‹ En route pour la mer Glaciale [microforme]Chapitre 45 sur 93 · Munitions de chasse · texte numérisé non relu

Munitions de chasse

2, Marchandises sèches, harlcs, vêtements confectionnés. +, Savanais ou Swampecs.

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par les ouïes d'énormes esturgeons, et suivis de la portion féminine de la peuplade que nos gens peu galants venaient de déposséder. Ces femmes se répandaient en lamentations; mais on resta sourd à leurs prières.

— Ah! les crasseux! a-t’on jamais vu èt’ si filous! Fallait pas les cacher vos esturgeons, on vous les aurait payés.

Les bons Métis semblaient croire tout bonnement que ce poisson leur était dû et que les Savanaises les volaient en le soustrayant à leur rapacité.

— C’est mal, ce que vous faites là, dis-je à notre gouvernail. Je ne puis en supporter la vue.

— Ah! ben, Père, ils en pêcheront d'aut”. l’nen manque pas dans la rivière. Ça leur z'’apprendra pour une aut’ foës. Ca leur coûte rien en tout!

— Mais, Michel, si ces sauvages sont avares, il me semble que ce serait aux Blancs à leur donner l'exemple de la générosité et de l'hospitalité, au lieu de les surpasser en rapine.

Ma voix ne trouva pas d’écho. Il va sans dire que Grouardet moi refusämes de goûter de leur prise, afin de protester jusqu’au bout contrel’injustice d’un tel procédé.

Les Savanais, bien qu’ils soient plus bruns que les Cris, ont le teint beaucoup plus blanc que celui des. Tchippeways. Les Métis attribuent cette particularité au poisson et au gibier ailé qui forment presque exclusivement la nourriture de ces Indiens. Les Dindiié en disent autant d’une de leurs tribus à teint blanc. Mais, en ce cas, on devrait attribuer la blancheur des Européens à la farine dont ils se nourrissent, et l’on sent combien cette théorie serait absurde.

Au pied des cascades du Grand-Rapide, les Savanais pèchent l’esturgeon, la barbue ou chat, et le poisson,

blanc. Le lac leur fournit des truites saumonées, des ottonibis et des maskinongés.

Nous remontâmes à la perche la demi-charge du qu Grand-Rapide. Comme c'était la première fois que je ste naviguais sur un rapide, je voulus en faire l'expérience en demeurant dans la barque. Sur un parcours de six kilomètres, les ondes impétueuses et blanchâtres se (Ut précipitent avec rage entre des rochers-murs qui leur cet offrent une double barrière trop étroite pour leur vo- Pe

lume. De gros blocs dorment au milieu des flots qui À dal s’y brisent la tête. À côté de ces masses qui forment Un du écluse et provoquent son courroux, l’eau passe avec 4

une rapidité vertigineuse. Elle ne peut rien cependant 1 vir

ni contre les rocs qui s’en rient, ni contre nos barques «| qui montent sur son dos et la bravent par l’effet combiné des perches ou béquilles.

Au Grand-Rapide, le portage fut complet. On dut transporter par terre cargaison, agrès et jusqu'aux barges elles-mêmes. Elles y furent traînées sur des rouleaux. Nos marins d’eau douce, jusqu'ici infatigables rameurs,se montrèrent aussi robustes et allègres

portefaix. Ils couraient comme des cerfs avec leur ma charge de cent kilos sur l’échine, et bondissaient par cel dessus les obstacles que leur opposaient les arbres me renversés. Je vis un Métis, membré comme un taureau, j'a faire un pari et porter 350 kilos en une seule charge. dis Quant à nous, déjà trop chargés de nos sacs de j'a voyage, nous parcourûmes à pied les six kilomètres du of

Grand Portage à travers la forêt et en longeant la fougueuse rivière Saskatchewan. Les essences que j'y vis Te se composent principalement de sapin de Virginie, de en re

sapin blanc ou épinette, de mélèze, de pin de Weymouth, de frêne, de thuya, de bouleau et de tremble.

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Sur les pelouses, je vis de jolies fleurs alpestres telles que le Cypripedium au gros labelle jaune, des laitières .leues et blanches, des saxifrages rouges et roses, des orchys, des raisins d'ours, mais surtout de beaux lis d’un rouge ardent que les Cris nomment pain-de-grue (Utçitçanak). Is en mangent les bulbes qui affriandent cet oiseau. C’est l'Erythronium esculentum dont les Peaux-Rouges sont aussi gourmands que les Kamstchadales et les Tartares du Yénisséï, d’après Lapérouse et d’autres voyageurs.

