Le fleuve Mackenzie
2. Pour tinder (angl.), amadou de bouleau ; bardeau, planchettes minces qui remplacent les tuiles dans le Nord. Deux allusions à l'extrême maigreur de la venaison du Nord-Ouest canadien.
ON + 1% uses SH. es PRO ae AN DES ET
LNCEC
té
ch
tot
LE LAC WINIPEG ET LE FLEUVE BOURBON. 207 encore vierge. Du moins il n’était suivi d’aucune femme. Nous embarquâmes aussi en ce lieu une jeune Sava-
naise, mère dun petit enfant et qui allait rejoindre
son mari, William Charles Burke, au fort Youkon.
dans l’Alaska. Cette courageuse Indienne avait à traverser par eau quinze cents lieues de désert pour retrouver ses amours. Quel courage ! Sans que je m’en doutasse alors, J'étais destiné, après l'avoir accompagnée jusqu’au Mackenzie, à la revoir età l'apprécier plus tard encore mieux au fort Bonne-Espérance.
Enfin nous avions aussi dans notre brigade une famille de Tchippeways catholiques dont le chef, François Wabisten, surnommé Canard, devait aussi devenir une de mes ouailles, au grand lac des Esclaves.
Mais les rivages diminuent de hauteur, les eaux montent et font onduler les hautes herbes qu'elles noient. Bien loin derrière nous les mikiwaps des Savanais se sont enfuis pour faire place à un marécage qui nous dérobe les bouches de la Rivière Rouge. Cette verte savane qui vagit comme la mer quand elle est calme, cette forêt de massettes aux quenouilles veloutées sur lesquelles perche un essaim d’étourneaux aux cris discordants, ce ciel clair et sans nuages, ces eaux empourprées par le soleil qui décline et miroitant entre les herbes, cette respiration de géant assoupi que nous percevons à distance et qui nous révèle le voisinage d’un grand lac : voilà un de ces tableaux foncièrement sauvages tels que j'en avais rêvés, tels qu’on ne les oublie jamais.
Encore un détour à travers la prairie des hauts souchets, puis tout d’un coup :
— Wi nipiy! la sale eau! s’écrient sauvages et Métis tout d’une voix. Nous avions atteint ce lar immense
découvert par nos compatriotes et qui porta tour à tour les noms de lac des Assinipoils, Winipigon, Népigon, Maurepas, et qui s’appelle aujourd’hui le lac Winipeg.
Aussitôt, les sept barges sont poussées d’un bras vigoureux sur une grève de sable où elles enfoncent leur proue aiguë et s’échouent. Il était dix heures du soir. Nous avions fini la journée. Les équipages s’élancent sur le rivage et se dispersent dans les bois pour couper ou ramasser du bois de chauffage. Nous imitons la foule.
Autour de nous, quel spectacle nouveau et curieux |! Le lac dort dans son lit de rochers et de forèts. Sur les trembles et les bouleaux qui bordent le rivage, le soleil qui s'éteint dépose des lambeaux de pourpre et d'or; tandis que les grèves de la rive opposée tremblotent dans un fallacieux mirage.
Au silence de la solitude a succédé le vacarme d’une horde de sauvages accourue pour nous faire fête. Ce sont des Tchippeways, habitants des bords du lac.
Nos mariniers sont presque aussi bruyants qu’eux. Chacun s'occupe de trocs et de marchés. On échange de vieilles hardes pour © l’huile d'esturgeon ou de la graisse de cygne fondue. Puis les barges s’allègent du bagage de chaque homme, les tentes et les moustiquaires se dressent, les feux pétillent en lançant vers le ciel des tourbillons d’étincelles. Dans la forêt, le bruit sec de la hache et les craquements du sapin mort qui tombe font retentir les échos. Trop longtemps inactifs, les enfants qui accompagnent certaines familles d’engagés sous des cieux plus rapprochés de l’Ourse, reprennent leurs sauvages ébats. Ils courent après les vagues ou poursuivent les sansonnets et les grives rouges, de leurs flèches mousses. Le Métis au galbe semi-européen et à la barbe rare, le Saulteux aux longues
ur à tour Népigon, Winipeg.
n bras viicent leur s du soir. incent sur couper ou s la foule.
curieux | s. Sur les e, le soleil e et d'or; emblotent
me d’une
e fête. Ce
u lac.
s qu'eux.
