EN WAGON
vement en troisième classe. Ils sont là, vêtus de houppelandes graisseuses fourrées de mouton, chaussés de grosses bottes rouges, et coiffés de capelines à fleurs. Ils sont là, paisibles, causant peu, assis, leurs courtes jambes écartées, et ne quittant pas leurs pelisses, malgré la chaleur du wagon. Leurs visages larges, bronzés et comme tannés, aux yeux obliques et aux pommettes saillantes, reluisent; curieusement leurs regards errent d'un objet à l'autre. Que se passet-il dans leur cerveau? Ils savent bien que ce train commode, qu'ils ne dédaignent plus, transportera bientôt des milliers de colons qui viendront s'établir sur leur steppe natale, libre hier, aujourd'hui déjà parsemée d'échiquiers de terre où leurs troupeaux n*ont plus le droit de paître. Ce train, c'est le bouleversement de leurs habitudes séculaires; bientôt, peut-être, c'en sera fait de leur libre vie nomade : les moujiks russes, patients et féconds, auront vite fait de les serrer sur ce territoire qui leur appartenait et qu'on leur ravit. Sur l'horizon sans fin de cette plaine où, hier encore, les tombeaux de leurs ancêtres étaient les seuls points de repère du voyageur, vont s'élever bientôt des isbas grisâtres, puis, de place en place, des églises blanches et vertes. Songent-ils à tout cela, ces bons Kirghizes bronzés? Non, peut-être, en résignés musulmans ! Voici qu'à l'avant-dernière station je rencontre inopinément le vieux Kotchembaye qui, à l'automne dernier, durant une nuit glacée, m'a offert l'hospitalité sous sa yourte de feutre, et m'a régalé de mouton bouilli; sa main énorme étreint la mienne avec une véritable expression de joie. C'est donc qu'il n'a pas de rancune contre l'envahisseur, avec lequel, bien sûr, il me confond? Car, comment
-il pu deviner que je plains du fond di e ses fils, les beaux et libres gârs qut
va courber?...
long arrêt, puis une traversée Je le 800 mètres, sur l'irtyche glacé, parei à une énorme chaussée blanche; des , une invasion de porteurs en tablier loncent enfin que j'ai atteint la premï >n voyage. Je suis à Omsk, la capil.
eu l'heureuse fortune de ne pas saisir 'Omsk en son aspect classique : lors i que j'y ai faites, à l'automne naissai lit de grandes rafales de vent glacé, l'hiver, le froid y tenait eraprisonnéf i fait un légendaire cloaque. Je n'y ai la pire incommodité dont on s'y plaint t, et je risque d'être pour elle un pei juoi! dois-je m'excuser si, captivé pa (, par les bonnes causeries qu'on m'y lutour du samovar, et par la vue de des plus jolis visages que j'aie rencc e, j'ai conservé de cette- capitale en i npression affectueuse et souriante?
léc au croisement de deux grandes v(
îles, le Transsibérien qui l'unit à l'E ,,., .
he qui la relie avec la Chine, Omsk est loin sans importance, et son avenir est gros de pros. Elle est déjà le centre administratif d'oil se
gouverne une immense province qui touche à TOural et va rejoindre le Turkestan. Elle est la résidence de Tun des trois vice-rois de la Sibérie, le Gouverneur général de la Steppe, et elle possède en outre un Gouverneur et tout un cortège de fonctionnaires militaires et civils. Elle offre un milieu beaucoup plus cultivé que celui de la plupart des villes sibériennes, et, comme les grosses fortunes sont loin d'y donner le ton comme c'est le cas dans FEst, la. société instruite,' Vintelliguensiay comme disent les Russes, y forme un noyau solide qui organise en partie la vie publique. Certes, une ville administrative est une ville d'intrigues et de potins : OmsR connaît ces deux maux; mais, en revanche, elle est trop près de l'Europe pour vivre exclusivement de ses petits intérêts locaux, comme pour s'oublier sans rémords dans les cartes et Talcool. Elle est un centre où l'on cause et où Ton discute, où quelques-uns croient encore au progrès, et où l'on prend à cœur la plupart des innombrable^ sociétés qui se sont formées pour combler diverses lacunes dans le service de l'administration locale. Omsk n'est plus qu'à une semaine de Pétersbourg, et pourtant, elle est située sur la lisière d'un immense pays neuf qui s'ouvre à peine et où se porte le flot de l'émigration : les fonctionnaires qu'on y envoie ont à guider l'armée des colons et à défendre les intérêts de la population kirghize dont, peu à peu, on envahit la steppe natale. L'ouvrage ne fait donc pas défaut, .et l'on peut s'y consacrer ici avec d'autant plus d'ardeur qu'on se sait asse? près, somme toute, de la capitale qui récompense les efforts.
