‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 41 sur 57 · Fraction d'Oulad-Delim · texte numérisé non relu

Fraction d'Oulad-Delim

2i8 K.\ SAHARA

Il en sort de tous les coins ; le sable les enfante. PouiTons-nous réussir à nous dégager?

— Mahmadou, va chercher les six chameaux !

— De det, répond le brave Ouoloff, y a pas avoir six.

— Comment ça, ij a pas avoir six'!

— De det. Maures y a pas laissé six chameaux, tu penses. Maures tous voleurs ; Maures volé un chameau hier soir.

— Et tu ne me l'as pas dit ?

— Moi y a pas vu...

— C'est bon, c'est bon... j'irai me plaindre au chef du village. Mais le chef du village, aux j^remiers mots de doléances, se

met à rire bruyamment, à grands éclats.

J'insiste, et alors il se fâche ; d'un ton sec me fait observer que lui et ses « administrés » sont au-dessus de tous soupçons.

Je vais me fâcher à mon tour, invoquer l'autorité d'Ahmed- Saloum, de Baba-ould-Hamdi, de Saad-Bou, de l'Europe, de la France, du gouverneur du Sénégal, du...

Lorsque soudain je sens qu'on me pousse le bras.

Je me retourne : devant moi un tiyab, vieux, cassé, tout confit en douceur, du miel aux lèvres :

— Goulou, écoute, me dit-il d'une voix prenante, ton djemel n'a pas été enlevé par un Oulad-Lab, ton djemel s'est sauvé; il est maintenant à six ou sept heures de marche du bivouac ; tu le trouveras sur ton chemin.

Sur mon chemin !... Cet homme m'offre, en ce moment, un si parfait modèle d'aplomb tranquille, d'hypocrisie satisfaite d'ellemême, que je me prends à le regarder fixement, curieusement, en dilettante, sans trouver paroles à ajouter.

L'insigne canaille semble on ne peut plus flattée de cet examen. Elle accepte, peut-être, pour un témoignage ému de gratitude, ce qui n'est que l'expression trop exagérée de mon admiration pour sa rare impudence, car, s'approchant encore de moi, elle me saisit la main, la met sur son cœur, et, doucement, à l'oreille, demande... une récompense !...

Peu de chose : trois pièces de guinée.

EN SAHAKA 2bt

Jamais, en ma vie, je n'eus autant de velléités c[ue ce jour-là, d'utiliser mes deux poings.

Mais quelques mois de Désert rendent prudent.

Donc, je m'abstiens. Je souris en vrai diplomate, j'accorde libéralement un nouveau shake hand ; et grâce à ces démons- Ira-tions, si peu sincères, d'amitié, je m'en tire à menus frais : un couteau de trente centimes et une demi-douzaine de briquets à quatre sous la paire, au lieu de la triple pièce de cotonnade désirée.

Quand la diplomatie ne servirait qu'à faire des économies !

27 juin.

A Tin-Bralîim. Arrêt très court. Juste une heure, pour remplir les outres.

Pourtant Bonnival est de plus en plus fatigué... En route ! en route !... Pourtant Omar a la fièvre... En route, quand même !

Il est dangereux de s'attarder au bord des puits. Les puits sont endroits trop connus des pillards.

Qui parle de pillards? Une caravane passe au loin, s'allonge sur le sol, en multiples anneaux démesurément agrandis par la réfraction.

Alliés ou adversaires?

Déjà j'aj)erçois les haïcks qui flottent au vent... Vont-ils se lancer sur nous? Les quatre hommes valides préparent la défense.

« La illa Allah ! Dieu est grand ! Dieu est bon ! » La caravane passe, disparaît un instant derrière quelque repli, réparaît, pour enfin s'effacer, comme un mirage, sous la ligne bleue de l'horizon, dans la brume épaisse, dans l'irréel

Sebkha couleur lie de vin ; maigres bruyères tapissant les sables ; ciel lourd capitonné de nuages spiraux...

La monotonie de la vaste lande à peine coupée par des collines de grès poupres, et recouverte de grains siliceux, impalpables, noirs comme charbon. Sans doute parcelles de végétaux brûlés, charriées par l'orage.... .

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