échange ou de la
lègent du
moustint vers le
, le bruit
mort qui
; inactifs, Iles d’enurse, reaprès les s grives au galbe
longues
tresses, le Savanais au teint bistré, le Cris à la face plus blanche et plus large, se mêlent amicalement sur le sable échauffé; ils fument leurs petits calumets de plomb ou préparent sur un rocher plat la pâte ramollie qui doit se transformer en galette, cet unique pain du Nord-Ouest,
Pendant ce souper champêtre pris sur l'herbe, entre le lac qui dort et la forêt qui soupire, on se fait part des espérances d’un voyage qui commence sous de si heureux auspices. On compare les expéditions d’au= trefois avec la présente, et chacun tire les pronostics que lui fournit son imagination.
Le changement et la dureté de mon lit, — la terre recouverte d’une bâche, — eurent pour effet de m’empêcher de fermer l’œil promptement, cette première nuit. Je me levai donc et m'en allai jouir de la fratcheur sur le rvage. La lumière n’avait point abandonné l'horizon. Elle y tournait de l’ouest à l’est, laissant toujours un coin du ciel éclairé et rouge, tandis que la surface du lac avait concentré toute la lumière du firmament et reluisait comme un vaste miroir.
Les familles otchippways qui nous avaient suivis faisaient nuitamment leurs préparatifs de départ. Elles allaient remonter la rivière Maurepas ou Winipeg.
Quelques instants après, leurs frêles canots en écorce de bouleau étaient renfloués, d’informes paquets qui composaient toute la propriété de ces bohémiens du désert, y furent déposés; puis les Indiens, repoussant leur embarcation d'un pied, s’éloignèrent en silence et disparurent comme des sylphes dans la nuit.
Longtemps après j'entendais encore distinctement leurs gais propos sans les comprendre, et je percevais leurs frais éclats de rire ou leurs refrains sauvages.
Quels étaient les sujets de leur joie? Était-ce des pro-
be Var dé r RER Na ES ti PC bei EN FRE mpeg mr dorer tr amet à 0 2 SOS VE
eo +
vu vga
M a hrs se pro dur
jets de chasse et de pêche? Quelque bon tour joué aux Métis dans le cours de leurs petites transactions com- | merciales? Était-ce le triste sort de ces Blancs, guère plus blancs qu’eux-mêmes,qui, pour procurer un mor- -ceau de pain à leur famille, devaien' se renverser sur , leur rame pendant de longs mois et courber ai ;rement le dos sous les fardeaux de la Compagnie d'Hudson?
Dieu le sait.
Néanmoins ils étaient heureux de leur existence vagabonde. Ils ne l’auraient point échangée contre celle des Européens. Libres comme le chevreuil, gais comme l'oiseau des savanes, ils ne se rendaient pas plus compte
‘que ces animaux des beautés de la nature; mais, au mil eu de cette exubérance vitale du désert, ils sentaient cependant la plénitude de la vie déborder de leurs
“veines, au souffle du printemps.
Libres de tout souci, ils sont ici dans la maison qui
EE a mm
les vit naître. Ils sont les maîtres de ce beau lac, de ces w épaisses forêts, de ces vastes prairies. Ce sont des pro- | -priétaires qui visitent annuellement leurs domaines {
sans dormir deux nuits de suite aux mêmes lieux, tant leur terre est étendue, tant leur liberté est grande. | Au moins, dans ces péégrinations qui sont leur vie, | ils traînent avec eux leur famille, leurs petits enfants | et toute leur maison, moins malheureux que moi, exilé volontaire, que la Providence a condamné à vagabonder sous un climat lointain et chez des peuples incon- V nus, sans que je sache si je reverrai jamais ma mère, mes frères et ma patrie!
A deux heures du matin, un cri déjà connu et agaçant trouble les échos et me tire en sursaut de mon court ‘sommeil :
” — Aoh! aoh! lève! lèvel
HE ee À mad re 4 SE RES -
AE
oué aux ns com- , guère in morrser sur ;rement ludson ?
ce vagacelle des comme ; compte nais, au entaient de leurs
ison qui >, de ces des proomaines ux, tant grande.
leur vie, enfants oi, exilé agabonss inconla mère,
agaçant on court
ee PRES A audi A aencad dr > 24 FORTS fl TH
Si]
C’est la voix de stentor du vieux guide. Quel satané vieux! Bien que je n’eusse pas à travailler comme les pauvres Métis, je sentis que ce réveil si matinal, quatre heures seulement après avoir campé, était intempestif. Mais il n’y avait pas d’objection à faire. Nous avions été prévenus.
— C’est le train du Nord, m’sieu. l'durera jusqu’au bout du voyage.
