‹ En steamer.: histoire, souvenirs, impressions de voyageChapitre 14 sur 21 · SB · texte numérisé non relu

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Pendant ces trois mois l'air resta très chaud, humide et ç^ lourd; les coups de vent d'Ouest et de Sud-Ouest se suc- , cédaient presque sans intervalle ; la pluie était excessive. Le baromètre tomba plus bas qu'on ne l'avait vu depuis , 35 ans.

.Le inajor Rennèll a attribué ce développement accidentel du gvifsiream dans certaines années à une plus - grande vitesse initiale eausée, d'après lui, par une diffé* ^ renoe anormale pendant Pété précédent entre le niveau ^- du golfe du Mexique et celui de l'Atlantique. Ceci permettrait de pouvoir prédire à coup sûr et quelques mois . d'avance pour nos climats les phénomènes de ce genre. On fiait néanmoins qu'il faut tenir beaucoup plus de compte 4ans ces circonstances de la durée et de la force des vents <|tti soulèvent et poussent les flots de l'Océan. Les météorologistes de tous les pays ont eu Toccasion de vérifier oette influence et d^en mesurer les effets. Jamais ils ne me montrent, dit»on, plus grandioses que dans les circonst;anc6S où des brises puissantes et prolongées refoulent

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les eaux du guîfsiream dans le point où leur courant est le plus rapide. Le spebtacle qu'offre alors la mer du canal de la Floride est des plus terribles. Les flots, battus par la tempête, se brisent avec fracas sur les terres basses des îles y oi bines, qui sont promptement inondées. Leur vitesse atteint jusqu'à 7 milles à l'heure. Les Ga/yes des Bahamas sont submergées. La mer dépasse de 9 mètres, en certains points, sa hauteur moyenne et l'on a vu des nayirei qui, jetés violemment sur les terres, s'y sont trouvés eom* plètement à sec dès que Touragan a cessé. (1)

Les faits inverses sont plus ordinaires et les vents régnants de l'Atlantique sont certainement les auxiliaires habituels de la marche vers TEst des ondes du grand courant océanique.

Je ne chercherai point à exposer à ce propos les admirables théories de Maury sur la circulation générale de li couche gazeuse qui nous entoure ; sur les merveilleuses analogies que cette circulation présente avec les mou?ements réguliers des masses liquides de l'univers ; sur sob rôle enfin dans la répartition de l'humidité à la surfac« de la terre et dans la modération ou Pégalisation des cli-

(1) Ce fut le cas du Ledbury Snow. Il avait cru trouver plu» de sécurité en mouillant. Il reconnut, quand la brise vint» mollir, qu'il était assez loin dans l'intérieur des terres et qo'il avait laissé tomber son ancre sur le sommet des arbres d*Elliott'« Key. (Maury.)

mats des diiFérentcs latitudes. Il y a certainement quelque chose de séduisant dans ce système de compensation qui charge les vents alises d'un hémisphère du soin de recueillir dans leur chemin à travers les zones intertropicales les molécules aqueuses évaporées sous Finfluence de kl chaleur ; puis, qui ^it précipiter ces mêmes molécules sur les montagnes des continents de l'autre moitié du glohe pour en alimenter les fleuves et en adoucir le climat. On suit par exemple avec un vif intérêt la marche des vents réguliers de Sud-Est, qui, après avoir atteint PEquateur, s'élèvent dans les couches supérieures de l'atmosphère pour descendre de nouveau sur la mer Atlantique sous forme de brise d'Ouest et de Sud-Ouest, tout humides encore de la précipitation des vapeurs qui contribuent à former les grands fleuves de l'Amérique du Nord.

L'esprit saisit les relations qui unissent la régularité d'écoulement des grands cours d'eau de l'hémisphère Nord ivec l'immense surface d'évaporation qu'offrent les mers Stendues de l'hémisphère Sud ainsi que la coïncidence extraordinaire de la précipitation des pluies qui adou- :2issent la température de nos latitudes avec le maximum Je chaleur et par suite d'évaporation des eaux de la même partie du globe. Mieux qu'aucun autre auteur Maury a su rapprocher les uns des autres ces grands actes de la nabure et, quand on a lu avec attention son exposition atbrayante des liens secrets qui unissent tous ces phénomènes DD no peut s'empêcher d'admirer l'harmonieux équilibre

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de la grande machine atmosphérique ; l'ordre caché sons des mouvements en apparence si capricieux et si divers.

