‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 11 sur 57 · VICTIME DE SON PATRIOTISME · texte numérisé non relu

VICTIME DE SON PATRIOTISME

LE SÉNÉGAL l'a PLEURÉ, ET HONORE SA MÉMOIRE.

Et cette courte inscription rappelle toute une vie de courage et de sacrifices.

— Il est là, nous dit M. Leclerc, en passant près du cimetière dont les murs s'effritent au soleil.

Nous entrons. Pas même une grille pour enclore sa place ; une pclite pierre, sur cette petite pierre une couronne d'immortelles scellées et une croix de bois noir.

Mais en faut-il davantage? Et ce bon Jeandet n'est-il point heureux, quand les chansons des grillons le viennent bercer dans les nuits chaudes, et que les grands vols des marabouts et des

PoDon.

cigognes mettent un voile d'ombre entre sa tombe et le soleil?

En revenant du cimetière je butte... et peu s'en faut que je n'aille m'étaler le nez en avant. Je me retourne. C'est une sorte de billot, élevé de dix centimètres environ au-dessus du sol.

— Ce gros tronc d'arbre, explique notre cicérone en piquant du bout de sa canne le malencontreux morceau de bois, servit à trancher la tête des trois assassins de Jeandet. Penchez-vous davantage, et vous pourrez voir encore les entailles faites par la hache de l'exécuteur.

GRACE à l'obligeance de M. Devès, un des plus riches négociants du Sénégal, qui a bien voulu nous laisser monter à bord de son yacht, nous avons pu accompagner le commandant Dargclos jusqu'à Mafou, — à 125 kilomètres plus à l'est. Là se trouve le chaland qui conduira le brave officier à Kayes, — soit près d'un mois de navigation à la remorque de quatre noirs halant sur la cordelle.

— Et de novembre à mai, dis-je au commandant, il n'est pas d'autres moyens de transport ?

— Pas d'autres. Vous voyez, du reste, la somme de confortable allouée : huit mètres de coque, un toit en paille d'arachide au milieu.

— Combien encaque-t-on de soldats là dedans ?

— Douze fantassins ou caporaux, ou huit sergents, ou quatre capitaines et lieutenants, ou deux chefs de bataillon et colonels... Moi je serai tout seul... Heureusement j'ai là quelques bouquins, — puis un petit lot de boîtes de cigares à vider... Aussi bien le temps passe plus vite qu'on ne croit à flâner, dormir et rêvasser. Venez voir mon installation !...

C'est un amoncellement de caisses et de ballots de toutes sortes disposés pêle-mêle dans la cale. Sur ce fouillis une petite tente en toile à voile, et un lit de camp gardant l'hoi'izontalité par je ne sais quel miracle d'équilibre.

— Croyez-vous qu'en France on consentirait à fourrer des chiens de Terre-Neuve en de pareils trous?

— Je ne le crois jsoint, me répond-il simplement. Mais voici que tous mes préparatifs sont achevés. Les hommes sont prêts. Allons, en route ! Au revoir! A Paris, n'est-ce pas? Donnez-moi

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