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plaidoyer. Le brave facteur avait considéré cette restitution comme une escroquerie que je lui avais soutirée à grand renfort de rhétorique; et, conformément à la loi mosaïque suivie par tout bon lecteur de la Bible. il me faisait payer le quadruple de cette somme, plus les intérêts d’un an.
Pour avoir eu la simplicité d’avancer 400 pelus au fort Résolution, sans une ligne de reconnaissance, la mission eut à lui en rembourser 1,800!
Telle fut la vengeance sournoise de cethommequiavait imploré notre pardon pour ses diatribes et qui, en quittant le grand lac des Esclaves, en 1864, m'avait légué toute sa musique comme un témoignage de son amitié.
Je me hâte de dire que les L. sont rares dans lesein de l'honorable Compagnie. La conduite de L. ne P’inerimine nullement.
Le 27 septembre, je faisais de nouveau mes adieux au bon M. Eynard, et repartais pour le Rapide. dans la bonne barque Auwr'ore, patron William Houle létis franco-castor. Mes 22 colis ne purent être em. rqués que moyennant un pourboire assez fort que je payai à cet homme; mais je m’exécutai volontiers, parce que sa barque était vieille et bien chargée. Ou're le contingent ordinaire des huit milieux ou rameurs, elle portait encore M. Smith, jeune commis nouvellement arrivé, deux autres Mangeurs de lard canadiens nommés Durand et Lerourse, la V'e Sauvé, nouvel interprète.du fort Big Island, avec ses cinq enfants; plus ma personne et un jeune garçon de quinze «ns que notre administrateur avait fait demander pour se l’attacher. En tout, onze passagers.
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Aussi étions-nous calés jusqu’au dernier déclin.
Nous partîmes avec un fort vent debout, effectuâmes à grand’peine la première traversée du lac, celle des iles Brûlées, et dûmes relâcher dans l’anse au Soufre où le vent contraire nous retint toute la journée suivante.
A la pointe De Meules, nouvelle relâche d’une journée. Le vent y fit tellement baisser la température, que, le 4°" octobre, le thermomètre centigrade marquait — )° au-dessous de zéro, et que les bordages du lac prenaient en glace. Cependant, cette Journée-là, nous pûmes atteindre à force de rames un ilot perdu au large d’une grande traversée, entre la pointe de Roche et la Grande Ile, et appelé la vetite île de Roche. Nous y rainassâmes sur la grève ass: de bois charrié pour allumer un grand feu autour duquel nous passämes la nuit sans abri contre le froid ni le vent d'est, le plus terrible des vents du pays. Il chassa sur nous une bordée de neige fondue qui se convertit immédiatement en verglas.
Longten:ps avant le jour, le vent nous devint favorable sans diminuer d’intensité, et j’entendis de dessous mes couvertures le timonier William Houle questionner le commis Smith sur l’opportunité du départ. Celui-ci répondit d’une manière évasive. Les milieux Esclaves questionnaient la veuve Sauvé qui, à son tour, interrogeait le Canadien Durand. Chacun manifestait son anxiété et eût voulu recevoir de ses voisins l’assurance que le gros temps ne durerait pas, ou plus probablement un prétexte pour demeurer sur le plancher des vaches, quelque inconfortable et exigu qu’il fût.
Personne ne voulait prendre sur lui la responsabi. lité du départ, de crainte d'assumer celle de conséquences périlleuses.
se — Si on le demandait au prêtre? hasarda le commis S , .
écossais.
le des N x ; fe où — Le Père dort, dit la veuve. On le lui demandera quand il s’éveillera.
vante. s Et elle se reblottit sous sa couverture.
d’une 5 Aie Mais le Père semblait dormir avec une obstination k tait désespérante.
: la Avec le jour, le froid et le vent redoublèrent. Celui-ci Q ac « ‘ . , os soufflait avec une telle violence que je me demandais 7e comment notre barque non pontée pourrait tenir le u au ; | Réahe lac. A voir seulement les grandes lames qu'ilsoulevait (e) k N sur cette petite mer, la fureur avec laquelle il en décaous Fe x Ni | pitait les têtes écumantes qu’il dispet:11 en larges È pour Lo ed en A embruns, les plus braves étaient intimidés.
mes la l : | . i HR Au bord de l'eau régnait une ceinture de glace dans a laquelle des sarcelles et des pluviers, attardés ou paresls une : EE dé , :
seux, s'étaient luissé prendre par les pattes. C'était ement cé Esbt RU pitié de voir les efforts inutiles que faisaient ces pauvres cf oiseaux, pour se dégager de cette glu naturelle et avO- ‘ prendre leur essort vers le sud. Ils y trouvèrent la essous + : mort et fournirent à notre déjeuner.
