EN S AH AH A
La fièvre a cessé. Nous partirons demain. Enfin !... Deux jours de plus, et, comme les matelots du « petit navire », nous tirions à la courte paille pour savoir celui qui serait mangé.
9 juillcl.
Au lever du soleil, Abdallah amène les djeniels. Gros et gras, les gaillards, la mine fleurie, la lèvre dédaigneuse. On voit qu'ils ont brouté tout leur saoul, pendant que leurs maîtres déjeunaient de peu de chose, et dînaient de rien.
En deux temps, Omar et Mahmadou dressent les charges ; en trois mouvements, Mohamed installe Bonnival sur un matelas.
— Goiim !... En route pour Saint-Louis : marche de jour et marche de nuit, tant qu'on pourra aller
le Siam. La fièvre l'atteint à Bangkok ; il en réchappe. Il rentre à Paris pour de nouveau tomber malade Un habile chirurgien le sauve.
Va-t-il enfin s'arrêter ? Point. Il sait que je dois partir. Il veut m'accompagner. J'hésite, après sa terrible opération. H insiste,— et, pour me décider, m'apporte un certilicat médical constatant qu'il est radicalement guéri.
Nous partons. On sait le reste: son dévouement, son courage à toute épreuve, ses souffrances stoïquement supportées... Hélas! la mort le laissait là pour le reprendre deux ans plus tard.
Pauvre cher garçon, dont le souvenir est toujours — sera toujours présent devant moi, pour me rappeler que j'ai perdu le plus fidèle et le plus dévoué des amis!