A BORD
Et il contient des trésors, valcfame Dios, des trésors, plus que des trésors... un oubli du Ciel sur la terre, Senores, le vestiaire des chanoines ! !
Laissons cette « merveille des merveilles » que l'enthousiaste bedeau a pour tâche de vanter aux Anglais, moyennant vingt
Ténériffe. Vue de Santa-Cruz.
sous, -- et promenons notre désœuvrement sur ces tas de petits cailloux à tête pointue qui hérissent la chaussée.
Vu la mairie, bâtisse rectangulaire, façade de grand théâtre de province, avec son musée national — humble musée, intéressant, quand même, par ses souvenirs des Guanches, ce i>euple mystérieux, fils de l'Atlantide.
Et le palais de justice perdu dans Yes vieilles pierres du vieux couvent des Agustin. Et la Alameda, l'inévitable Alamecla, plantée de palmiers royaux et de lauriers d'Inde.
Et au hasard de nos pas, hors des murs, ces splendides avenues bordées de citronniers et de caoutchoucs. Et dans les contre-bas
des routes, ces moissons de bananes à perte de vue. Des bananes partout. Le royaume, le triomphe de la banane !...
Mais, bientôt, ce sont des nappes de laves — adieu bananes ! — le sable envahit tout : un sable granitique, pustuleux, boursouflé.
Vue de las Palmas.
Du sable ! encore du sable ! Trois fois horreur ! Trouver ici une seconde édition du Désert ! Ah ! non, alors ! Fuyons — et à toutes brides — vers l'hôtel.
A la nuit, nous regagnons le paquebot.
Il fait bon, il fait doux. Des lueurs s'allument aux maisons, piquent la mer de points blancs. La lune s'est posée sur le sommet de la montagne, et la nimbe d'or.
La voiture, au galop de ses deux poneys, fde dans l'air tiède, à peine frémissant.
Cuando me encuentro tu casa, Comprendo lo que es el cielo.
Des voix de pêcheurs s'élèvent et s'abaissent, — souvenirs des rondenas * du pays natal.
Et c'est une paix profonde qui tombe du ciel.
La voiture file... On se laisse emporter, on se laisse vivre, amolli, apaisé. Quel besoin de luttes? Concpiérir la fortune? Pourquoi? Je comprends l'activité sous ce stupide climat du Nord.
Mais ici? — Ici, la nature fait tout. Elle vous nourrit, elle vous loge, elle vous berce, elle vous endort.
Ici, on doit mourir sans s'en apercevoir.
Iles fortunées ! Fleuve Létlié où l'on boit la santé et l'oubli...
Le Pélion a levé l'ancre. Bientôt la Grande-Canarie n'est plus qu'une barre phosphorescente dans l'océan, un point, une ombre, moins qu'une ombre...
Et nous la regardons toujours, quoique depuis longtemps nous ne voyions plus rien.