CHAPITRE Ill KRAHNAWARKÉ
La Chine et le Sault Saint-Louis. — Le Grand-Feu des Mchawks. — Les Hilliné. — Hurons et Algonquins. — Les Onrvé-honwe au physique et au moral. — Fabrication du sucre d'érable. — Costumes iroquois. — Berceaux indiens. — Un Indien librepenseur.
A trois heures de Montréal, par la grande route, et à un quart d'heure, par le chemin de fer, en remontant le Saint-Laurent, on trouve la Chine. Non pas la Chine des Chinois, mais la Chine des Français du xvi° siècle, la Chine canadienne. C’est un fouillis de bosquets et de jolies villas, de parcs et de demeures seigneuriales, de grands arbres en quinconce et de maisons fraîches et blanches qui se pressent autour des flèches jumelles d’une belle église ogivale.
En deux mots, c’est le Saint-Cloud ou le Vésinet de Mortréal.
Tout en face, sur la rive droite du ileuve, s’élève le Grand-Feu des Iroquois de Kahnawaké ou Sault Saint- Louis. Kahnawaké signifie Eaux-Rapides. Les Anglais l'écrivert Caghnawagha.
Vous ne vous attendiez pas, amis lecteurs, à rencontrer la Chine si loin de l’Empire du Milieu ? Ni moi
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KAHNAWAKÉ, 43
non plus. Peu de Français connaissent l’existence de ce bourg canadien, et la France n’a aucun intérêt à s’en souvenir; car ce nom bizarre donné par les com pagnons de Cartier à ce site riant qui n’était alors qu’un | coin de l’immense forèt, attestera jusque dans les âges // futurs que nos bons aïeux prirent le Katarokwi pour le Tigre (à cette époque on plagçait le Tigre en Chine!) et les plaines boisées du Canada pour le Céleste-Empire ou tout au moins pour son voisinage immédiat!
Cependant, n’accusons pas la douce ignorance de nos pères. Leur erreur fut aussi celle de Colomb, et elle fut partagée jusqu’à un certain point par sir Alexander Mackenzie lui-même. En descendant le fleuve qui porte son nom, jusqu’à la mer Glaciale, cet explorateur croyait, en bonne foi, atteindre cette mer Vermeille qui fut pendant deux siècles l'objectif de toutes les expéditions de nos explorateurs, et qui n’est autre que le Pacifique.
Lorsque nos compatriotes se furent convaincus que l'antique et populeuse Cathay n’était point dans lhémisphère occidental; lorsque les découvertes de l’Espagnol Quadra leur eurent appris qu’un autre océan les séparait encore du royaume des Fleurs, ils prirent le parti de rire de leur méprise, et donnèrent le nom de la Chine à la localité où ils avaient un moment cru !a trouver.
Beaucoup d’étymologies ne sont pas plus savantes que celle-là, croyez-le bien.
J’ai eu la satisfaction de visiter la Chine à pied et en chemin de fer, à plusieurs reprises. Un ferry-boat ou bac à vapeur, y fait le service de Kahnawaké. Le fleuve n’y mesure que 2,413 mètres de large; une bagatelle, comme vous voyez. On le traverse pour deux sols. Un
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