Mais Papplication de ces théories est étrangère à notre sujet et les recherches statistiques auxquelles a dom» lieu Tétude de la fréquence des vents régnants dans li zone que traversent les steamers pour se rendre d'Emope en Amérique perdent aussi beaucoup de leur importaaee quand il s'agit d'une navigation qui n'appelle qu'exe^ tionnellemcnt la force du vent à son aide. Nous nous bornons donc à dire que l'analyse d'une somme effrayante de documents maritimes à mis hors de doute la prédominiiMt des vents d'Ouest, variant du Sud au Nord, pour toite l'étendue de mer comprise entre l'Amérique du Nord et TEurope.

Aussi bien ne pouvons-nous qu'effleurer ici des questuni qui, bornées aux phénomènes atmosphériques purs, exige* I raient des développements qu'il ne nous appartient pas d'étudier dans notre livre. Simple historien des incidents généraux d'un voyage, nous ne devons qu'indiquer, à mesure qu'ils se présentent durant son cours, les faits principaox d'une science dont les progrès récents se comptent par sa* tant de Inenfaits pour l'humanité.

L'arrivée et le passage des steamers près des bancs de Terre-Neuve va du reste nous fournir l'occasion d'é?eil- 1er encore l'attention de nos lecteurs sur d'autres actes de la nature dont on ne saurait trop s'efforcer de connaître les causes, les particularités et les conséquences.

d^* PASSAGE DB3 BANCS DK TERRE-NEUVE.

Quand une semaine environ s'est écoulée depuis le iépart d'Europe, le ciel de l'Atlantique, ordinairement sombre et nuageux, parait se charger tout à coup de dénies vapeurs qui se transforment promptement en couches Spaisses de brumes. L'horizon disparaît, le soleil ne peut plus percer de ses rayons les plus ardents l'épais manteau blanc ou grisâtre qui s'est étendu sur toute la mer et, pendant quelques jours, le steamer glisse silencieusement iar les flots oomme un fantôme à peine entrevu dans une luit profonde. En même temps la température de l'air ■Xtérieur se refroidit brusquement même en été. Le pont uisselle de la condensation des brouillards de l'atmophère, et ces phénomènes annoncent avec une certitude resqae égale à celle des observations astronomiques, que »s ddux tiers de la route à parcourir sont franchis, que ïB parages de Terre-Neuve sont proches.

D'autres marques viennent bientôt confirmer ces signes, ^ns parler ici des sondages qui peuvent lever tous les dou* )8 mais qu'emploient rarement les packots, autant par la écessité de rapidité de leur service que par la précision BB instruments nautiques et des calculs qui servent à iriger leur marche.

Xie passage des bancs forme une phase toute nouvelle u voyage et les incidents nouveaux de cette partie de la raversée peuvent être groupés, (ainsi que nous l'avons fait lus haut), selon qu'ils se rattachent : aux reliefs terres-'

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très sous marins, aux conditions de la mer elle même dux ces régions, ou aux particularités de Vatmosphère à(«A nous venons de dire l'état de condensation, d'obscurité et de température.

Toute la partie Ouest du bassin de l'Atlantique, depé New-York spécialement jusqu'à la partie la plus Esté l'île de Terre-Neuve, oflfre un soulèvement marqué W nous avons précisé déjà les profondeurs, mais cet ë^ d'exhaussement du sol sous-marin n'est nulle partjh manifeste que dans la dernière zone où il forme ce qn** désigne en géographie sous le nom de banes, oa plfttem terrestres plus ou moins saillants au-dessus des vallées di l'Océan. Le plus considérable de ces plateaux estuontsi le grand banc de l'île de Terre-Neuve dont il forme, »«• une autre saillie plus orientale encore dite Bonnet-Fl*" mand, la sentinelle avancée. Il n'a pas moins de ISOliea* de longueur sur 80 lieues de large dans ses plus grani» dimensions et sa situation est d'autant plus intéressaotc pour les voyages d'Europe en Amérique qu'elle coïncio* exactement avec l'arc de grand cercle, que suivent W steamers de toutes les nations Européennes. On a ^^ dû s'occuper avec soin des effets de la présence de ce W fond sur la navigation et nous allons essayer de résuins les travaux entrepris sur ce sujet.

