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C'est ainsi que les poètes arabes appellent le lion

18 mai.

TiouROUR, point sans importance, qui, sur la carte Lannoy de Bissy, vous a des allures de capitale.

On dit: « Les palmiers de Tiourour ». Or il n'y a pas de palmiers à Tiourour. Y en eut-il jamais? Le capitaine Vincent affirme — c'était en 186.2 — en avoir vu plus de deux mille.

Tiourour est un lieu d'arrêt forcé pour toutes les caravanes se rendant au Tiris ou en Adrar.

De quelle patience ne nous a-t-il pas fallu donner la preuve, en ce maudit village ! Je me souviendrai toujours des cinq heures passées au bord du puits.

C'a été tout d'abord la femme du guerrier Mou-Ben. Cette massive matrone, pesant au moins trois cents livres, a constamment barré de ses charmes débordants l'entrée de notre tente. Pour ouvrir le passage, l'économe Bonnival dut sacrifier le contenu d'une boîte entière de pipes, de couteaux et de rasoirs.

Et le petit Ibrahim, ne mérite-t-il pas lui aussi une petite mention ?

Cet adolescent de malheur me fait écrire en arabe, sur un morceau de carton, les cinq ou six mots de français qu'il a pu retenir en m'entendant parler : « Major » — a Dis donc » — « Ça va bien ?» — « Gomment ?» — « Attends »...

Et ces mots disparates, il les répète comme une prière, sans jamais se lasser...

Si encore les parents du jeune polyglotte me remerciaient de la leçon de langue que je viens ainsi de lui donner !...

Mais non, M. Ibrahim père, quoique ancien ministre du roi Ely — du moins il le certifie, — n'a aucun tact. Déplorable manque d'éducation chez un si haut personnage, ce diplomate se vautre sur mon lit, plonge ses doigts sales dans la caisse de sucre... bref,

n K/M(,\ \\ jilË¥ TSMlMt.l W ""^^>^^^^^^^^^^^sâë"^" ' Une caravane a Tiourour.

se conduit si incongrûment, que je charge Mahmadou-Dialo de nous débarrasser de sa présence.

Le colosse prend M. Ibrahim dans ses bras, — et, avec des précautions infinies, va le déposer dans le sable, à quelques mètres du campement.

Imprudente manœuvre, M. Ibrahim crie, hurle, vocifère. Les loqueteux qui l'entourent prennent sa défense. Le campement est envahi. Cent poings nous menacent. Omar-Semba veut résister. Il est renversé, foulé aux pieds. Hors de lui, le matelot a saisi son fusil. Il va s'en servir. Bonnival arrive à temps pour faire tomber l'arme de ses mains.

— Surtout, pas de coups de feu, ou nous sommes perdus, dis-je à voix basse.

L'interprète a beau se démener, — il n'avance guère. Ses « goulou » si persuasifs restent sans écho.

La situation s'aggrave. Nos adversaires ont pris carrément contact. Ils semblent maintenant beaucoup moins en vouloir à

nos personnes qu'à nos marchandises. Les malles sont violemment jetées dehors, plusieurs ballots sont déjà ouverts à coups de poignard...

Quand survient une idée de génie à Mohamed :

— Ahmed-Saloum ! Ahmed-Saloum ! crie-t-il à tue-tête. Tous s'arrêtent, croyant voir

apparaître le cheikh redouté.

— Ahmed-Saloum, continue Mohamed, profitant de l'accalmie avec beaucoup de présence d'esprit, Ahmed-Saloum a pris sous sa protection ces deux blancs

— qui sont deux grands chefs dans leur France.

Ecoutez bien ceci : c'est que tous ceux qui feront du mal à ces deux chefs blancs, feront du mal à Ahmed-Saloum luimême.

Ahmed-Saloum est juste. Il ne veut pas considérer comme ennemis des hommes qui ne viennent à lui que pour le commerce,

— et non pas pour rendre captives ses femmes, prendre ses douars, et brûler ses champs de

gommiers

Monsieur Ibrahim.

Que les méchants soient punis ! Ces blancs ne sont pas méchants. Ils sont bons...

Et notre seigneur le Prophète l'a dit : « Un cœur d'enfant, sans mauvaises intentions, sans haine, sans colère, plaît toujours à Dieu »

Mohamed est un grand orateur. Ses paroles ont produit l'effet voulu. Les pillards ont laissé malles et ballots, — et sont venus se ranger autour de M. Ibrahim.

