‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 34 sur 57 · Formules ordinaires de salutations arabes · texte numérisé non relu

Formules ordinaires de salutations arabes

Les salamalecs échangés, on cause.

Ahmed-ould-Aïda est averti de notre présence. Nous laissera-t-il atteindre Chingueti?

Non pas. Le cheickh de FAdrar est persuadé que le jour où des Européens pénétreront dans sa capitale, — ce jour, c'en sera fait et de son trône et de sa vie.

Le moyen de le persuader du contraire?...

— Aussi bien... Pourquoi, m'observe Sidi, fort judicieusement du reste, pourquoi veux-tu aller dans nos areg et dans nos forêts d'acacias ? N'as-tu donc pas assez de terres et de montagnes chez toi?

— Les blancs ne désirent pas aller dans ton pays pour prendre les areg et tes forêts d'acacias. Ils ne désirent qu'une chose, les blancs : faire du commerce avec les Maures, parce qu'ils ont besoin de la gomme qui pousse dans le pays d'Afthoulh. En échange de cette gomme, les Français donneront aux Maures des pièces de guinée, du tabac, du sucre, de l'ambre et du corail. Les Maures seront heureux; ils auront autant de richesses que la chamelle a de lait.

Notre royal interlocuteur hoche la tête :

— Je ne puis croire à ce que tu me dis, parce que si Dieu a donné aux blancs beaucoup d'intelligence, double tète, — il leur a donné aussi double cœur. Toi, maintenant, tu veux entrer dans l'Adrar comme le mouton ; mais demain les autres Français voudront y rentrer comme le lion. Ils nous feront captifs, — comme ils ont fait captifs les OuololTs.

— On ne fait pas captifs les braves. Tu es un incrédule, Sidi. Souviens-toi de ce qu'a écrit ton seigneur Mohamed :

« Les actions de l'incrédule sont pareilles au sernh (le mirage) de la plaine. Celui qui a soif les prend pour de l'eau, jusqu'à ce qu'il s'en approche et trouve que ce n'est rien ! »

« Les actions de l'incrédule... » Belle pensée, — heureusement choisie. Naïf, je m'imagine qu'elle va produire beaucoup d'effet sur Sidi.

Erreur, Sidi est un sceptique ; Sidi, en ce moment, m'a tout l'air de se moquer et de son prophète et du Coran de son prophète.

Sidi ne repond pas à ma tirade. Il se contenle de nrcxamincr des pieds à la tète, très lentement, très posément, très froidement...

Puis il hausse les épaules ; puis il sourit d'un air dédaigneux ; puis il se rapproche de son dromadaire, hrusquc, saule en selle, et... pft !... pi([ue des deux.

Ahurissement. Déconvenue. Tout le monde bouche bée devant cette fuite.

Enfin les langues se délient. Jugement sévère est porté sur l'héritier collatéral de la couronne d'Adrar.

— Un peu fou ! murmure Mohamed.

— Lui a eu peur, surenchérit Idris.

— Drôle de façon de prendre congé ! grommelle Bonnival, toujours formaliste.

Et moi, in petto, d'ajouter : « Décidément, je crois que j'ai eu tcrt de lui parler de son pays ».

Mais la note juste est fournie par le bon Mahmadou : - — Toi pas fait... tenlion au chameau de Sidi?

— Non, mon vieux, pourquoi?

— Le chameau de Sidi en voyant toi, a crié comme ça: Hou! hou !... longtemps, longtemps, en montrant ses dents.

— Ah ! il a crié comme ça : Hou ! hou ! en voyant moi... Eh bien, après? Conclus, mon bon Mahmadou.

— Ne ris pas, commandant ^ Faut pas rire ! Quand un chameau crie hou ! hou ! en montrant ses dents... y a pas bon ! y a pas bon ! y a pas bon pour personne !

— Danger, alors ?

— Danger ! grand danger, plus grand que tout, Y a faire Selam pour dire Bon Dieu pas arriver mauvaises choses.

Tous se prosternèrent... Inch Allah ! ^

Et derrière eux nous nous retrouvâmes les mains jointes, ù genoux, — dans l'incendie gigantescjue d'un soleil agonisant.

1. Au Sénégal, les noirs ont rincffensivc manie d'appeler « commandant » tous les Européens sous les ordres desquels ils servent directement.

Ceci dit pour rassurer rautorité militaire qui, peut être, aurait pu croire que j'avais profilé de mon séjour dans le Désert, loin de tous tribunaux, pour me monirev aux yeux de mon escorte dans l'éblouisscment d'un uniforme richement galonné.

Page 1