‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 2 sur 57 · Les Zénaga ont donné leur nom au fleuve Sénégal · texte numérisé non relu

Les Zénaga ont donné leur nom au fleuve Sénégal

PAYS abandonné aujourd'hui, mais dont la possession, autrefois, marque de pages brillantes l'histoire de l'occupation européenne.

Dès 1445, deux ans après la découverte du Banc d'Arguin par Nuno Tristao, les Portugais s'installent dans le centre de l'archipel d'Arguin — Cap Blanc. Et là bientôt "on les voit nouer des relations avec les marchands de l'Adrar.

Cette alliance commerciale dure peu. Le pouvoir portugais baisse, — et les colons de Lisbonne sont obligés d'abandonner leurs établissements. Tour à tour, les Espagnols, les Hollandais, les Anglais, enfin les Français en 1678, les remplacent.

Arguin et Portendik prennent une importance considérable.

Règne de courte durée. Les Maures de toutes les tribus se soulèvent, mettent à feu et à sang la côte du Tasiast.

Guerres sur guerres. Défaites de nos armes. Tout est abandonné.

Les bateaux ne viennent plus, laissant pour compte aux Oulad-bou-Seba des stocks de marchandises accumulés sous les hangars. Et les caravanes s'arrêtent ; et tous les traitants de l'intérieur qui faisaient affluer dans le grand port saharien les récoltes d'Atar et des oasis voisines, n'ont plus d'autre marché que la capitale du Sénégal, à 350 kilomètres au sud, — soit à vingt jours d'étapes en tenant compte des détours forcés du chemin.

Depuis celte époque, la routine de la traite a maintenu le trafic aux escales sénégalaises.

Toute cette région présente l'aspect de la plus complète solitude. Rien sur la terre, rien sur la mer ; — le vide absolu.

De ces difl'érents établissements — Arguin et Portendik, — signes autrefois de noJtrc prospérité, il ne reste que des ruines : une citerne construite à. l'européenne et quatre canons, ombres de canons, rongés par le temps, aux trois quarts enfoncés dans le sable.

Le Désert a tout envahi *.

Et pourtant cette côte n'a rien perdu de ses richesses. En dehors du commerce de la gomme, il y a la pêche. Il y a le Banc d' Arguin, 8.400 kilomètres carrés de surface, où grouillent les morues, les sardines, les anchois, les surmulets, les dorades, les

merlans, les samas, les abriotes Et il y en a tant... et tant...

qu'on les pourrait saisir avec la main ! Plusieurs fois nous avons assisté à la pèche faite par les Nin-Hannah, tribu Oulad-bou-Seba qui alimente de poissons séchés tous les Trarza. Ces indigènes n'ont pas de barques. Ils entrent dans l'eau à mi-corps, jettent leurs filets, pour les retirer aussitôt, chargés à rompre mailles.

En 1876, le Raphaël, steamer commandé alors par un capitaine que de nombreux voyages à Terre-Neuve avaient rendu des plus compétents en matière de pêche, essaya d'une exploitation à la baie du Lévrier.

L'affah^e, par suite d'erreurs apportées dans les procédés de conserve, ne réussit point.

Et depuis, personne n'a tenté de la reprendre.

Pourquoi?

1. Voir pour plus de détails notre ouvrage : Vue Mission au Sahara occidental. Étude politique et économique des pays trarza et adrariens. Paris, 1896, Challamel, éditeur.

LES Maures Trarza, Oulad-Delim et Oulad-bou-Seba ont des routes de caravanes qu'ils suivent invariablement, — guidés par un merveilleux instinct : la science du Désert.

Une de leurs routes les plus fréquentées longe la mer, coupe successivement l'Aftliouth, le Tarad, l'Agneitir, pour faire un brusque crochet à l'est et gagner l'x-Vdrar à travers l'Incliiri ; une autre voie remonte directement au nord jusqu'au Tiris. Cependant qu'une troisiènie, spéciale aux seuls Trarza et Brakhna, suit le Sénégal dans les grandes plaines de Chamama, et vient desservir les escales fréquentées par les traitants de Podor et de Dagana.

De ces différentes routes une seule nous importe : celle du Tiris. Nous la prendrons pour atteindre, après dix journées de marche — plein est — l'Adrar.

L'Adrar sera le point premier de notre iDénétration.

De par sa présence en plein pays maure entre le Haodh et la côte, la grande oasis saharienne est le lieu de passage indiqué des caravanes allant du Soudan au Rio-de-Ouro et au Sud-Marocain '.

Les Trarza cpii, après avoir franchi les plaines inchiriennes, atteignent El-Hafeïra, se rencontrent dans l'Ouadan avec d'autres caravanes effectuant la traversée nord complète du Désert.

1. J'ai déjà dit ailleurs que les Anglais du cap Juby avaient par deux fois envoyé h Chingueti des émissaires chargés d'arrêter les bases d'une entente commerciale. Voyez : Une Mission au Sahara occidenlal.

L'arachide.

Et donc, en résumé, tout ce pays qui nous occupe constitue le point de jonction forcé de toutes les troupes importantes de marchands qui partent de la Sénégambie et du Soudan.

Entre des mains françaises, l'Adrar peut être inexpugnable, énorme batterie avancée en pleine Hamada, menaçant les Anglais, leur faisant défense d'entrer plus avant dans ce Sahara occidental que les Conventions ont rendu nôtre.

Qu'est - ce que l'Adrar ' ?

Une bande de terre fertile, de 500 kilomètres de large, jetée en plein steppe, entre le Sénégal et le Maroc.

Les indigènes appartenant à la tribu des Yahia-bcn- Osman forment la classe la plus importante de la population. Soumis aux guerriers d'origine kounte, cet état d'infériorité leur pèse ; ils favoriseraient, croyons-nous, de tout leur pouvoir, un changement de régime.

Les principales productions de l'Adrar sont, en dehors de la gomme : les dattes, le mil, le blé, l'orge et les pastèques '.

Mais le trafic est surtout alimenté par les riches mines de sel gemme d'Ijil, gisement inépuisable dont le produit annuel atteint 4 millions de kilogrammes.

« Le sel y est en couches, et s'étend jusqu'à 1 m. 50 de profondeur. Entre ces couches on trouve des débris de corps organisés et une masse de coquilles brisées. Le sel, très inférieur dans la couche surélevée, devient sensiblement très beau au fond. »

Le mil.

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