Quelle que soit l'origine des collines sous-marines df* côtes orientales de l'Amérique ; quelles que soient W analogies avec celles qui bordent aussi les régions correspondantes du continent asiatique; quelle que soit enfin î*

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r soulèvement du fond des eaux ou de leur sous les flots d ils aux commotions de la croi\te )tre globe ; il est incontestablement reconnu que leur niveau s'hèle ve graduellement. Un saain a même prédit tout récemment^ pour une haine, la réunion de tous les bancs dont nous lême des principales îles des Antilles au conouveau monde. (1) Mais, sans aller aussi loin 3 un rêve géologique qui pourrait bien n'avoir 3 qu'un amour exagéré à* annexions, on doit l'il se fait en ce point de la mer un véritable

les causes sont très diversement appréciées, i faut-il y voir les effets de cette action lente ble sur les côtes de la Norwège et du Chili et onner une vie nouvelle et aérienne, pour ainsi terres jadis entièrement submergées. Une auporte à croire aussi au dépôt vers la partie

Terre-Neuve d'énormes blocs de rocher arrarres boréales par les montagnes de glace que 1 entraînent sans cesse vers le Sud. Les reoherraphiques sont formelles à ce sujet et des son- 1 même temps prouvé qu'au Sud des bancs se es profondeurs les plus considérables peut-être que.

l. P. Stephens dans une séance de la Société de américaine de 1864.

Il est intéressant de déterminer comment ees rochers peuvent s'arrêter dans une région aussi crite de l'Océan et comment ils peuvent y former vions considérables. L'histoire des courants de la recouvre les hauts fonds des bancs va nous p d'élucider chacune de ces particularités de la vie 0(

L'une des principales est sans contredit !'( d'un courant considérable qui, marchant presque ment du Nord au Sud, vient se heurter précisé même point avec le gtUfstream et produire une phénomènes aussi remarquables au point de r science pure qu'importants à connaître pour le

Les détails les plus minimes en apparence son des révélations des actes les plus grandioses de 1 Des pluies colorées en rouge par des animalcules nés de l'Orénoque et tombées dans nos climats ont meilleure démonstration de la circulation atmos L'étude des migrations de la baleine a fait tracei tes Nord du gulfstream^ comme elle a résolu me du passage Nord- Ouest de l'Amérique si 1 poursuivi sans succès par les efforts héroïques de Des troncs d'arbres brisés par l'orage et entrain marées ; des graines dispersées au loin par les frêles bouteilles cachetées auxquelles des navigs confié négligemment une date, un souvenir ; Vi tion et le retour constants de végétaux flottantt taines zones de l'Océan où ils forment de vérita ries ; toutes ces circonstances, analysées et reli

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sont devenaes des témoignages muets mais pourtant I sables* de la marche régulière des ondes de la mer l'harmonieux ensemble de leurs mourcments. Dans ï^ions du globe où la terre, cachée sons un roile presfcemel de glace ou de neige, ne peut fournir ainsi aux i de Pair ou aux vagues des eaux des signes certains présence, la mer s'est elle-même chargée de ce soin rachant aux rivages près desquels elle se trouve fixée nmo soudée par le froid des témoins qui servent préent à marquer le trajet que ses ondes doivent parr. Etrange solidarité des règnes do la nature oonnt pour ainsi dire, chacun selon leurs caractères iux, aux grandes fins du Créateur I s îles de glaces détachées du pôle ou Icebergi sont Tet ces navigateurs discrets dont le parcours régulier d la clef de tout ce qui s^observe près de Terrc- ^e. Elles font partie tout Fhiver, et souvent pendant eurs années, des masses glacées qui transforment en eul continent les îles ou les grandes presqu'îles du Nord et en défigurent ainsi Paspect au grand effroi hardis explorateurs de ces vastes et tristes contrées. * étendue comprend alors plusieurs milliers de milles ^8 représentant plusieurs centaines de millions de tonz. Mais la température de ces latitudes se radoucit moins avec Tété et sous l'influence des courants entièdes qui, venus des tropiques, contribuent à former 31e la Folynie ou mer libre de glace devinée par Maub découverte par Kane. Les bases profondes des gla-