A l’extrémité septentrionale du Grand Portage, nous vimes une peuplade d’Otchippways chrétiens, venus de la baie des Canards, dans le lac Winipégous. Je les trouvai hideux dans leurs haillons européens, dont ils paraissaient pourtant si fiers. Ces faces larges, ce teint de brique mal cuite, ces nez aquilins et cependant écrasés, ces rictus gouailleurs, ces chevelures nattées, en un mot tous ces traits hideux de la sauvagerie, lorsqu'ils s’encadrent d’une vieille redingote sans basques ni boutons, et qu'ils sont coiffés, avec un semblant de majesté ridicule, d’un chapeau à haute forme tel que celui de l’incomparable compère de Robert-Macaire, me font tout l’effet d’un carnaval de chiffonniers. Si J'avais pu dessiner tous les spécimens de costumes soi-

disant civilisés qui défilèrent devant moi, cette soirée, j'aurais eu la plus belle galerie de truands que peut offrir n’importe qu’elle horde de bohémiens.

Cependant il y avait dejà vingt-deux ans que ces Tchippeways étaient chrétiens. Au bivouac, ils nous entourèrent. Ils s’accroupirent sur leurs talons ou s’assirent sur l'herbe, jambes croisées, et essayèrent d’entrer en conversation avec nous. Ils désiraient, me dit un Métis qui les interpréta, faire leurs dévotions c’est à

dire recevoir le pardon de leurs fauies de l’année ainsi que là sainte communion.

Ces beaux sentiments me les firent aussitôt aimer ; mais nous ne pouvions rien pour eux, ni Grouard, ni moi, à cause de notre ignorance de leur langue. Tout ce qui était en notre pouvoir était de leur rendre leurs sourires et leurs soupirs. Cependant je baptisai leurs enfants nouveau-nés, au nombre d’une demi-douzaine, ce qui fût une consolation pour les parents. Ce travail nous retint Jusque vers minuit.

Le lendemain, nous rencontrâmes encore d’autres Saulteux catholiques qui descendaient de la rivière du Cygne, pour pècher l’esturgeon dans les eaux du Grand Rapide.

Le 18 juin, après avoir franchi le lac de Travers, nous entrâmes dans le petit lac Bourbon que vous chercheriez vainement aujourd’hui sur les cartes. Il y était encore en 1862. Les Anglais ont remplacé son nom par celui de Cedar lake, lac des cèdres, probablement parce que l’on n’y voit pas un seul de ces conifères.

Je me demande ce que gagnent nos aimables voisins à débaptiser ainsi toutes nos anciennes découvertes. Ont-ils la prétention d’effacer jusqu'aux vestiges de notre nom dans l'histoire? N'est-ce pas assez de gloire pour eux d’avoir en leur possession nos anciennes colonies, sans encore travailler à en faire disparaitre nos traces ?

Le lac Bourbon est encore une découverte du chevalier de La Vérandrye, fils aîné. Nous longeâmes ce lac à la voile, le jour de la Fête-Dieu. Ce bassin. ainsi que le lac de Travers et le lac Vaseux (Piyéki-gamiw), que nous traversâmes ensuite, grâce à un vent favorable, sont formés par l'expansion de la rivière Saskatchewan.

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Nous bivouaquâmes sur l'emplacement qu'occupait le second fort Bourbon de 1741. Le premier était à l’embouchure de la rivière des Biches, dans le lac Winipégous. Un troisième fort de mème nom fut construit dañs la baie d'Hudson à l’embouchure du fleuve Bourbon. Aujourd’hui, un petit poste commercial desservi par un Missourien à remplacé l’ancien fort français du lac Bourbon.

La construction des deux premiers forts Bourbon date de 1739 et 1741. Dans une lettre citée par M. Margry dans ses Découvertes, il est dit que La Vérandrye père envoya, le 10 avril 1739, son fils ainé, le chevalier, « pour construire un fort au lac des Prairies (Winipégous) et pour se rendre de là à la rivière du Paskoïac, en examiner le bas à l’entrée du fond du lac Népigos (Winipeg) et y construire un autre fort ! ». C’est le second fort Bourbon ou celui de la Pointe aux Mousses.

Je répète que La Vérandrye rapporte ailleurs que « du fort Dauphin il y a une route pour aller au fort Bourbon, son sixième établissement (celui du lac Winipégous); et que du fort Bourbon à la rivière du Paskoya il y a trente lieues, et qu'il y a un fort au bas de cette rivière * ».

Il est très certain que cette rivière Paskoïac ou Paskoya n’est autre que la rivière Pasquia des cartes canadiennes, une ancienne saignée naturelle de la rivière Saskatchewan, que l’on peut effectivement atteindre de l’embouchure de la rivière des Biches, où était construit le premier fort Bourbon, dans trente lieues à travers les terres. Le fort qui était au bas de la

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