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LA NEIGE

d'acier, et, par d'infinies ondulations, s'allonge jusqu'au bord assombri de l'horizon. Un dernier rayon du soleil oblique colore tout à coup d'un jaune d'or éclatant quelques surfaces banales, palissade ou maisonnette en bois, qui se détachent un instant en pleine vigueur; puis l'astre s'éteint. L'ombre, alors, bleuit et s'accuse, la neige prend des tons mats, et la lueur rose qui la couvrait semble se réfugier en écharpe au bord du ciel froid dont, longtemps encore, elle illumine le crépuscule... Ah ! l'admirable neige, la tendre amie! Oublierai-je jamais les jouissances que m'a procurées chaque jour sa contemplation!...

La steppe immaculée ne s'anime pas seulement par les lueurs changeantes qui frissonnent à sa surface : les traces qu'on y découvre, révèlent en outre à un regard attentif la vie de ses habitants. En Russie, les traces entrevues le long de la voie ne témoignaient guère que des monotones allées et venues des riverains et des ouvriers ; mais, avec l'Oural et la plaine sibérienne, l'animation semble redoubler le long de la voie ferrée. La neige bavarde me raconte à présent, avec d'impayables détails, la vie intime de la forêt. Voici des passes tranquilles, prudentes, toutes droites, de loups qui sont allés sans bruit, flairant çà et là les buissons, et qu'on devine, de temps à autre, arrêtés, l'œil flamboyant, l'oreille au guet et le museau tendu au vent. Plus loin, ce sont des renards chafouins, pressés, légers, fourrés partout; puis des oiseaux trotte-menu, aux ongles en étoile; puis des bestioles que je ne devine pas, mille petits riens craintifs qui ont couru bien vite d'un buisson à un autre, et qui s'y sont tapis, tremblant encore d'un si long voyage. Puis enfin, ce sont les lièvres, les innombrables et

de cette forêt et de cett« plaine; sans ices se dessinent, croisant la voie ou :6té d'elle, parfois si nombreuses se un sentier dans la neige, mais. In istmctes et plaisamment variées :

i8, en promenade, à petits bonds bien achés les un» des autres, avec une )ur prêter l'oreille ou ronger un bout

joueurs, dont souvent les gambades ni se suivre, longtemps parallèles, i une causerie sous la lune; enfin 'uyanl avec des feintes, des retours rmes où les griffes ont, au passage, ùte neigeuse. C'est toute la vie noc- Irées que je trouve inscrite ici, et je nme d'un livre à gravures noncha-

itre, au bout d'une heure et demie ou ie glissement cahoté, le train siffle et rçoit alors, au milieu du désert plat,

maisonnettes en bois avec des toits it les gares, véritables joujoux de 5s tous les 40 ou 50 kilomètres sur la loin des villages, d'ailleurs invisibles,

correspondent. Comme elles sont t des haltes sérieuses : vingt, trente uarts d'heure même, suivant l'humeur I et du chef de gare. Toutes n'ont pas , dans les plus humbles, on peut tou-

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