En Russie, les gares sont toujours, parraisoi nomie, fort éloignées des villes qu'elles desserv Sibérie, oii les mêmes raisons ne valaient p intrigues locales ont souvent introduit la même modîté. Omsk est à une bonne lieue de sa gai lieue de terrains vagues oii la moindre pluie é marécage, où le moindre vent souffle en tem] où la tombée de la nuit oblige les prudents à si d'un revolver. L'administration du Transsibéi pu, dit-on, s'entendre avec la Ville au sujet < rains. Il y alà des terres qui appartiennent au ques ; or, en Sibérie, partout où l'on rencon Cosaques, on est à peu près sûr de se trouver d'une rapacité sans bornes et d'une inlrans haineuse. Les Cosaques sont les premiers coloi Sibérie; on les y voit installés sur toutes les f ri provisoires que la conquête a successivemeni dées; ils occupent encore tous les avant-post€ ont charge de les défendre. L'État leur ass revanche, des avantages nombreux, en partici jouissance perpétuelle de quelques-unes des me terres. Fiers de leur situation exceptionnelle, '. sans cosaques en abusent volontiers, et je ne s sonne en Sibérie, qui soit plus qu'eux constam solidement détesté du public. Maisj'aurail'occ: revenir sur ce sujet. Je ne retiens pourl'inst ceci : les Cosaques propriétaires de la t d'Omsk ne purent s'entendre avec les ing chargés de construire le chemin de fer. Grâi divisions, non seulement le Transsibérien eut
loin de la ville, mais (et cela est infiniment plus grave) le grand pont sur lequel il traverse Tlrtyche fut construit pour son usage strictement exclusif. On n'accorda pas même une passerelle aux piétons, et, après comme avant, la population dut continuer à traverser le fleuve sur un lent et incommode bac à remorque... Il faut, pour comprendre ces choses-là, avoir quelque expérience de la Russie.
Omsk n'est pas, je l'avoue, une ville très brillante. Les voyageurs maussades l'appellent un grand village, parce qu'elle n'offre guère d'édifices publics, et surtout parce que les trottoirs n'y sont qu'une exception — ou un souvenir. Mais, je le répète, je ne l'ai visitée qu'en deux saisons où une bonne chambre chaude semble préférable à la plus belle architecture, et où la gelée, le meilleur agent voyer de la Russie, rendait les rues aussi sèches que l'est notre macadam : je n'y ai donc pas souffert de ce qui choque presque toujours les touristes d'été. Aussi bien n'ai-je pas l'intention de donner de la ville une description en règle : je préfère transcrire ici, sans arrangement subtil, une partie des notes que j'y ai prises durant mon dernier séjour.
A peine arrivé, reposé, réconforté, je pars au matin, pour aller faire une visite à mon ami Ivan Kravtsof. Il demeure tout au bout de la ville, près de la forteresse, et c'est une joie que de glisser une demi-heure, dans un petit traîneau joujou, par les rues ouatées d'une neige jaunâtre, sous un grand soleil d'hiver qui met des teintes roses au bord du ciel bleu. Mon cocher m'a reconnu, et nous bavardons. Il vit ici depuis une vingtaine d'années, exilé par son village; sa femme, usant de son droit, est
restée au pays et s'est remariée. U raconte sans grande émotion. Nous somm'es, ne pas, en pleine Sibérie, et, sauf les fonctioi n'est pas ici beaucoup de gens qui soient leur plein gré. Vous ne failes pas dix mètn rue sans vous heurter à quelque exilé — i exporté, comme dit avec un sourire triste ui amies russes. Mon cocher, qui se jure in sans doute jadis Volé des chevaux en P patron de mon hôtel est un Polonais ex trente-cinq ans; le médecin auquel s'esl Gavril Pétrovitch indisposé a été mêlé, me des troubles, universitaires; et cette dame j'ai longuement causé, dan^ le train, de l'a' Domique de la Sibérie, a passé dix ans aux e l'Asie, prés du détroit de Behring, dans terrible lieu de déportation que possède I r.usse, à Sredné Kolymsk. Mon cocher est droit commun; les trois autres sont ce qu'o des politiques. Ni les uns ni les autres n' faire allusion à leur exil ni à en conter les pi les premiers, parce que cet exil est la' puni crime; les autres, je pense, par dénanci dédain. Les exilés politiques sont, natur les seuls que l'on rencontre régulièremen bonne société. N'allez pas croire, en effei fait d'êti-e exilé politique constitue une soit, dans les grandes villes, un obstacle tîons. Seules, les menaces d'un policier peuvent, dans des coins perdus, détourner u lation villageoise de ces hommes qu'elle vi probes, pauvres et bons. Dans les villes, on i rien de semblable, et plus d'un des exilés pc