ionner ; ur Pour la seconde fois, le timonier Houle demanda à elui-ci | l'officier :
claves ‘ , + :
: k — Faut-il partir, m’sieu? Le vent est bon. 1 ro- , . Al . à ul [don't know, répondit l’Ecossais. Ce n’est pas mon l | n : : + A PS affaire. À vousde juger du temps et de donner le signal. urance : 0 4 babl Qu'en pensez-vous ? 114 bable- ve Mas at d Le Métis se gratta l'oreille. | FOR — Il vente ben fort, dit-il d’un air qui semblait H | bi demander grâce. Si ça dépendait rien que de moë je. Î nsab1 eu : F 4 ne partirais pas. Cependant si ces gens-cite veulent ) equen- “te ‘ - !
4 partir, je veux ben itou. Eh ben! nos gens, usou soutel ;
yénoushen a? Voulez-vous partir!
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Les huit Esclaves se regardent, se consultent d'un mot, promènent sur la surface blanchie du lac des Esclaves un regard effaré, et répondent comme ils font toujours quand un Blanc les interroge :
— Lila! Soundi!
Cela signifie : Je ne sais pas, je suppose, peut-être bien, probablement, j'en doute, je l’ignore; tout ce que vous voudrez excepté oui et non.
La veuve Sauvé, elle, n’eut pas de respect humain :
— Mon Yieu! Ouyan, fit-elle au patron, mes pauv’es enfants!
Il sentit de la détresse dans ce peu de mots et n’insista pas.
— C’est bon, dit-il, satisfait d'avoir une excuse pour temporiser. On valaisser faire encore un bout de temps.
Je ne pus m’empècher de sourire de sa déclaration. C'“iait sans malice ni lorfanterie de ma part. Les indécisicns et lemanègede William m’amusaient; voilà tout. Mais Ouyam s’en aperçut et en fut peut-être mortifié :
— Je voudrais ben savoér ce qu’en pense, not Père, dit-il comme en parlant en l'air, sans s’adresser direc tement à moi.
— Le prêtre? Il a plus peur que nous tous, dit un sauvage dans sa langue.
Et tous ses compagnons de rire.
— Que dit cet homme? demandai-je à la veuve, en sortant enfin de mon silence prudent et réservé.
— Il dit comme ça que vous auriez trop peur de partir par le mauvais temps qu’il fait.
— Il me semble, au contraire, dis-je, que nous avons là une magnifique brise. En courant vent arrière nous pourrions peut-être canarder, car nous sommes bien chargés. Mais n prenant le vent de trois quarts
un ou grand largre bâbord amures, et en tirant ensuite les quelques bordées pour gagner la pointe de la Grande ils à Ile, ilme semble que nous pourrions tenir le lac.
Je n’avais pas encore fini que Guyam s’écriail avec
dépit :
tre — Halloht boys, en barque, en barque! on va que assayer. Et pis si on l’est pas capab”, ah! ben tant pis!
| ça sera pas drôle, je le garantis. Y aura plus d'’île n : ousqu'on pourra débarquer. Mais ça ne fait rien, en es barque donc!
| — M'sieu, ajouta-t-il en se retournant vers le commis, in- | son bonnet à la main, on va partir.
— All right ! dit l’Ecossais avec la même indifférence our de tout à l'heure; et il entra aussitôt dans la barque ps. pour s’y recoucher à l'arrière.
on. L’aparté de notre timonier me prouva qu’il n’était ni dé- brave ni sûr de lui-même. Je fus alors fâché de l'avoir ut. décidé à partir par ma réflexion; mais pourquoi m’aié : | gaçait-il ? Heureusement que, à part lui, nous étions re, quatre hommes résolus et propres à lui remonter le
ec courage si les circonstances l’exigeaient. Quant à la force, elle ne lui faisait pas défaut et, de plus, il conun naissait bien sa route. C'était tout ce qu'il fallait.
Nous abandonnâmes au vent notre unique voile carrée, La secousse que nous éprouvâmes quand on
en largua l'écoute fut telle que nous manquâmes chavirer.
Mais l'Aurore se releva promptement et commença à
de chevaucher sur le dos des grandes vagues avec ces
élancements de balançoire et ces mouvements gracieux
ons qui me transportent d’aise et de plaisir. Je vis aussitôt ère qu’elle se défendrait bien.
nes En un clin d’œil nous eùmes perdu de vue et l’île de
be roche et' la fumée de notre bivouac glacé, filant comme
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une mouette. En rien de temps nous ne vimes plus que le ciel gris et l’eau blanche du lac qui se plombait des ternes reflets de ce ciel d'automne.
