CHAPITRE II
"Portland. — Chemins de fer américains. — « Ces gros bourgs des Narraganset ». — Extermination des Peaux-Rouges de la Nouvelle-Angleterre. — Nos bons amis les Abénakis. — Rivières Alsigantèka et Yamaska. — Le fleuve Katarokwi et le pont-tunnel Victoria. — Montréal et les Canadiens français.
Portland est une ville de 50,000 âmes située au fond d'un magnifique bassin naturel fermé par un goulet qu'éclaire un phare de 28 mètres de haut.
La chaîne des montagnes du Vermont, qui forme le fond du tableau, abrite la ville contre les vents du nord et de l’ouest.
Les maisons en sont élégantes et construites dans ce style que nous avons imité dans les faubourgs opulents de nos grandes villes. Il unit le péristyle grec aux pignons découpés et pointus du chalet suisse, les baies géminées du roman et les clochetons du gothique aux formes carrées de la reine Anne. C’est du style ad libitum, américain pur sang, mais que je trouve tout simplement ravissant. Toutefois, pour témoigner de mon mauvais goût, je dois avouer que ce mélange hybride et coquet fait autant le désespoir des classiques qu’un roman de Daudet ou une toile de Laurens. Qu'importe?
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Le commerce concentre ses offices et ses stores autour du port. La ville s’étend alentour avec ses rues en échiquier, régulières et monotones comme le peuple de Puritains qui les parcourt. A peu de chose près, cette description est propre à toutes les cités de l’Union 2h Américaine.
Si je n’avais pas attendu l’an 1887 pour publier mes impressions de voyage, je pourrais m’éiendre longue- -À ment sur les chemins de fer américains et'leurs confortables wagons. Aujourd’hui tout cela est vulgarisé par les relations qui m’ont devancé. Nous avons même eu le courage de copier quelque peu les Sleeningq cars, tout en nous tenant à une distance plus que respectueuse des Pulman Palaces.
Mais je dois dire, à la louange de mon pays, que les voies américaines et canadiennes sont bien loin de valoir les nôtres pour la sûreté, l'aménagement, les | signaux, les accessoires et la police. On n’y rencontre | pas plus de piqueurs ni de gardes que dans les dépôts À ou gares. Les innombrables précautions réputées nécessaires chez nous pour garantir la sécurité des voyageurs, sont là-bas chose inconnue et méprisée. Est-ce insouciance ou parcimonie? Je préfère croire que c’est un effet de la haute idée que les Yankees conçoivent de la dignité humaine ou de leur respect pour la liberté publique. Les trains traversent donc les rues les plus
. populeuses des grandes villes aussi bien que les bourgs et les campagnes sans autre garde, dans les passages à niveau, qu’un grand écriteau qui porte en grosses lettres ces mots, écrits, au Canada, dans les deux langues :
— Take care of the engin, when the bell ring !
— Prenez garde à la machine, quand la cloche sonnera | |
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