de libéralisme arrive à y jouer un rôle important. De grands personnages, peu suspects de partialité, m'ont avoué que le pays devait beaucoup à leur activité. Forcés de vivre dans des centres à demi barbares, ils y ont introduit quelque chose de la civilisation d'Occident. Ils sont devenus hôteliers, horlogers, médecins, comptables, entrepreneurs, etc. Un certain nombre d'entré eux ont d'abord passé par le bagne, les autres par un exil pire encore, peut-être, dans des hameaux perdus. Peu à peu, ils ont obtenul'autorisation de se rapprocher des villes, et, maintenant, ils y utilisent de leur mieux les débris de leur vie gâchée. Ici, je le répète, rien, sinon, pour la plupart, leur intégrité et leur admirable droiture d'esprit et de. cœur, ne les distingue du reste de la population cultivée. Loin de les montrer au doigt et.de les fuir, chacun les apprécie, et ceux qui en ont le moyen leur donnent de l'emploi. Qu'on n'attende donc pas que je les détache du groupe social auquel ils se sont associés, et que j'interrompe à chaque instant mon récit pour dire : « X., avec qui je viens de dîner, a subi cinq ans de réclusion cellulaire, dix ans de bagne et vingt ans d'exil à cause d'une lettre inconsidérée écrite à Tâge de dix-huit ans. Y., qui m'a délivré des cachets de quinine, a fait des études météorologiques à Verkhoyansk, le pôle du froid, et c'est lui qui a enregistré la plus basse température connue sur notre globe : — 68** centigrades : on l'avait soupçonné, à l'École de pharmacie, d'avoir la tête un peu chaude... » Non, je ne suis pas venu en Sibérie pour étudier des cas exceptionnels ni pour m'occuper de questions pénitentiaires et d'exils à sensation. Seulement, je ne dois pas oublier que la société sibérienne contient un
sidérable de ces exilés; tel c uissc dans ces pages est d( Bureux. Je ne les cherche p : mais, je tiens à le dire bic figures douteuses ou méci à et là sous ma plume n'ap]
e d'embrasser mon ami Ivb ver dans la paix de son hou lante jeune femme préside certaines Russes! Nous ave tomne dernier, une expéd lize pour y examiner des ii is avons dormi côte à côte as surchauffées; nous avons ol par un froid de — 10° da el ouvert; nous avons parla IX anciens comme aux nouvf le steppe; — depuis lors, :
ne fais-je pas de difficulté s demi-journées entières à
à étudier des plans de f est ingénieur. C'est u lis une âme délicatement s actions consistent à faire d artésiens pour fournir d'eau
colons. Cette énorme Sit uilibre : elle possède en cer
larges de plusieurs kilon Dses baignant dans des m.
le ici, elle n'a pas d'eau, ou i i de l'eau salée. 11 faut sou quatre ou cinq s
une couche d'eau potable. Alors, il faut creuser le puits, relayer, le couvrir et le protéger; après quoi, les colons pourront venir. Mais ce travail, si simple en apparence, est singulièrement pénible, quand il se poursuit à la fois sur divers points du désert herbeux, et se complique d'un hiver de sept mois. Parfois, le puits terminé, Teau tout à coup se transforme : elle devient amère ou salée — et tout le travail est à recommencer, à grands frais, avec mille fatigues. Si les colons déjà sont installés, leurs troupeaux dépérissent et meurent, quand l'eau potable n'est pas restituée à temps.
Conçoit-on l'importance d'une fonction comme celle de mon ami, et se représente-t-on bien la somme de souffrances désespérées et sans issue que ferait naître parmi les émigrés la moindre négligence de sa part, ou la mauvaise volonté des hommes placés sous ses ordres? En ces parages, un fonctionnaire moyen a souvent plus d'importance que chez nous un ministre. C'est qu'il agit, sans l'interposition de rouages adoucissants, sur toute une foule de pauvres diables qui, à la lettre, dépendent de toutes ses décisions. Ainsi, par exemple, André Stankévitch, un autre de mes amis d'Omsk, occupe un poste où, de même que M. Kravtsof, il a entre les mains le sort de plusieurs milliers de familles.