Notre barque si lourde, si paresseuse à la rame, avait pris la vie et les allures d’un oiseau, sous l'haleine âpre du vent. Elle volait devant l’ouragan; elle bondissait comme un cheval qui franchit une haie. Par moments, il semblait qu’elle ne touchât pas le lac.
Dans ces circonstances, je conçois que le marin s’alitache à son navire, quil lui voue une sorte d'amour comme à un être ayant esprit et vie, qui l’écoute, lui obéit, suit ses moindres impressions, et le porte triomphant à travers les éléments domptés et impuissants.
Tels n'étaient cependant pas Iles sentiments de l’équipage dènè de l’Aurore, pas plus que ceux de son vaillant patron. Je n’essayerai pas de dépeindre la perplexité de ces hommes qui, l’instant d’auparavant, se riaient de moi. Ils regardaient avec effroi ces profondeurs noires comme du goudron liquide que veinaient des stries blanches d’écume, ce lac qui se creusait en mugissant sous notre étrave, pour remonter tout à coup comme une soupe au lait et s’empanacher d’une bave mousseuse, au ras du plat bord.
Pendant une heure nous n'embarquâmes pas une seul goutte d’eau, et William reprenait assurance, lorsque le vent fraichit davantage et tourna à la furie.
— Diminuez la voile! cria le timonier. Prenez les deux ris.
. Pas un homme ne bougea.
— Diminuez la voile, tas de crabes! continua William d’une voix qui tremblait de crainte.
Les Esclaves s’exécutèrent si gauchement que les deux Canadiens et moi dûmes nous en mêler. On
là VOYAGE EN BARQUE SUR LE LAC DES ESCLAVES. 364 ”., diminua la voile de ses deux ris. C'était tout ce qu’elle (4 comportait. Réduite à sa plus simple expression, le 4 Hé: tangage sembla encore augmenter, et l’on dut l’amener | ha à mi-mât et en contenir les élans en la retenant à | elle poignées. I Par Les Canadiens et moi étions les seuls qui fussions | 4 ben: gais, capables de converser et de badiner., Couché à | 4. ab l'arrière dans ses couvertures, le commis paraissait | dé absorbé dans la lecture d’un roman de Dickens, La 1 Jui veuve Sauvé, assise à l'avant ci tournant le dos au lac, 16 bn: avait rassemblé ses cinq enfants autour d'elle, et leur 1 dis avait caché la tête sous des couvertures pour qu’ils ne ! 1 da vissent pas le lac, semblable à une maman-poule qui | ÿ a ramasse sa poussinière dans un moment de danger. | la Elle égrenait pieusement son rosaire en pleurant, pen- | (à es sant beaucoup plus à mourir qu’à vivre. | 1 ro - Et les sauvages? Tapis au fond de la barge, ils 11 lot ouvraient des yeux aussi grands que des écubiers de ati |. vaisseau à trois ponts, l’oreille fermée à la manœuvre oup que leur criait Ouyam d’une voix chevrotante, et se at retenant des deux mains à tous les cordages, à tous les cabillots.
ip Le pauvre Métis Houle semblait prêt à perdre la ice, carte, quoi que je fisse pour remonter son courage, en née. m'écriant :
los — Quel bon vent! vrai, quelle magnifique brise! Encore une heure, et nous serons rendus au fort. En ce moment, comme pour me donner le démenti, tam l'avant de la barge plongea sous l’eau et un paquet de mer s’abattit sur la maman-poule et ses poussins, En les même temps un cri d’effroi sortait de toutes les bouches : On Ÿ le mât venait de craquer, et la voile semblait devoir
| A être emportée. On l’amena encore plus bas; le mât fut
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étayé avec un cordeau doublé que l’on fixa à l’arrière. S'il eût cédé, nous n’aurions jamais pu nous défendre des vagues. La voile seule, en nous soulevant, nous permettait de les franchir. Nous en gravissions bien deux; mais la troisième passait sur l’avant au coup du tangage. L’Aurore était trop chargée et trop mal arrimée.
— On vapirir, s’écria tout à coup d’une voix étranglée William, blême comme un mort. Faut jeter tout le butin à l'eau en commençant par ce s.. butin de la mission. Quand qu’on l’a des Pères à bord, su’le voyage, c’est toujours dé même. On l’a ren que de la malechance et de la misère.
Je partis d’un éclat de rire.