Rouler nos lits, abattre la tente et transporter le tout dans la barque nous parut l'affaire d’un clin d'œil. Cependant nous fûmes des derniers à nous rembarquer. Déjà chacun était à son poste, la rame à la main, quoique morne, refrogné, l’œil clos, pionçant ou bâillant à se décrocher la mâchoire. On poussa au large et nous commençâmes la traversée longitudinale du lac Winipeg. Après avoir hésité quelque peu, nous nous re.ouchâmes dans la barque. C’est une chose si dure que de se reposer quand on voit ses semblables travailler, sucr et souffrir!
Le Winipeg ne mesure pas moins de 426 kilomètres du sud au nord et de 9 à 14 kilomètres de l’est à l’ouest ‘. Son altitude est de 189 kilomètres au dessus de la mer d'Hudson, dans laquelle il se déverse. Par là on peut juger de la déclivité du fleuve Bourbon qui en sort.
Dans la matinée, nous doublâmes l'embouchure de la rivière Maurepas ou des Tchippeways, où fut construit en 1734 le fort de ce nom, devenu fort Alexander. De là nous gagnâmes la Points-aux-Sables, où se trouve le premier détroit du lac.
Nous y fimes une ample récolte d’œufs de canards,
4. Ses dimensions en milles géographiques sont 230, sur 40 ou 60. Le mille géographique est de 1,852 mètres.
Q 4 x ” a £ dd a STI 35 bad a fai ob gt on à dues ms dun cs DE à à GET ne cn ne
d’oies, de Sarcelles, de aquatiques. Je fus très é eau salée les Pigeons d obscènes oiseaux de la m
Moueltes et autres Oiseaux tonné de retrouver si Join de U Capitaine, les Soélands, ces er, Comme les nomme Virgile,
Voyages devait Salement ces Oiseaux sur les eaux do la mer, On en voit sur
’eau du Nord-Ouest, où ils sont même les premiers
lers à faire apparition, au printemps, et les derniers à
nner, en automne.
Après le dîner, l'air fraichit du Sud, Meltre à la voile. ;
se dédommagèrent de la p Passée à terre.
Les bai ques sont
voile aurique que deux hommes peuven
t gouverner aisément. Leur mât inuer le ballant qu’i
; haleur était intense, et nous n’atage d’abriter nos têtes sous un large € Celui que le bon James White tenait
t ouvert Sur la tête Sacrée du révérend M., tandis que celui-ci fum
ait dévotement Sa pipe, étendu sur un banc.
Nous Campâmes à l'entrée du des rochers à base de leurs étaient encore e lichens, des lÿcopode
8ea d’aller ç au-dessus de laquel
iseaux oin de ds, ces irgile, devait iseaux it sur st, où prinmne.
ûmes S qui aient
que mât unimps
fabriqué un tentelet avec des rames et des prélarts.
Si nous y fmes à l’abri de l’eau du ciel, par contre, nous y fûümes visités par des myriades de cousins ou maringouins qui ne nous permirent plus de fermer l'œil. Ces petits vampires altérés de sang s’acharnaient après nous avec obstination. [ls nous attaquaient sur tous les points à la fois, pénétrant sous nos vêtements, se glissant dans notre barbe, dans nos cheveux que nous portions longs et flottants, à la métis, nous harcelant, nous affolant, sans nous laisser ni trêve ni répit. C’était le premier combat que nous leur donnions de notre vie. C'était une émotion nouvelle; mais elle était trop déplaisante et point assez tragique pour que nous y vissions le moindre grain de poésie.
Sans les maringouins, le Nord-Ouest serait un paradis; mais ces insectes, qui en sont la plaie universelle et intolérable, en rendent le séjour odieux depuis le mois de juin jusqu’au mois de septembre. Il n’est plage si déserte, montagnes si arides, forêts si épaisses, où les maringouins ne pullulent et ne vous rendent la vie misérable. Les grands lacs et les grands fleuves sont les seuls lieux où l’on soit à l’abri de leurs poursuites. A terre comme dans l’intérieur des maisons, il n'y à qu'un seul moyen de se préserver de cette abominable ergeance, c’est de s’entourer de fumée, aux dépens du linge ou de la fourniture. La nuit, il n’en est qu’un qui puisse vous permettre de dormir, c’est de coucher dans une moustiquaire. Or, nous en étions d'pourvus.
Nous demeurons dégradés sous la pluie jusqu’à neuf heures du matin, pais nous reprenons notre navigation lacustre à travers un archipel granitique que je ne vois point porté sur les cartes. Le lac y est plein de grosses roches arrondies et polies par les glaces.
