Particule négative, en langage ouoloff
EVANT la grande carte du Sahara :
... Voici maintenant, sauf modifications à apporter plus
tard, l'itinéraire à suivre :
— Direction nord-est. Arrivée à Bouzoubra, résidence du cheikh Ahmed-Saloum et du marabout Baba-ould-Hamdi. Séjour à Bouzoubra, — juste le temps d'obtenir, à défaut de renforts, deux sauf-conduits pour traverser le pays trarza. Marche vers Portendik, — sur la côte. Puis de nouveau dans l'intérieur par le Tarad, le Taffouelli, l'Agneitir, le Tasiast, la vaste plaine des Oulad- Delim et le Tiris jusqu'en Adrar- Souttouf. En cette dernière oasis, formation d'une escorte d'indigènes Oulad-bou-Seba pour atteindre, d'abord, les comptoirs espagnols! du Rio-de-Ouro, au bord de la mer, ensuite, au nord, le groupe de Tekna, Tindouf (déjà visité par Camille Douls) et le cap Juby, sud marocain, — point terminus du voyage.
Type trarza.
— Pas d'observations à présenter?... Alors en route,...
et sans retard !
12 avril.
— En route ! . . .
— Mais où est donc Mohamed ?
— Je vais le chercher, propose Bonnival.
Dix minutes plus tard, mon compagnon est de retour. Secoué de gros rire il me prend par la main.
• M. Gaston Donnet.
— Viens !
— Quel spectacle me réserves-tu ?
— Les adieux de Fontainebleau, acte dramatique joué par la troupe d'Ouatil.
L'introuvable Mohamed est sous sa tente. A ses pieds gît Souadou en larmes. Autour de lui s'amasse sa vieille garde, une trentaine de matrones qui,
la tête baissée, Semblent se conformer à sa triste pensée.
A ma vue, le héros de cette scène de désolation essaie, mais en vain, de se dégager des deux bras qui l'enserrent.
— Tu vois, dit-il, mon femme, près de moi, beaucoup triste. Veut pas laisser partir moi. Tu penses, Oulad-Delim tous faire mouri...
Oulad-Delim... Brr... brr... Souadou de plus belle se remet à sangloter, — et la « vieille garde », remplissant, pour la circonstance, le rôle du chœur antique, marmotte le funèbre A//a/i akheur des jours de deuil.
Comment tout cela finit-il ?
Bien simplement :
Possesseur d'un collier, d'un bracelet et de deux flacons d'eau de Cologne, Souadou ne craint plus les Oulad-Delim ; possesseurs d'une douzaine de couteaux, de pipes et de ciseaux, les « vieilles gardes», soudain rassurées, nous prédisent foule de choses fort heureuses.
Et Mohamed enfin libre — Mohamed revêtu d'un magnifique costume de guinée, chaussé de magnifiques bottes en cuir rouge, le « wdnchester » sur l'épaule, le revolver à la ceinture, — enfourche un grand diable de djemel de course qui, en trois foulées, le mène au premier rang de l'escorte.
A travers le pays trarza stupidement monotone.
... Solide ossature gréseuse. Quartz résistants.
Grandes plaines déchirées par des dunes de sable pourpre, empanachées d'herbes très rêches — sorte d'alfa, — de taïchit, de gommiers épineux, de genêts étendus en nappes.
Un grand trou noir tapissé d'herbes et de branchages bâille en l'épaisse masse calcaire piquée de fossiles, — un puits... De l'eau à dix, douze, quinze, vingt mètres de profondeur : — saumâtre cjuand elle est chargée de sulfate de soude, punaise quand elle subit le contact de matières organiques.
15 avril.
Même marche monotone. Rencontré une caravane se rendant au Fouta.
On met pied à terre, et chacun — si vis pacem para hélium, — abrité derrière son chameau, le doigt sur la détente du fusil, attend.
Ibl
— Nous sommes des voyageurs pour nos affaires, s'écrie Mohamed, et nous ne voulons de mal à personne!
Pas de réponse.
— Nous ne voulons de mal à personne ! . . , Même silence.
Périlleuse situation. Ils sont au moins deux cents, armés de leurs escopettes, — nous ne sommes que huit^ A voix basse je donne l'ordre de reculer de trente pas. Mais le kliébir- a deviné ma pensée, d'échapper à la portée de ses armes. Il manœuvre pour reprendre sa distance perdue ; ses hommes le suivent.