— Vas-tu pas jeter le Père par-dessus le bord, itou, William? dis-je à cet insensé. Si tu as aussi peur que cela, mon gars, comment veux-tu que ces pauvres hères de sauvages t’obéissent? L’Aurore se défend bien, et nous volons comme un goéland.
Mais j’entendais bien l'eau clapoter sous le veugrage qu’elle atteignait. Nous devenions trop lourds de moment en moment.
M. Smith se leva enfin sur son séant et promena sur le lac ses grands yeux verts étonnés :
— William, si vous clouiez les bâches sur le pourtour de la barge? fit-il. Et il se recoucha, comme un oracle qui en a assez dit.
Cela fut aussitôt exécuté, et tout le personnel y fut claquemuré. M. Smith, les Canadiens, William et moi derneurâmes seuls à l’arrière, prêts à tout événement.
Sous le prélart nous entendions les sanglots de la pauvre veuve et de ses six enfants, y compris Baptiste Pépin, ce grand garçon que j’emmenais au Rapide. Un moment, un seul, j'éprouvai au diaphragme
comme un petit griffement d’étreinte : la barre du gouvernail venait de se rompre entre les mains du timonier, qui s’écria :
— À moë, nos gens, nous allons pirir |
— Pas encore, William, pas encore ! répondis-je. Et sautant sur les bâtons de matente qui fort heureusement se trouvèrent à ma portée, je lui en passai un. Il se trouva justement de calibre à entrer dans le trou du gouvernail, et nous continuâmes à filer comme une hirondelle, sans que l'Awrore eût eu le temps de dévier de sa route. Si nous avions eu vent de côté, elle eût été perdue. Le vent nous aurait coiffés.
Le pauvre Métis était tellement affaibli par les efforts qu’il venait de faire, et par l’anxiété qu’il éprouvait, qu’il dut passer la barre aux deux Canadiens. Il se mit à vider l’eau de la cale par grandes chaudières.
Fort heurcusement qu’en ce moment la terre se montra à l'horizon. semblable à une bande de brouillard bleuâtre. En rien de temps, elle eut grandi et nous pûmes distinguer les sapins de la Grande Ile. Cette vue ranima les esprits abattus. Nous côtoyâmes l’île le reste de la journée, à la distance d’une ou deux lieues, et le même jour avant le coucher du soleil, sans avoir pris aucune nourriture depuis le matin ni relâché sur l'île, nous atterrimes devant le fort Big-Island, au grand ébahissement de M. R. et de ses gens qui ne pouvaient en croire leurs yeux* |
Qui fut le premier et même le seul à publier dans le fort sa valeur, sa présence d’esprit et sa science nautique ? On devine que ce fut William Houle, celui-là même qui n’avait pu se décider à partir de lui-même ; qui, au départ, avait montré une irrésolution pusillanime ; et qui eût fait sombrer sa barque s’il n'avait eu
à ses côtés des hommes pleins d’assurance qui se riaient de ses terreurs.
Il le fit avec une jactance qui le couvrit de ridicule.
— Voyez donc c’té Ouyam, qui a manqué nous faire néyer dans le lac, comme qui’se met à chanter le coq! disait la veuve Sauvé, laquelle aprèsavoirpleuré de frayeur et de tendresse se dédommageait en pleurant de joie.
« l ferait ben mieux de remärcier le bon Yieu que de faire le vantard ! ajoutait-elle avec bon sens.
— Vous ne pourrez pas descendre vos colis au Rapide, me dit l’Orcadien R., chef du poste Big-Island. La barque sera chargée de poisson pour le fert Simpson. Laissez-les ici dans le magasin, puis vous viendrez les quérir en canot d’écorce.
C'était une nouvelle difficulté. qui nous était créée. J’échouais au port après avoir échappé au naufrage sur le lac. Un nouveau voyage de 40 milles allait devenir nécessaire aussitôt de retour au Rapide.
Le fort Big-Island, ancien fort Georges, est un poste de provisions et la principale pèêcherie du Mackenzie. Pendant l'automne, on y prend de 600 à 1,000 corégones par jour. Ce poisson y est de premier choix. Percés près de la queue et enfilés dix par dix dans des broches de bois, ces poissons sont suspendus à un grand échafaud où ils s’'égoutent et se dessèchent en partie. Ainsi préparés, ils portent le nom de poissons à la pente. A force de geler et de dégeler, ils contractent une odeur putride et un goût amer et faisandé. Il faut avoir été élevé avec de tels mets pour les préférer au poisson frais.
À l'issue du déjeuner, le lendemain, je reprenais place à bord de l’Awr'ore, juché sur un tas immense de poisson à la pente, et me dirigeais vers le Rapide que j'atteignis à dix heures du soir.
Slevé rois.
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