EF
RARE Ne A RP à re: è.
mon a 2 2 3,
au milieu de ces cascades bouillonnantes que souvent, pour faire montre de leur sang-froid et de leur force, ils les arrêtent tout à coup sur la verge d’une chute, en plantant vigoureusement leurs avirons dans le fond.
Aux Noyés, le caractère périlleux des rapides n’étant pas encore connu de ces voyageurs, ils mirent pied à terre en haut de chutes, tandis que le commis s’en allait les reconn: tre par terre. Il avait convenu avec ses gens que si la rivière lui paraissait navigable, il tirerait un coup de fusil au bas du rapide, comme un signal pour les avertir de venir à lui.
Elle lui sembla périlleuse à l’excès. Mais pendant qu'il s’en retournait vers ses [roquois afin de les aider à faire portage, un volier de canards vint s’abattre dans un remou et l'officier tira sur ces oiseaux, oubliant qu’un coup de feu pouvait déterminer un malheur irréparable. Il ne s’en souvint qu'après coup. Il cria afin d’arrèter ses gens ; mais il était trop tard et lui trop loin. Les Iroquois partirent comme un trait et sans méfiance. Ils brisèrent leur pirogue parmi les récifs et trouvèrent la mort dans ces eaux fougueuses.
J’ignore comment le commis, cause involontaire de ce malheur, put continuer son voyage.
Le soir de ce même jour, nous ailâmes bivouaquer à la rivière au Sel. C'est un cours d'eau impotable qui sort de la montagne des Cariboux. Le sel dont ses eaux sont saturées se dépose naturellement sur ses bords, où on le recueille en assez grande quantité pour en approvisionner tous les forts et toutes les missions du Nord.
Cette rivière était la propriété de l’homme qui la découvrit, un Métis français nommé Beaulieu, qui y avait défriché une pièce de terre et construit une jolie ferme ou il habitait avec plusieurs de ses enfants.
C'était l’un des plus anciens témoins des événements qui sesont passés dans le Nord. Son père, un Français, était coureur-de-bois au service de la Compagnie des Sioux. Il s’était fixé dans ces déserts reculés, sans que personne s’en doutât en Canada. Son fils, notre héros, qu’il avait eu d’une femme tchippewayanne, vit arriver, en 1780, le premier explorateur du grand lac des Esclaves, Peter Pond; puis, en 1789, sir Alexander Mackenzie. Son oncle, Jacques Beaulieu, servit d’interprète au premier de ces officiers de la Compagnie du Nord-Ouest. Lui-même, étant âgé de 18 ans, accompagna au grand lac des Ours un autre Mackenzie à titre de chasseur pourvoyeur. En 18%, il était interprète de sir John Franklin.
Choisi par les Couteaux-Jaunes pour être leur chef, Beaulieu devint la terreur des Flancs-de-Chien, des Esclaves et des Sécanais dont il tua une douzaine, dans les environs du fort Halkett. Ce sultan métis, sybarite du désert, issu de sang français mais élevé en vrai sauvage, eut trois femmes qui appartenaient aux trois races crise, dènè et métisse. Il a laissé des rejetons. dans toutes les tribus qu’il a parcourues, sans compter dix enfants mariés, pères et mères de famille ou déjà aïeuls, qu’il avait avec lui.
En 1845, Beaulieu vit le premier missionnaire canadien, M. Thibeault, au portage de la Loche. La foi de son père, qui couvait dans son âme de sauvage, se réveilla. Il se convertit sérieusement, licencia ses deux femmes indiennes pour ne garder que la vieille Métisse à laquelle il demeura toujours fidèle. Il dota les autres et leur rendit les enfants qu’il en avait eus, afin qu’elles pussent en être nourries et supportées. Après quoi, le patriarche, ainsi qu’on appelait Beaulieu dans le pays, 1R
se fixa à la rivièi au Sel, dont il exploita les produits pour les revendre à la Compagnie d'Hudson. Ce sel, la culture de son champ, le lait de ses vaches, la pêche du corégone dans la rivière des Esclaves, et la chasse, suffirent amplement pour lui assurer ainsi qu'aux siens une existence facile. Il se livrait aussi avec fruit au. coinmerce des pelleteries.
Quand je vis Beaulieu, en 1862, il était âgé de quatre-vingt-cinq ans, et cependant il chassait encore seul, il parcourait des centaines de lieues à pied, courant derrière ses chiens. Il est mort à l’âge de cent un ans et quelques jours, laissant derrière lui un beaufrère nommé Poitras presque aussi vieux que lui.
Le 8 août, nous entrâines dans les bouches de la rivière des Esclaves. Le même phénomène que j'ai constaté au lac Athabasca se renouvelle ici. Par cinq ou six embouchures qui s’avancent chaque année dans le lac, la rivière des Esclaves charrie une prodigieuse quantité de matières sédimentaires tenues en dissolution dans ses eaux. On peut évaluer à 48,000 pieds cubes l'eau saturée de calcaire qui passe en un seul jour par ces bouches, et qui, en déposant ses apports journaliers, recule d'autant le rivage méridional du grand lac des Esclaves.
