PRE ANNE
une tortue et un serpent, insignes de son état. On aurait dit plutôt un clown du nouveau Cirque.
Les amants de la science sont, dit-on, tous originaux et plus ou moins toqués. Mais les naturalistes, que lon rencontre dans les déserts américains, semblent fouler aux pieds l'originalité même.
Les Métis, qui ne peuvent concevoir qu’un homme consacre sa vie à courir après des mouches, ou à déni-
. cher des araignées, avaient donné à M. Kennicott le
nom de Mangeur de maringouins, qui est celui du cra-
-paud-volant dans leur répertoire pittoresque. Plus res-
pectueux, les Tchippewayans, qui voient un chef dans tout homme bien mis qui ne travaille pas et se fait servir, l'avaient surnommé : Gou kra békka-odhœæri àzé, le
Petit chef pour les vermisseaux. D’autres l’appelaient :
Gou Krayénidhen àzé, le petit Chercheur de vers. Après que ces deux messieurs eurent rendu visite au gouverneur, nous nous transportâmes à notre tour auprès de Son Excellence, Grouard et moi, pour lui offrir nos hommages. Nous le trouvâmes seul et debout dans la prairie, non loin de la grande pirogue iroquoise qui l'avait amené. Il promenait autour de lui des regards où se peignaient la déception et l’ennui. Aucun étatmajor autour de cette autorité souveraine qui, à cette époque encore, jouissait dans tout le Nord-Ouest du droit de vie et de mort. Et, ce qui devait lui paraître le comble du dédain et de l’impertinence, à quelques pas du gouverneur, les Métis français accroupis par petits groupes continuaient à prendre leur repas de pémican, à jouer à la main ou à faire la sieste, en échangeant malicieusement entre eux des sourires narquois ou quelques courtes sentences en langue crise.
M. le gouverneur D. était du nombre de ces heureux