M. Stankévitch, bien que tout jeune encore, est fort connu dans toute la Sibérie occidentale : il est ami et disciple de M. Arkhipof que j'ai rencontré à Tchéliabinsk; tous deux sont comme les grands maîtres de la colonisation dans cette partie de l'Asie russe. !
Toutefois, bien que travaillant dans le même sens, ils j
diffèrent beaucoup et paraissent se compléter l'un i
l'autre. Chose rare, ces deux Ichinovnih sont et il semble qu'on ait précisément C( n d'eux le poste qui convenait le mîeuj des. M. Arkhipcf, secondé infatiga blême imc, est bien l'homme qu'il fallait pour s' er contact avec l'armée ignorante et mie nigrants : il a cette profonde et caressant [ue l'on retrouve souvent chez les Russe; S moyenne : on la lit dans son regard, < lent ni par un geste, ni par une parole d'i t. Deux fois, il a été atteint du typhus coi les baraquements des colons; ses amis ont u fiévreusement sa guérison; mais nul ne s'est h de son mal, ni de ce que, à peine debout, il en blié .l'avertissement. Il semble que de certaines )S on accepte le dévouement comme un don u et qui ne surprend pas. M, Stankévitch, qui lussi bien que son ami, peut-être, mourir à la est cependant un tout autre homme. L'un aralt comme une espèce de fraternel avocat protecteur des émigrants; l'autre, plutAl comme ninislrateur et un répartisseur des colons, ime la plupart des meilleurs fonctionnaires de lérie, M. Stankévitch est jeune : il appartient e eux à cette génération née de 1860 à ISIO, mble avoir sur la vie et sur la Russie des idées lautes que n'en ont eu ses aînés. Il est venu 1891 attiré par la grande famine et l'occasion r sa peine. Depuis lors, il a fait connaissance avec le pays, et il a su y acquérir, dans un rayon, une véritable autorité. Ses fonctions con- ; à répartir entre l'Oural et l'Yénisséye les émi- 1 qui ont passé la porte de Tchéliabinsk. Ce n'est
Une isha, avei: de la viande qui sèche à l'air (p. 49)
Les blanchisseuses de Tomsk (p. 119)
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guère qu'en Russie que l'on voit confier pareille beso^ . gne à un seul homme; c'est là un système hardi qui assure, du moins, une grande unité aux multiple^ détails de cette lourde besogne. M. Stankévitch est sans cesse en route pour surveiller les divers « points d'émigration » placés sous son contrôle : ces points sont échelonnés sur 2 000 kilomètres, c'est tout dire! Il lui faut donner des instructions à ses collaborateurs, songera la préparation des territoires, à Teau^ au bois, au blé surtout; s'improviser arpenteur ^ architecte, agronome, pourvoyeur; s'eotendre avec les Gouverneurs et pétitionner auprès du ministre» C'est une grosse responsabilité et un travail terrible^ mais il s'en tire à merveille : une intelligence souple et éclairée, des vues hardies et des connaissances précises, voilà ses armes : c'est un homme du bon coin... 22 mars, — Quelqu'un m'a entraîné ce matin au musée. J'y ai trouvé des choses curieuses^ des collections ethnographiques locales d'un haut intérêt, des ustensiles de paysans et de sauvages-, des poissons^ des oiseaux, des bêtes. J'y ai noté aussi une curiosité que je signale aux touristes. C'est le modèle d'un^ voiture imaginée jadis par un Gouverneur pour le transport des condamnés politiques. On sait que ces pauvres gens sont en général d'allures très douces; chez eux la langue seule est dangereuse, ^- et le cerveau. Or, que peut-on faire pour les rendre inoflensifB durant les six, huit ou dix mois que dure leur transfert jusqu'au lieu de relégation? Leur mettre les fers aux pieds? La mesure est bonne à tout hasard, maife .elle n'est pas suffisante. Songez, en effet, au mal qufe peut causer, au traverser des villages sibériens, un étudiant coupable de libéralisme. Il arrive' là avec Ip
EN 9IBICRIK. 3
« parti " de galériens; tous sont hâves, pouss alTamés, harassés : quel danger pour l'État, si tueux Sibériens pouvaient distinguer, au mil assassins, des voleurs et des faussaires, un 1 ■visage tout jeune et très las! Voilà poun général imagina sa voilure : c'est une espèce d' et lourd coupé. L'intérieur est divisé en deux au moyen d'une cloison perpendiculaire au s cocher. Sur un banc fixé à cette cloison, p place, de chaque côté, deux ou trois prieonn: portière est munie d'un judas de couvent : les reus criminels pourront du moins respirer. L darmes qui les gardent prennent place en arrii voiture sur un siège couvert, placé comme c cocher d'un cab. Ils commandent ainsi la p jouissent des gatlés de la route, fument et survt Je me hôte d'ajouter que cette trouvaille d'un nation malade n'a jamais éveillé que le sourire et le mépris des autres : la fameuse voiture n't été adoptée. Le Gouvernement russe, en effet, ne luiture pas spécialement les condamnés politiques qu'il expédie en Sibérie, et même, à l'heure actuelle, il les transporte, quand il le peut, par chemin de fer, avec autant d'égards que les galériens.
