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» Ce fut alors qu’on décida de les fixer presque tous sur des terreins incultes, si communs dans les provinces de Poitou et de Berry, où M. l’abbé Terrey en envoya 1500 dont on a commencé l’établissement sur des terreins de l’évêché de Poitiers et de quelques seigneurs voisins; mais il est à craindre que malgré les vues humaines et bienfaisantes du gouvernement, les dettes de l’Etat ainsi que beaucoup d’autres objets intéressants qui gênent aujourd’hui les finances, ne retardent trop longtemps les secours indispensables pour achever et consolider l’établissement de ce peuple infortuné, ce qui engage à réclamer ceux de Nosseigneurs du Clergé de France qui, s’ils voulaient bien leur accorder pendant cinq ans une somme de 300,000 livres, chaque année, (ce qui fait le montant de leur solde), donneraient au gouvernement la facilité d’employer uniquement aux dépenses de l’établissement, les fonds qu’il est aujourd’hui forcé d’employer à leur solde de subsistance.
» La cause des Acadiens est celle de l’humanité et de la religion tout ensemble. Quel autre corps de l’Etat que celui du Clergé pourrait-on
se flatter d’intéresser davantage en leur faveur, lui qui, nous faisant aimer l’une et respecter l’autre, s’est empressé dans tous les temps de secourir les malheureux et de contribuer à tous les établissements qui ont pour objet le bien de l’Etat ?
« Celui-ci réunissant les différents motifs qui ont toujours si puissamment intéressé la charité de Nosseigneurs du Clergé de France, les infortunés qui la réclament aujourd’hui osent se livrer à la plus douce espérance et croient même avoir à se reprocher leur timidité qui depuis 18 ans les a empêchés de recourir aux bontés de cet illustre corps. »
Voilà le document que me lut Littaye :
Il me montra aussi deux autres pièces fort curieuses. Elles feront parler d’elles, me disait -il, au chapitre « De la représentation » si jamais on fait l’histoire politique de Saint-Pierre Miquelon. L’une est un extrait des décrets, publié par Beaudoin à l’imprimerie de l’Assemblée nationale.
On lit à la page 188, à la date du ^22 juin 1 793 :
— Décret qui accorde un secours au citoyen
Rodrigue, député extraordinaire des îles Saint- Pierre et Miquelon.
Puis en date du même jour on retrouve un autre décret intitulé :
— Décret qui ordonne de contraindre par corps le sieur Rodrigue à rétablir au Trésor public 1200 livres qu’il a percûes.
Quel pouvait être cet intendant Bigot en petit ?
J’ai vu aussi dans la bibliothèque de Littaye un marché passé à Saint-Pierre par le baron de l’Espérance, gouverneur. Il est en date du ier octobre 1784. Il s’agissait de la construction de 4 maisons de fonctionnaires.
Ce fut ce soir là aussi qu’il me montra une pièce d’argent frappée à l’effigie de Louis XIII. Elle portait le millésime de 1620. Elle avait été trouvée par Littaye dans l’anse de Ravanel.
Mais trêve de souvenirs, et finissons ce chapitre comme nous l’avons commencé.
Hélas oui mon ami Littaye n’est plus !
Cet homme de cœur, ce savant, est mort le 7 décembre 1884 à Saint-Malo ; il est mort à 49 ans, usé par les fatigues du métier. Il est mort sans avoir pû terminer une histoire du Cap Breton et de Louisbourg. Celivre traitait de bien de choses qui auraient fait plaisir aux Acadiens et aux Canadiens-français. Si pareil départ laisse un vide au foyer domestique, il en laisse un aussi grand parmi ceux qui aiment le Canada et l’Acadie, parmi ceux qui se rappellent.