ciers les plas monstrueux sont ainsi sapées. Les feux ooi* tinents polaires se scindent en mille fragments ayeco fracas épouvantable rappelant la décharge de cent pides ' ' d'artillerie et les spectateurs épouvantés de œs tt^i analogues par leur grandeur à ceux des premiers âges ^ monde, voient alors ces îles nouvelles se frayer parfois v chemin avec une rapidité qui glace d'e£froL (OriffiiL Bo* lation de Duncan, eta, etc.)

Sans m'occuper ici du courant profond que la mu» des Icebergs j en sens contraire des courants superfioidi^ la mer, a montré se porter vers le détroit de Beliriiigiî' est tout aussi prouvé que les eaux polaires ont vu Tà(0r ment régulier vers le Sud. Le célèbre capitaine Scoicij a pu le rencontrer assez haut dans le Nord, entrain'' avec lai 500 glaces flottantes gigantesques parties d'il même point. D'autres observateurs l'ont suivi jusqtt* point où il rencontre dans le guîfstream un adversaire fr gne de sa force ou du volume de ses ondes et ce point* pu être parfaitement déterminé et limité à la région ^^ bancs de Terre-Neuve. On y a reconnu l'existence d'un* véritable île ou plutôt presqu'île d'eau froide couvrant sotvent jusqu'à des centaines de milles et offrant versseï limites les variations les plus brusques et les plus consii^ râbles de température que l'on puisse constater dans 1* eaux superficielles de la mer. Cette presqu'île qui pèse su le courant des eaux chaudes originaires du golfe du MeD* que, et lui donne en cet endroit l'aspect d'un fer à cheyA est précisément le rendez-vous des Icebergs dont nous v«-

8 d'indiquer Porigine. Le capitaine Grant de VArabella rit plus de 24 à la fois, sans compter nombre de petits, 3 cette sorte de réservoir d'eau glacée. La mer en était rerte, dit il, aussi loin que la vue pouvait s'étendre, >us les^ témoignages confirment oc fait que nous avons rvé plusieurs fois nous-même, pendant de nombreux •ges sur les côtes orientales de Terre-Neuve, ien de plus variable du reste que les dimensions, lo bre et la forme de ces magnifiques îles dont la hauteur >le n'est que la G» ou 7« partie de la hauteur totale f2 enviroD). Il en est dont la saillie est presque nuHo l'Océan mais dont l'étendue en surface est, au oone, immense. Quelques unes atteignent 18 20 ot 40 res (54,60,120 pieds français) ; d'autres élèvent mémo s pointes aiguës jusqu'à 180 mètres. Rarement isolées, I sont quelquefois extrêmement nombreuses. Rien n'est capricieux que leurs formes où l'imagination du voyadécouvre successivement, à mesure que leur aspect se ifie par les changements de position, des tours élevées, clochers élancés, des minarets ou des flèches pittores- , des pentes abruptes, des précipices eflfrayants, des es profondes ou spacieuses.

