PREFACE XI
Quand ils furent ainsi appelés, ils comprirent
que ce n'était pas au cloître que le divin Maître
les envoyait pour y vivre loin du monde, dans la
solitude et le repos, et y chanter dans le désert
d'une cellule :
O beata solihidol O sola beaHtudof
Cette Imitation de Jésus-Christ^ que devait bientôt écrire Thomas d' Aquin, est une fausse imitation de Celui qui passa toute sa vie au milieu de ses frères, vécut pour eux, combattit pour eux et les aima jusqu'à mourir pour eux.
C'est le Christ qui fut à la fois amour et vaillance, celui que Munkacsy a mis dans son grand tableau, que suivirent et imitèrent nos deux héros en se vouant tout entiers au service de leurs frères, les éclairant, les convertissant, prêchant et travaillant sans cesse ni repos pour l'amour du Christ et En Son Nom.
Et quand ils allèrent auprès du saint-père, l'un comme l'autre ne lui demanda qu'une chose, c'est qu'il approuvât sa résolution de mener une vie absolument conforme aux maximes de l'É^
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vangîle, et d'observer tous les commandements du discours divin, le Sermon sur la Montagne.
I^e Sermon sur la Montagne!.... Quel programme à remplir ! Nous savons tous qu'il y a dans le monde aujourd'hui un homme — il est en Russie — qui le remplit aussi bravement que le firent au moyen âge François d'Assise et Pierre Valdo. Yen a-t-il beaucoup d'autres? Et cependant, peut-on être pape, simple chrétien même, sans vivre conformément aux maximes de l'Évangile ?(*)
Assurément, les chrétiens primitifs, le saint
{*) Oa va protester et crier que tout cela est de l'idéal* — Oui, mais c'est tout simplement l'idéal évangélique, cet idéal qui fut la vie réelle du Christ et de ses vrais disciples, de son temps et dans la suite des temps. Et puis, où tomberions-nous et que deviendrions-nous, si nous nous condamnions à vivre sans idéal? L'idéal est la meilleure portion de nous-mêmes. C'est pour cela que Channing a dit à peu près ceci : c Une de mes plus grandes douleurs est de voir quelle grande distance il y a entre mon idéal et les actes de ma vie. » Efe enfin, la divine folie du Christ, de François d'Assise, de Pierre Valdo, n'est pas contagieuse pour nous. Nous ne sommes plus au temps des croisades, de la chevalerie ou de la Révolution française. Ce n'est pas le héros de Cervantes qui peut nous séduire, mais prenons garde à Sançbo Pança.
PRÊFACB XÎiî
d* Assise, Pierre Valdo et leurs disciples sont les plus grands du royaume divin, les seuls élus, les seuls orthodoxes, les seuls qui eurent la foi, cette foi absente du monde chrétien et de la terre depuis des siècles, et dont T absence fait pleurer le poète :
Ta gloire est morte, 6 Christ ! et sur nos croix d'ébène Ton cadavre céleste en poussière est tombé.... Jésus, ce que tu fis, qui jamais le fera ?
Nous, vieillards nés d*hîer, qui nous rajeunira ?
Nous sommes aussi vieux qu'au jour de ta naissance ;
Nous attendons autant, nous avons plus perdu.
Plus livide et plus froid, dans son cercueil immense.
Pour la seconde fois Lazare est étendu.
Où donc est le Sauveur pour entr'ouvrir nos tombes ?
Où donc le vieux saint Paul haranguant les Romains,
Suspendant tout un peuple à ses haillons divins ?
Où donc est le Cénacle? Où donc les Catacombes?
Avec qui marche donc l'auréole de feu ?
Sur quels pieds tombez-vous, parfums de Madeleine ?
Où donc vibre dans Tair une voix plus qu'humaine ?
Qui de nous, qui de nous va devenir un Dieu ?
Ne peut-on plus espérer qu'un nouveau Messie viendra naître parmi nous? Nous avons déjà celui qui vient d'être désigné, Thomme prodigieux dont la viguetu: morale et la foi nous con-
XIV PRÊFACB
fondent, l'auteur de Ma Confession et de Ma Religion. Peut-être est-il le précurseur du Messie attendu, et peut-être est-ce à lui qu'a pensé le biographe de saint François, quand il a écrit ces lignes : < Qui sait si personne ne se lèvera pour reprendre T œuvre de François d'Assise ? I^a fureur des spéculations véreuses n'a-t-elle pas fait assez de victimes ? N'y en a-t-il pas beaucoup parmi nous qui s'aperçoivent que le luxe est un trompe-l'œil, que si la vie est un combat, elle n'est pas une tuerie où des bêtes féroces se disputent une proie^ mais .qu'elle est la lutte avec le divin, sous quelque forme qu'il se présente, vérité, beauté ou amour? Qui sait si ce dixneuvième siècle agonisant ne se soulèvera pas de son suaire pour faire amende honorable et léguer à son successeur une parole de foi virile ?» — Encore une fois, l'écrivain a dû penser au comte Tolstoï, car c'est bien lui qui a fait amende honorable pour nous et pour lui-même, et qui a lég^é au présent siècle t la parole de foi virile. >
I<. Sauveur.
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