‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 12 sur 57 · A TRAVERS LES MARIGOTS · texte numérisé non relu

A TRAVERS LES MARIGOTS

de vos nouvelles quand vous serez dans le Sahara, via Tombouctou.

— C'est entendu. A bientôt et bon voyage* !

Et le chaland s'éloigne.

Le lendemain matin nous touchons à Podor juste à temps pour nous réembarquer à bord du Dorgnis-Deshordes qui regagne Saint-Louis, — où nous arrivons cinc[uante-six heures après.

1. Le commandant Dargelos no devait pas revoir Paris. J'ai appris avec chagrin, qu'il était mort le 5 juillet 1895, à Bissandougou.

Le 5 juillet 1895, la France a perdu un héros.

VOYONS, sérieusement, dis-je quelques jours plus tard à M. Merlin, de retour de Dagana, quand allez-vous nous faire partir ?

— La semaine prochaine, si vous voulez.

Enfin, nous quitterons cette ville oîi l'on ne peut seulement faire quatre pas sans risquer de rencontrer un nègre électeur promenant son importance ; — sans se cogner à une mer bête, toujours d'humeur féroce, ou à un fleuve capricieux qui trouve le moyen d'être à sec pendant six mois de l'année, histoire d'ennuyer les pauvres gens de Kayes!

— Vous nous donnerez , de suite , deux lettres d'introduction auprès de Leurs Majestés Alimed-Saloum, émir des Trarza, et Ahmed-ould-Aïda, cheikh de l'Adrar...

Armes et objets d'équipement du Quoloff.

— C'est entendu. Demain je ferai ces lettres.

— Il nous faut aussi un interprète.

— Dans l'après-midi je l'enverrai chez vous.

— Et les fusils Gras que j'ai demandés au ministère de la

Marine?...

— Vous pourrez en prendre livraison quand cela vous conviendra Mais, dites-moi, insinue le directeur — vous

Dans les paillottes du Oualo.

qui parlez avec un tel aplomb, — êtes-vous prêts, au moins?

— Archi-prèts.

— Vos hommes ?. . .

— Arrêtés.

— Vos chameaux porteurs?

— Achetés. Depuis deux semaines, ils broutent l'herbe du Gouvernement, dans les fossés de Guet N'Dar.

— Ah ! vous m'en direz tant ! . . .

Et M. Merlin se tut, désespérant de trouver en défaut notre esprit de prévoyance et de sagesse.

CHEZ le Gouverneur. Visite d'adieu.

— Vous savez, nous dit-il, que M. Léon Fabert, qui avait été chargé par le Ministère d'une mission en Adrar, a dû revenir précipitamment. Il sera ici vers le 10 dû mois prochain. On prétend qu'il est en fort piteux état : très malade, abandonné par une partie de son escorte, pillé, volé. . . Ce courageux voyageur n'a pu dépasser 400 kilomètres ; il s'est arrêté à Taouezit, où Saad-Bou, un cheikh très influent, l'a fort bien accueilli... Mais quant à aller plus loin, impossible. Ahmet-ould-Aïda n'a rien voulu entendre... Je vous souhaite plus de chance...

— M'est avis que je ferai bien d'éviter ce Saad-Bou.

— Pourquoi ? Saad-Bou est un bon allié.

— Heu ! heu ! Enfin je vous écrirai cela, — à mon retour.

— Vous m'écrirez!... Mais il me semble que vous pourriez prendre la peine de venir me voir quand vous repasserez par Saint-Louis.

— Nous ne viendrons pas vous voir, parce que nous ne repasserons point par Saint-Louis.

— Et par où passerez- vous donc?

— Par le Sud-Marocain. Gap Juby.

— Oh ! oh !

— Je ne veux pas dire, remarquez-le bien, que nous réussirons, je veux dire, simplement, que nous ferons tout ce qu'il sera possible de faire jDOur réussir. Quand on s'est donné un but, si l'on

lOG EN SAHARA

s'attarde à regarder les difficultés, on n'obtient rien qui vaille. Il est préférable de ne point s'en préoccuper et de marcher de l'avant, comme si l'on était sûr de la réussite. Certes nous n'ignorons pas que mille bâtons se fourreront dans nos roues pour nous empêcher d'avancer.

Et c'est justement parce que nous prévoyons tous ces accrocs que nous disons avec autant d'assurance : « Nous passerons », au lieu de dire : « Nous essaierons de passer ».

En tactique on appelle ça, je crois, couper les ponts

Nous avons voulu couper les ponts, monsieur le Gouverneur.

— Et vous avez raison. Bonne chance et à bientôt. . . bonne santé, nous dit M. de Lamothe en nous serrant la main... Ah ! à propos, ajoute-t-il, est-ce que M. Merlin vous a raconté ce qu'il avait fait à Dagana? Non? Eh bien, voici: c'est de fort bonne besogne, comme vous allez le voir. Grâce à ses efforts, les choses se sont arrangées le mieux du monde. Le meurtrier de Vincent sera fusillé, et le commerce de la gomme n'aura pas eu une minute d'interruption... Je crois qu'en ce moment-ci le Trarza est fort calme...

Mais je vous retiens, là, inutilement... vallons, encore une fois, bonne chance et prompt retour.....

LOUANGES à Dieu et à son prophète.

« Le gouverneur du Sénégal et dépendances à son ami et allié Ahmed-Saloum, cheikh des Trarza, « Salut le plus complet.

« Cette lettre a pour but de te recommander M. Donnet, chargé, parle Gouvernement français, d'une mission scientifique et commerciale dans le Désert.

« Je te prie de lui faciliter sa mission par tous les moyens en ton pouvoir, de lui fournir des chameaux et des vivres au prix fixé par les conventions qui existent entre nous, et enfin de lui donner pour tes alliés les lettres de recommandation dont il pourrait avoir besoin.

« M. Donnet est accompagné dans sa mission par M. Bonnival, que je te recommande de la même façon.

« Je sais qu'en cette occasion, comme toujours, je puis compter entièrement sur toi. »

« De la part du roi fils d'un roi Ahmadou ould Sidi Ely ould Ahmadou ould Sidi Ely \

« A Hamet-ould-Sidi-Hamet ould Aïda et à cheikh Saad-Bou et à cheikh Sidia-ben-Cheikh Si Mohamed ben cheikh Sidia, « Salut le plus complet.

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