Là encore on distingue facilement la première embouchure de la rivière des Esclaves de celle qui, de nos jours, est considérée comme la branche mère. De hautes et grandes îles rocailleuses, peuplées d’arbres de haute futaie, la font assez reconnaître; tandis que le réseau de battures boueuses, couvertes de-sauleraies et de champs de roseaux, qui lui fait suite, n’est que le résultat des apports successifs et subséquents. Entre ce réseau d’un terrain déjà condensé et étanche, et le grand lac, s’éten-
de de po M:
no ini po en pa ea pe
el] nal vas un est Bri
] des sau ter de
ore den des gna mis ciel
Eyr
jad
d’er
LS
dent des boues meubles, un bourbier fluctuant au gré des flots qui le recouvrent graduellement depuis un pouce d’eau jusqu'à une profondeur de plusieurs pieds. Malheur à la barque qui s’envaserait dans cette glu noire et visqueuse. Elle s’y empâterait comme cc; innombrables arrachis que les courants y ont transportés et qui sont destinés à être transformés plus tard en houillères ou en fossiles, en s’inoculant, molécule par molécule, les matières calcaires si ténues que les eaux tiennent en dissolution et qui les ensevelissent peu à peu.
Nous naviguâmes en pleine eau entre la terre ferme el les îles /ndènè noué ou des Bruyères, dans un chenal qui, l’année suivante, était tellement obstrué par la vase, qu’il me fut désormais impossible d’y passer avec une grosse pirogue d’écorce. Aujourd’hui ce chenal est converti en prairie naturelle, et l’une des îles aux. Bruyères est devenue une presqu'ile.
Il est plaisant et instructif d'assister ainsi au travail des éléments, et j'aime beaucoup cette assertion des sauvages, que les pierres croissent et poussent, et que la terre monte. Ils en sont tous les jours témoins. Mais que deviennent les eaux ?
Par une certaine similitude phonétique que des. oreilles inhabiles ont perçue entre indénè, bruyère, et dénii, orignal, les îles aux Bruyères ne sont connues des Blancs aujourd’hui que sous le nom d’iles de l’Orignal, que je leur laisserai désormais. Il s’y trouve une mission catholique française que dirigeait alors un ancien garde-forestier devenu prêtre, l’excellent M Emide: Eynard, de Gap. C’était un homme du monde qui avait
jadis mené à Paris la vie agitée des étudiants avant
d’embrasser la croix de missionnaire. Celte âme ai-
se SE rm te Li x Z
RS rl mm r Le — ES
(a nn. 5 songes
à FS
PR
mante, charitable et zélée n’avait d’autres défauts que sa myopie et son originalité. Il était très distrait et manquait de mémoire. En retour, il était doué d’un jugement des plus solides. Sa dernière distraction fut la cause de son trépas. Il trouva sa fin dans le lac Athabasca où il se noya accidentellement au mois d’août 1874.
Je trouvai M. Eynard à table, n’ayant pour tout menu que du poisson sec et fumé, à peine grillé, des pommes de terre en robe de chambre et du thé noir sans sucre. Ni pain, ni vin, ni viande, ni dessert d’aucune sorte. Il me pria de partager son diner ; mais j’avoue que je fis les dents longues. Je ne pus avaler une seule bouchée de cette abominable mangeaille, Puis il m'accompagna au fort Résolution pour y aller chercher les marchandises qui venaient de lui arriver. Je souligne à dessein le mot marchandises.
On a reproché à certains missionnaires, entre autres aux Jésuites, de faire du commerce à l'étranger. C’est la vérité. M. Eynard faisait du commerce et votre serviteur, quelque stupéfait qu’il fût tout d’abord de cette découverte, en fit bientôt autant et plus, peu après, sans en concevoir le moindre scrupule. Tous les missionnaires en pays sauvages en sont réduits à cette humiliation, qu’ils soient catholiques ou protestants. Seclement ils n’en font pas plus que les prêtres de tous les pays civilisés. Ils se procurent mo: 2nnant finance les objets nécessaires à la vie; et, corime l’argent est inconnu dans le Nord-Ouest, ils se voient obligés de faire des trocs en nature. Voilà tout le secret de ce commerce.
Nous troquons donc des pipes et du tabac, sauf votre respect, des mouchoirs, du ruban et des limes, de la
jaune is il her gne
tres est serrette rès, miscette ants.
tous ance it est ss de le ce
votre de la
poudre et des balles, etc., contre de la viande, du poisson, de la graisse, des fruits, des peaux qui serviront à faire des souliers et des vêtements, plus quelques fourrures pour en doubler nos gants, nos bonnets et nos surtouts de voyage.
Ces exigences de notre position coûtent à la fierté du prêtre. Il lui répugne d’être débitant de tabac et marchands de vêtements confectionnés, de laisser le calice et la croix pour prendre la balance et le pied-de-roy ; mais ÿ! faut qu’il s’y résigne, à moins qu’il n’ait un économe fidèle qui puisse le rer\placer dans ces fonctions mercantiles, en sauvant sa dignité de ministre de la religion; ou bien qu’il puisse vivre sans manger.
Outre sa nourriture, que le missionnaire doit acheter par des échanges en nature, il lui est également nécessaire d’avoir un ou plusieurs serviteurs des deux sexes, qui logent chez lui et qui ne le serviront pas s’il ne les rétribue convenablement. De plus, il a des voyages à entreprendre pour la visite des malades, pour donner les exercices religieux dans des localités privées de prêtre ; et ces pérégrinations exigent des guides et autres serviteurs indiens qu'il tui faut également payer.
Voilà pourquoi le missionnaire tient magasin chez lui. Voilà pourquoi il fait du commerce et s'entend, mème avec l’honorable Compagnie de la Baie d'Hudson pour que son tarif ne soit ni au-dessous ni au-dessus de celui de cette société. S’il lui était inférieur, il provo-
‘querait des récriminations de la part d’offciers trai-
tants que le missionnaire a intérêt à ménager; parce
qu'ils sont ses voisins et qu’il est souvent sous leur dé-
pendance relative. Mais son tarif ne saurait être supé-
rieur au leur; parce qu'il ne recevrait plus rien de ses
ouailles, qui ne voudraient ni ne pourraient nourrir