24 mars. — Chaque matin, nous avons encore de — 18° à — 2o° centigrades... mais on m'assure que l'hiver est fini! Pendant le jour, la température remonte de 10 à 15 degrés, pour s'abaisser de nouveau au coucher du soleil. Le ciel n'a pas un nuage : le soleil, le ciel bleu et rose, sont le décor habituel des jours d'hiver dans les pays froids. Pour moi, je ne in 'en lasse point et j'admire chaque jour avec la même joie les adorables dégradations du ciel au crépuscule.
Si l'on veut se faire une idée de la population d'Omsk, il n'est guère utile d'errer par les rues droites ; il suffît de passer, de temps à autre, une heure sur le pont de l'Orne, qui unit les deux moitiés de la petite ville. Je ne manque jamais d'y flâner, quand je suis libre durant l'après-midi. D'ailleurs je n'y suis pas .seul : dans les niches qui s'y trouvent ménagées, des flâneurs, ou bâilleurs, comme on les nomme ici, sont installés à toute heure, la toque cachant les oreilles, et le col levé cachant la toque. Tous ceux qui ont affaire en ville sont obligés de traverser le pont, et comme, par ordre de police, les chevaux doivent n'y marcher qu'au pas, vous avez tout loisir d'examiner les passants. Les traîneaux de maître et les traîneauxfiacres se succèdent, et ceux qui les occupent sont si bien emmitouflés qu'on ne voit plus rien de leur visage. Partout débordent les fourrures, et, dans la barbe des hommes, au moindre vent, pendent des glaçons. Voici des Kirghizes qui passent lentement, s'en retournant à la steppe où les attend la hutte d'hiver en terre glaise. Ils sont debout sur de grossiers traîneaux, ou bien à cheval. Leur vêtement est une courte pelisse en mouton, leur chaussure, une paire de hautes bottes en cuir rouge fourrées de mouton blanc. Sur la tête, ils portent leur traditionnelle capeline, fourrée, elle aussi, de mouton blanc, et recouverte à l'extérieur d'une indienne blanchâtre à fleurs : au fond de cette capeline claire, leurs visages bronzés et leurs yeux blancs ont un air que l'on croirait sinistre, si l'on ne savait la mansuétude de ces bons nomades. Quelques-uns conduisent les chameaux velus qui avancent lentement, à pas omptés, sur la neige silencieuse, faisant tinter une
clochetle à leur cou, et tirant sans e
qui, derrière leurs grandes pattes
guindées, semble un joujou. Voici
sans; ce sont de nouveaux colons él
la ville. Beaucoup d'Allemands soi
fort reconnaissables, car le type s'e
eux absolument pur depuis leur ai
qui date de plus d'un siècle. On les
blement au passage, sous la défroq
paysan russe : pas une seule fois je n
la question : « Sind Sie ein Deutscht
des soldats qui déOlent à pas pres)
fait le nez tout rouge, et leurs oreiHi
par le àacblyk, une espèce de capuch<
pointu comme un bonnet carnavale
large circule un sergent de ville, sç
sautoir, l'air paisible, endormi, un p»
pont, des patineurs prennent leurs é
aperçoit un cadre tout blanc de neige et de bâtiments
blancs, et sur tout cela s'étend un ciel radieux dont
le froid semble adoucir et voiler délicatement l'azur...
Le journal d'Omsk s'appelle Slepnoye Kratje * : c'est le nom russe de la province de la Steppe. A mon sens, ce journal est l'un des deux meilleurs de la Sibérie. En ce pays, c'est une entreprise singulièrement complexe et risquée que de fonder une feuille publique. Pour la lancer, il faut toute une série d'autorisations; pour la rédiger, il en faut plus en<