‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 19 sur 57 · Soyez les bienvenus · texte numérisé non relu

Soyez les bienvenus

— Ou prenait la fuile...

— Tiens, tiens ! c'est encore ijossible ! Il faudra voir la prochaine fois

— Merci ! je n'y tiens pas.

L'interprète, durant ce colloque, est allé serrer la main du khébir. Il s'est informé, ainsi que le code de la civilité arabe l'y oblige, de la santé de son père, de son frère, de son oncle, de son cousin, de tous les habitants de sa tribu.

Et le khébir lui a rendu sa politesse.

« Heureux soit votre voyage, s'il plaît à Allah ! » La caravane s'en est allée. Longtemps encore nous la voyons, zigzaguant au ras des dunes, comme un grand serpent noir aux multiples anneaux.

Arrêt brusque. Pourquoi?

... Scœvola, l'affreux Scœvola, ce parangon des chameaux récalcitrants, refuse d'aller plus loin.

— Gocldam ! C'est Omar-Semba qui prend un gros bâton,

et le casse net sur le mufle de Scœvola — lequel riposte par un formidable coup de dent.

Et il y a miracle que l'irascible matelot n'ait pas été coupé en deux, — tant les mâchoires se sont abattues avec rapidité et force, l'une sur l'autre !

Quand donc, Omar, comprendras-tu que les dromadaires sont aussi incorrigibles que les hommes ?

NCORE de bien longues heures par monts et par vaux. Soixante degrés ; des rafales de vent d'Est vomissant du feu. Les

casques se bossellent, les malles se fendillent. Si grande est la soif, que la gorge douloureusement se resserre, semble vouloir se recroqueviller jusque dans l'estomac.

Vers la nuit, enfin, au pied d'une haute dune, en des carrés de gommiers géométriquement espacés : des feux qui papillotent... des silhouettes qui se détachent, agrandies sur fond fuligineux ; un murmure berceur de voix que ponctue le battement régulier des pilons broyant le mil.

A Bouzoubra , sur les confins de l'Afthouth. Le marabout Baba-ould-Hamdi, prévenu de notre arrivée, nous a fait dresser une tente, — tout ce que l'on est convenu d'appeler le confortable saharien : moustiquaires à l'intérieur, et grandes calebasses contenant dattes, quartiers de mouton et beurre.

Quelle munificence !

Mais attendons la note à payer.

— Selam-alék-oum ! Un Bouzoubrien nous souhaite la bienvenue. — Selam-alek-oum ! Un deuxième Bouzoubrien nous souhaite la bienvenue. — Selam-alek-oum!... — Selam-alek-oum !...

tif

Une broyeuse de mil.

— Sc'lam-nlek Trois, quatre, cinq, dix, vingt, trente,

cinquante Bouzoubriens... non compris leur progéniture !

— Tirez, Lirez; ils vont... partout, comme les petits chiens de Racine.

La lune vient de se montrer. Et à la lueur de cet astre indiscret on nous détaille, — ébaEîs.

Une remarque en passant : la mendicité apparaît moins développée en pays Idou-el-Hadj, qu'en pays d'Ouatil.

Les douars seraient-ils plus riches? Bien invraisemblable supposition. Non, il faut voir, dans cette attitude réservée, les immédiats effets de la puissance spirituelle de Baba.

Ce Baba est décidément un homme du meilleur monde. J'imagine cjue les usuriers à cjuatre-vingts pour cent ne doivent pas opérer d'aivtre façon, pour « rendre service à leurs clients^ ».

1. Voici, à t'.tre de curiosité, une lettre traduite parMobamed, que Baba-ould-Hamdi m'envoyait quelques ■temps après ma visite à Bouzoubra.

Cette lettre fut écrite sous la dictée du marabout par son « Secrétaire », un noir du nom d'Abdoulaye- Diop.

« Cher Donnet,

1) Je vous écris cette présente lettre pour vous demander de vos nouvelles et l'état de votre santé. Quant à moi, je me porte très bien. Dieu merci.

)i S'il plait i Dieu, la mission que vous avez, je vous la ferais, comme vous voulez. Il faut garder bien Khayeroume, ministre. Accompagnez aussi roi des Trarza. Il faut dire aux blancs qu'.Ahmet-Saloum c'est un roi très bon, je ne vu pas de roi plus bon lui qu'à les Français.

I) Votre marabout bien affectionné.

u Baba-ould-Hamdi. »

« Moi, Abdoulaye-Diop, vous salue. »

Goum!... Goum !... ^ Une bousculade se produit. « Ahmed- Saloum ! Ahmed-Saloum ! » clament les voix aiguës des enfants. Diable! serait-ce Lui? Quel honneur pour nous! Et j'ajouterai : quel périlleux honneur ! car pour se déranger comme cela... comme le dernier de ses sujets, il faut que le cheikh des Trarza ait bien des choses à nous demander...

— Bonnival, gare à ta pacotille !

— Hélas ! elle diminue à vue d'œil, ma pacotille... Entre nous, je crois qu'on nous vole...

— Moi, j'en suis sûr ! Mais qu'y faire? Nous sommes en trop petit nombre pour pouvoir protester. Si nous ouvrions trop grands les yeux, on pourrait peut-être nous les fermer pour toujours. Donc, silence, — et inscris cela aux « profits et pertes ». Aussi bien, cite-moi donc un seul voyageur africain qui n'ait pas été un peu pillé et dépouillé par les peuplades qu'il rencontrait ?

— Ahined-Saloum !! Ahmed-Saloum !!

En personne. Il est escorté de ses officiers d'ordonnance : quatre guenilleux guerriers, fusil au bras.

Un court entretien avec son marabout ordinaire, homme plein de prudence, qui lui crache dans la main pour éloigner de lui le Mauvais Esprit, — et Sa Majesté pénètre sous la tente, et s'accroupit près de nous (à la meilleure place, il va sans dire).

Une dextre négligemment tendue, à peine un mot en réponse

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