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L'ATHABASCA, 305
reçu gratuitement de son prêtre, il en avait aussi obtenu une sonnette qui lui servait à rassembler ses compatriotes pour la prière. Il s'était posé en catéchiste. Son grand âge, sa vie édifiante, et sa piété l'avaient fait accepter comme tel par la majorité des siens. M. H. Faraud se gardait bien de le destituer.
Cependant quelques sauvages un peu plus fiers refusaient d’obtempérer à ses invitations. Ils lui déniaient le droit de faire son prétre, ainsi qu’ils s’exprimaient. On ne lui en reconnaissait ni la compétence ni l’autorité. Cela attristait Dènè-gonouzié. Un jour donc, étant à la mission, il s'en ouvrit à son pasteur.
— Je ne sais comment me faire respecter d'un tel et d’un tel, lui dit il. Ils ne me récompensent pas de mes efforts par une assistance assidue à mes instructions. Mais, vois, j'ai découvert un bon moyen : J’ai vu dans ta stalle une calotte qui y traine depuis assez longtemps. Tu n’en fais rien, tu vas toujours tête nue; donne-lamoi. Si j'étais l’heureux possesseur de ce petit couvrechef et que je m’en coiffasse lorsque je réunis mes frères pour la prière, nul ne résisterait à mon invitation ; parce qu’ils comprendraient que je suis autorisé par celui qui a porté et sanctifié cette calotte. Eftthi adessi oulla ?
Le petit vieux obtint ce qu’il désirait, et on le vit depuis, tel qu’un custode dévoué, largement tonsuré, son occiput pointu affublé de la sordide calotte, agiter sa sonnette et convoquer ses paroissiens. Qui aurait osé révoquer en doute l’autorité de Dènè-sonouzié ainsi calotté par son curé? Qui aurait pu suspecter l’orthodoxie d’une parole inspirée par cette tête monacale?
L'automne qui suivit mon passage à Athabasca, Dènè-gonouzié, avant de repartir pour ses forêts en
1 om mm
306 EN ROUTE POUR LA MER GLACIALE, compagnie de sa vieille femme et de son never, dit au missionnaire en lui serrant la main :
— Sé Toain, mon Père, ma femme est bien vieille, elle est borgne, elle n’a pas grand esprit et n’est plus bonne à grand'chose. J’ai grand’peur qu'elle ne meure cet hiver.
Il s’arrèla un instant comme s'il n’osait pas continuer. Puis il ajouta :
-- À propos, si elle meurt, que ferai-je? Dois-je pleurer ou chanter des cantiques?
L'apostrophe était cocasse. Le missionnaire répondit :
— Je ne vois pas pourquoi tu chanterais. Prie et pleure à ton aise, en te résignant toutefois à la volonté de Dieu.
— Och! je suis déjà résigné d’avance, repartit l’original Indien, et, réflexions faites, je crois qu’il vaut mieux que je chante à son enterrement que de pleurer. Ma femme a vécu longtemps, c’est une bc :..e créature sans malice; Je suis sûr qu’elle ira vers Dieu. Donc, je chanterai. Donne-moi vite un autre livre de prières, car le mien est tout usé ikkela.
Pierre reçut ce livre destiné à servir aux funérailles de sa femme. ‘ s’en alla content, oublia son livre dans un coin et renvoya son neveu à la mission, lrois jours après, pour le chercher, afin qu’il lui fàt donné de chanter aux obsèques de sa vieille qui, entre parenthèses, a enterré son singtlier mari.
Des traits d'originalité de ce calibre ne sont pas rares parmi les Dènè. Ils attestent une âme ingénue et un esprit candide, types bien rares de nos jours.
La
ps