‹ En Sahara à travers le pays des Maures nomadesChapitre 45 sur 57 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

14 juillet.

A treille kilomètres de Tenialiié, c'est-à-dire aux portes de la capitale sénégalaise, nous trouvons, dans un village de marabouts, un noir, interprète du gouvernement, porteur d'une lettre de M. Merlin, directeur des affaires politiques.

« Je vous envoie, me dit ce haut fonctionnaire, un mol pour vous aviser des derniers incidents qui se sont produits ici entre le chef supérieur du Oualo et Ahmed-Saloum, et qui peuvent avoir un contre-coup sur votre mission. Depuis un an déjà, Ahmed- Saloum et Yamar-N'Bodj étaient en difficultés au sujet d'un arrangement conclu entre eux, en 1892, et concernant des terrains situés sur la rive droite.

« Malgré notre médiation, les relations entre ces deux chefs se sont tellement tendues ces derniers temps, et l'attitude d'Ahmed- Saloum vis-à-vis de nous-mêmes a été telle, que le gouverneur a été obligé d'autoriser Yamar à maintenir ses droits, au besoin par la force; qu'il a dû faire renforcer le poste de gendarmerie de Dagana, et qu'il s'y rend lui-même.

« Il est à craindre qu'il y ait prochainement des coups de fusil tirés entre noirs et Maures'...

X- Je m'explique à peu pri's, maiatenant, pourquoi les Élib nous ont reru tle si Iraiclie façon; pourquoi, d'accord avec lis Oulad-Dolim, ils nous ont pillés, donné la chasse... C'est que la lettre, de recommandation d'.^med-Saloum, qui nous servait de passeport, ne pouvait plus être d'effet utile, do momsat que le cheikh des Trarza était en froid avec la France.

Uelations tendues avec .\hmed-Saioum, noUNelle de la mort du sultan du Maroc arrivant le jour

(t Aussi ai-je tenu à vous aviser d'urgence, pour que vous puissiez prendre telle décision... », etc.

L'indigène « courrier de cabinet » avait reçu, je l'ai appris plus tard, l'ordre d'aller à notre rencontre au moins jusqu'à Portendik. Mais, paresseux comme seul sait rêtre un Trarza de distinction, notre homme, s'étant rendu compte qu'il lui aurait été très pénible de couvrir deux cents milles à dos de dromadaire, sous un soleil que, quoique enfant du Désert, on a le droit de trouver fort chaud, avait pris le parti, infiniment sage à la vérité, de s'abstenir — et de couler d'heureux jours dans le commerce de paisibles pasteurs, en attendant patiemment notre venue.

Du commencement de juin, date de la lettre, au 14 juillet, nous aurions eu, j'imagine, le temps, et au delà, de nous faire agréablement « supprimer »... Bah ! vaine sensiblerie... Et combien toutes ces craintes étaient de chétive importance, méritant peu de troubler la quiétude de M. Bilal (ainsi se nommait ce flegmatique émissaire) ! . . .

Le 15 juillet, nous étions au marigot des Maringouins. Et le 16 juillet, à 6 heures du soir, nous voyions flotter devant nous le drapeau du poste mihtaire de N'Diago, à 18 kilomètres de Saint- Louis.

même de notre départ de Bir-y-Guerb, recrudescence de fanatisme causée par cette mort, manque de moyens pécuniaires, escorte insufïïsante... Telles sont les causes qui -ont empêché la mission de réussir.

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