On dirait une troupe de baleines, si elles en avaient la couleur. Mais elles sont de porphyre rouge. Celles qui ne doivent pas ce brillant coloris à la pierre, l’empruntent à une espèce de lichen, dont les frondes sont du plus vif écarlate ou d’un jaune de safran. Sur les plus gros de ces rochers de fusion, que couronnent de beaux bouquets d'arbres, sont parvenus à prendre racine des lycopodes, des mousses finement découpées, les éventails de la fougère mâle, et les feuilles trilobées et radicales de la salsepareille. Ces végétaux en font comme des corbeilles de fleurs qui reposeraient sur les eaux, et autour desquelles des nuées de martinets bleus et de mouettes d'ivoire tourbillonnent comme aulant de papillons.
Pendant que je rassasie ma vue de cette nature sauvage, à la fois fraîche et aride, nos Métis, qui suent sang et eau sous leurs pesants avirons, ne cessent d’invoquer une divinité qui n’a pas trouvé place dans le Panthéon des Anciens.
— Souffle, la yieille! souffle! crie-t-on dans chaque barque.
Ce disant, tel lance à l’eau un vieux soulier, un lambeau qu’il déchire à sa chemise; tel autre coupe un morceau d'une carotte de tabac et le laisse pieusement tomber dans ‘eau. Ces offrandes se font avec le plus grand sérieux possible.
— Qu'est-ce donc que cette vieille que vous priez de souffler? demandai-je à Boucher, qui était placé devant moi. Est-ce sainte Anne?
Le Métis regarda son beau-frère, Dumas, et tous deux se mirent à rire.
— Oh! non, Père, c’est pas sainte Anne. C’est la vieille Gibotte.
aient elles ’emndes Sur nent )ren- Couilles taux ient artinent
sauuent sent
ans
que
un upe ieuvec
— La vieille Gibotte? Cela m'intrigue. Est-ce une fée ou une sainte ?
— C'est une yieille sorcière de chavagesse qu’on appelle Wissakoutchask en saulteux, bancale, bossue et toute croche. AI était si mauvaise que les chavages la poignèrent et la roulèrent dans des ordures. Toute füchée, all” vint se débarbouiller dans le lac qu’elle troubla. Depuis ce temps-là, a’ chârche qu’à faire du mal, à moins qu'on ne lui fasse qu’que petit présent.
— Ce sont donc des présents que l’on fait à Gibotte, ces guenilles que j'ai vu jeter à l’eau. Elle n’est pas difficile, votre vieille.
— Oui, Père, c’est pour en optinir du vent. C’est ça qu'i disent, les chavages; mais, moë, je les crés pas, bonté!
En dépit des appels réitérés des Métis superstitieux vers cette autre fée Carabosse, elle ne daigna point les exaucer, et nous dûmes naviguer d’île en île, abordant à l'une d’elles toutes les deux heures pour laisser reposer les rameurs et fumer une pipe. Ces relais nous procurèrent une abondante récolte d'œufs de toutes nuances et de tous dessins. Les chaudières des barques en furent remplies.
Au coucher du soleil, le lac devint ravissant. Ses rivages lointains, réfléchis par la première couche dense de l'air, y reproduisirent à rebours toutes leurs sinuosités et leurs éminences. Semblables à des scories enflammées, surnageant au milieu de laves en ébullition, apparaissaient les îlots sanglants, les écares jaunes. Puis, le soleil disparu, ce paysage demeura plongé dans une clarté blanchâtre, parce qu’il ne s'était pas produit de ces émanations vaporeuses qui reçoivent et retiennent la livrée dorée de l’étoile du jour.
huis AT LE monts 1e L # ABALeTT
— Aoh! aoh! fais chauyièrel (chaudière), crie la même voix hurlante à laquelle nous sommes déjà accoutumés.
Nous accostons tous à un îlot de granit et plantons nos tentes au milieu des sapins.
Je laisse aux délicats et aux sybarites la responsabilité des lamentations que l’on a faites sur ce mode de voyage. Loin de m'en plaindre, je n’en connais aucun qui ait plus de charmes et plus de poésie, qui procure plus de plaisir, pour peu qu’on soit amoureux de la nature et ami de la sauvagerie. Sur ma tête, les arbres se penchent mystérieusement en murmurant comme des secrets d'amour. Plus haut, la lumière polaire étend ses courtines de gaze diaphane à travers lesquelles se poursuivent une armée de farfadets. Sous moi, | je presse une couche de mousse ou d’herbe moelleuse sur laquelle je vais faire des rêves d’or. À mes pieds, | contre le roc qui est mon bois de lit, vainement le flot | se brise, vainement il m’éclabousse, symbole des tumultes de la société qui ne peuvent plus m’atteindre ni me troubler. Tout autour de moi, Dieu me devient sensible et tangible. La grandeur de ses œuvres me pénètre et je n’ai qu’à m'abandonner à leur contemplation pour voir mon esprit s’envoler vers Lui en une prière muette, pleine de joie, de reconnaissance et d’amour.