Embarrassé, M. Ibrahim n'a plus trouvé mot à dire. Suivi de

son épouse et de son fils, il s'est éloigné. Et les autres, imitant son attitude pleine de réserve, l'ont suivi.

Un fort coup de collier pour remplir nos outres avant la nuit, réparer les dégâts causés j^ar tous ces coupe-jarrets... Et quittons Tiourour, vite, vite.

Touché à Arreghit, village de pasteurs aux troupeaux essaimes sur les areg. A peu de distance se trouve un marché de dromadaires.

Moyennant trente pièces de guinée, nous achetons un grand djemel de charge destiné à remplacer le trop fameux Scaevola, — dont on ne peut décidément tirer aucun parti.

Nous sommes dans les sables du Taffouelli. Pays de mort. La végétation, réduite aux seuls taïchit, semble encore plus maladive, plus exsangue.

Les collines rampent et s'écrasent à la surface du sol. La plaine fuit, fuit devant nous. . . Quand arrivera-t-on?. . . Où arrivera-t-on ?. . .

LA mer ! la mer !

Ce cri est un cri de délivrance. Elle est devant nous, la Grande Bleue — très calme, très douce, pleine de soleil.

Porte ouverte sur le néant ; solitude infinie, profondeurs vides donnant le vertige...

Rien sur la terre ; rien dans le ciel ; rien sur la vague. Jamais un bateau ne se hasarde près de cette côte saharienne. Les steamers fuient grand large. Tout ce qui touche au Désert effraie... Le sol est traître : il s'émiette, il se dérobe, il s'affaisse, il s'écroule. Le vent le fait tour à tour dune et steppe.

Et pourtant, de cet insaisissable est sorti le tangible. Le travail des siècles a marqué son œuvre dans l'incertain.

D'abord, ce fut le sable des masses gréseuses, réserve des temps dévoniens... Puis l'océan est arrivé, recouvrant ce sable, pénétrant quartz et gneiss, formant de leurs molécules une gigantesque chaussée — peuplée aux premiers âges de limules et de nautilides, semée aujourd'hui d'algues et de fucus.

Cette chaussée s'appelle : le Bancd'Arguin.

Le Banc d'Arguin est un monde. De Portendik — la Marsa des Maures, le vieux port qui eut son heure de prospérité sous André Brue — à Agadir, il mesure 200 kilomètres de longueur sur 83 kilomètres de largeur. A quinze milles du rivage, ses fonds ne dépassent point vingt brasses !

Et quelle richesse de faune conchyliologique ! Et par suite.

quelle surabondance de poissons ! — morues, sardines, anchois, surmulets, dorades, merlans, samas, etc.

Si nos compatriotes nous demandaient avis, nous leur répondrions qu'Arguin semble appelé à rivaliser avec Terre-Neuve;

En route. — A TRAVERS LE Taffouelu.

que Djioua, flanqué d'un wharf, pourrait être un excellent havre, accessible, même à marée basse, aux navires de fort tonnage ; que. . .

Mais à quoi bon insister?...

Nos compatriotes n'ont de confiance que dans les actions de la London and Zanzibar Prohlematical Gold Mining Company ! . . .

jJ^

REVENONS à Marsa, où nous avons séjourné une semaine auparavant.

Un marais salant — celui de Jreid — exploité par les Tendagha, avec, tout autour, des traces de fondations de maisons, et sept canons — ombres de canons rongés par le temps, aux trois quarts enfouis dans le sol — marque la place où commerçait autrefois le Portendik hollandais.

Marsa * c'est un peu « autre chose » apportée en toute cette monotonie stérile. C'est une surprise que réserve le Désert.

Marsa se déploie en arc de cercle sur un tapis de plage très uni, — au pied de hautes dunes ocreuses découpées en arêtes vives.

Des herbes étranges recouvrent ces dunes ; des bouquets de tamaris, des caoutchoucs nains, bosselés de sève, allongent leurs bras noueux, cherchent l'humus, et, ne le trouvant pas, en meurent.

Et tout cela se répand au loin si paisible, — que tout cela semble pris de sommeil...

Tableau impressionniste :

La plaine du Tarad, grande mosaïque à la fois verte, noire, blanche et violette. Collines pourpres sur collines pourpres. La mer, d'un bleu mat, splendidement belle sous cette chaleur exaspérée qui la métallisé.

Et par delà — vers l'horizon — la dernière ligne des flots —

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