit de l'Esprit, à cause, dit-on, de l’agitation des eaux de ce lac. Je me demande si Manitoba ne serait pas une corruption de Matatoba qui est le nom des Sioux des Prairies qui jadis couvraient toutes ces plages.

La Vérandrye construisit deux autres forts entre celui de Maurepas et le fort La Reine. Ce fut le fort Pierre, à cinq lieues anglaises du lac Winipeg, qui existe encore sous le même nom, et le fort Rouge, au confluent de l’Assiniboine, actuellement fort Garry. Ces deux postes furent abandonnés avant 1751. La Compagnie de la Baie d'Hudson les rétablit. On a remarqué que les sites choisis par les premiers explorateurs furent toujours les meilleurs.

Le fort de La Reine construit, Varennes de la Vérandrye envoya ses fils au lac des Prairies ou Manitoba, pour y construire le fort Dauphin.

« Après avoir atteint le lac des Prairies, dit la relation, on suit le sud du lac jusqu’à la décharge d’une rivière qui vient des grandes prairies, au bas de laquelle est le fort Dauphin. 11 y a une route de là pour aller au fort Bourbon, qui est le sixième établissement ‘. »

Cet énoncé est encore parfaitement canforme à l’exa-

4. Pierre Margry.. Découverte: et établissements des Français en Amérique, t. VI, p. 617.

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men des lieux. En suivant le rivage sud-ouest du lac Manitoba, on atteint le lac du Dauphin et les rivières de l'Ocre et de la Vallée qui viennent, l’une du sud, l’autre de l'ouest. Entre ces deux cours d’eau, existent encore le fort etla montagne du Dauphin. Je n'admets. donc pas que cet éishlissement ait été construit à l’embouchure de la rivière la Biche, un des tributaires du lac Winipégous, qui d'ailleurs portait à cette époque le nom de grand lac Bourbon.

Ce dernier poste serait plutôt le fort Bourbon ou sixième établissement français, entre lequel et le fort Dauphin il existait, dit la relation, une route qui contournait le lac; parce que jusqu'ici, par le fait. il n’est. point encore fait mention, dans cette relation, de la rivière Paskoïac dont le petit lac Bourbon est traversé.

D'ailleurs, Varennes n’appelle le lac Winipégous que lac Népigos, et non point lac des Prairies.

Mais, avant la découverte des grands lacs dont je viens de parler et la construction des forts Dauphin et Bourbon qui les commandaient, il convient de placer la tentative que fit Varennes pour découvrir la mer Occidentale, appelée depuis océan Pacifique.

Il partit au commencement de l’hiver 1738. du fort La Reine avec deux de ses fils, les frères de Lamarck,. vingt Français, quatre guides sauvages et son domestique, et se dirigea vers l’ouest-sud-ouest à travers les prairies.

Après maintes fatigues, ils arrivèrent chez les Indiens. Mantänes où ils trouvèrent un grand village de cent deux loges. Varennes fut très bien reçu par ces sauvages qu’il dépeint comme blancs et barbus avec des yeux bleus, ce qui est un indice de métissage. Le 11 février 1739, il s’en revint à la rivière Assiniboine, sans être:

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