5i avec cela vous êtes muni d’une moustiquaire, du fond de laquelle vous puissiez faire la nique aux milliers [ l de maringouins qui lutinent autour de vous, en cher- F4 chant à y pénétrer, je vous assure que ces heures de | bivouac sont les plus délicieuses que vous puissiez jamais goûter.
Mais, exposé aux piqûres des maringouins, adieu la
rie la déjà
ntons
bilité le de Lucun ocure de la rbres mme étend 1elles moi, leuse ieds, e flot :s tundre vient s me plaune e et
>, du liers hers de siez
u la
poésie, et la prière, et les murmures de la nuit, et les coruscations du firmament. Vous êtes et demeurez le plus tourmenté, le plus distrait et le plus malheureux des humains.
Nous doublons la rivière Dauphin qui déverse dans le Winipeg les eaux des lacs Manitoba, Dauphin, Winipégous, Saint-Martin, des Cygnes et des Biches. Je m'étonne que les Anglais n’aient pas effacé ce souvenir de l'occupation française en commuant le nom du Dauphin en un nom saxon quelconque.
Relativement aux trois premiers de ces bassins dont les eaux se transvasent de l’un en l’autre, les lettres de Varennes de La Vérandrye père peuvent donner matière à quiproquo. Cet explorateur ne vit point ces grands lacs que découvrirent et explorèrent ses trois fils ; il ne put s'en faire une idée que par leurs récits, et comme il ne paraît pas qu’il fût très érudit, ses lettres témoignent qu’il n'avait pas de leur position une idée adéquate à la réalité. Il conste mème que le lac Manitoba, le lac du Dauphin et le lac Winipégous reçurent d’abord et conjointement de lui le nom de /ac des Prairies.
Le lac du Dauphin est à 21 mètres d'altitude audessus du grand lac Bourbon ou Winipégous, lequel à son tour est de 5, 60 plus haut que le lac Manitoba ou lac des Prairies proprement dit.
Le lac du Dauphin mesure 32 kilomètres par 13. Le grand lac Bourbon 300 kilomètres sur 32, et le lac Manitoba 128 par 21. Leur superficie totale n n'est pas moindre de 4,511 kilomètres.
A l’époque de l'occupation française, les terres qui s'étendent à l’est du lac Winipeg étaient habitées par une nation que les explorateurs français nommaient Cristineaux, corruption du mot saulteux Killistinok,
sans aucune désignation de tribu. Cette nation algonquine s’étendait depuis le nord du lac Supérieur, où elle confinait aux autres nations de la même famille hillini, jusqu'aux Montagnes Rocheuses, au nord des Assiniboires, qui appartiennent à la famille siouse.
l'uponceau nous est garant du nom ÆKülistinok par lequel les Tchippeways désignaient les Hillinivok que, nous appelons aujourd’hui Cris. D’après M. l'abbé A. Lacombe, missionnaire de ces Indiens, ce mot a subi une altération et se dit maintenant Kinistinok.
Le Gardeur de Saint-Pierre est le seui et premier des Français de l’occupation qui soit entré dans quelques détails relativement aux Cristineaux. D'abord il écrit hirini, au singulier, le nom que les tribus cristineaux du lac Michigan prononçaient hillini !. Aujourd’hui les Cris disent hiyini et les Savanais hithini. Ainsi varient les langues.
J’avoue ne pas comprendre les épithètes des noms cristineaux légués par M. de Saint-Pierre : Les Ztatew hiriniwok, ou gens des Montagnes; les Yakiché hiriniwok, ou gens des Prairies; les Kinonguéw hirinivok cu Brochets; les Westchénakahéquex hiriniwok, ou gens de la rivière Winipeg et du lac des Bois, et enfin les Wik hiriniwok ou gens de la Kaministikwéya.
Les Brochets sont des Sambos demi-Cris, demi- Tchippeways. Des prairies du Missouri ils se sont transportés sur la rive gauche de la Saskatchewan du Nord, autour d’uu lac qui porte leur nom.
Les Westenénakahéquers: sont des Tchippeways de la