es plus énormes échouent parfois sur les bancs euxes, principalement dans les moindres fonds, ceux de lètres. Toutes semblent arrêtées par les flots d'eau le près desquels elles sont portées et -qui minent raient leurs bases. Repoussées dans le cooflit des deux ,nts, elles errent ainsi suivant une sorte de remous

et finissont fréquemment par s'y fondre entièrement. Quel- j| ques ilôts, plus gigantesques que les autres, parrienneiit j^ cependant à franchir le fleuve bleu sous Pinflaenoe de kl^ branche d'eau froide qui se glisse sous les eaux eh» du gulfstream. Ils ne tardent pas alors à te dans le Sud leur marche jusqu'alors triomphale soiu double action de la haute température de la mer ot(wQ, rayons solaires. Tel n'est pas néanmoins le sort du pUiti^ grand nombre de celles qui résistent à la fusion prodam n par le premier contact de la chaleur des flots da ^M^tr tream. Ces dernières loin de suivre la voie, plus nati en apparence, que les vents régnants impriment à V sphère se portent au contraire vers les oôtes méridioi de Pile de Terre-Neuve. Elles gagnent ensuite celles la Nouvelle-Ecosse et des états du Nord de l'Union, traînées par la branche de bifurcation du courant pol qui, réunie aux courants du golfe St-Laurent, va toutes les rives septentrionales et orientales des S Unis.

Les Icebergs fournissent ainsi les indications les pli précises sur les courants de l'Océan. Hâtons-nous de cependant qu'ils ne se promènent majestueusement sw flots que pendant une assez faible partie de Tannée. Ovné rare qu'ils paraissent près des bancs avant les moisdeMiii{ et Juin. Il est tout aussi extraordinaire d'en rencontw \\ après Septembre ; le froid les retenant déjà soudés W^ Nord tandis que ceux que l'été voyait errer ont comp^win ment cédé à la chaleur. Leur présence est d'ailleurs n^t

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ent reconnue, même à distance et dans la brume, pent les mois indiqués plus haut, non seulement par leur tion géographique normale, mais encore par les moations que leur voisinage apporte dans la tempéra-

de la mer et dans les conditions générales de l'atmore. Il suffit d'observer les thermomètres ordinaire arin pour obtenir des indices précieux de ces modifias.

résulte de nombreuses observations faites avec ces uments que l'existence des îles de glace détermine en

des variations de température aussi brusques que dérables, spécialement dans les limites de la lutte îux courants. On a noté des différences de 8, 12, t même 19 degrés centigrades en un seul jour, et

de l'analyse des recherches multipliées des marins 3 point que l'on a même pu mesurer l'étendue moyenne . presqu'île d'eau froide dont nous avons parlé plus Elle oscille généralement du 42® au 52® degré de ide, tantôt à l'Est du 42® degré méridien de Paris (40 •ecnwich) tantôt à l'ouest du 52®. C'est dans cet espace usieurs milliers de lieues carrées que se rencontrent

les brumes épaisses dont l'origine est rattachée à la •ration dans les eaux chaudes du guîfstream du couiescendu du détroit de Davis, se produit dans cette rencontre de deux masses inélent échauffées, et sur une immense échelle, un phé* ne analogue aux alternatives des brises de terre et 3r. Ce qui le prouve, c'est que les limites des brumes

la

ils

CBAFITIB TlOUlkn

Bont en étroite relation avec celles du guifstrêam tekia les BoJions. Rurea par les vente de Nord qui les ohasseDl aa loin sous dos latitudes oi\ lour évaporatiou est heili, elles deviennâDt, par contre, exceaBÎTcment intenses dû que les brises cbaudes du Sud et de l'Ouest sont pré pond( routes ou durables. C'eet dire qu'où les observe moins mi vent en hiver et en automne qu'au printemps et en éU. Leur dispositiou est variable et leurs couclies sont souveal si peu épaisses qu'un observateur placé sur une colline, DU matelot en vigie au sommet des mâts d'un navire, 1« domine complètement. J'ai assisté fréquemment à Tem- I^^euve à on spectacle aussi singulier que pittoresque en me transportant sur lee sommets des montagnes de l'ils afin d'observer ce fait. Les reliefs terrestres, la cime ^ arbres, le faite des édifices, les flécbes élevées des m» des navires à l'ancre dans les baies, semblaient poiiidn successivement au-dessus de la coucLe uniforme de bramt qui s'aSaissait et disparnissait sous l'action du soleil dosi les rayons éclairaient les collines les plus hantes. On»» rait pu croire assister à l'écoulement graduel des d'un déluge et le paysage, peu à peu débarrassé de te langes bianchfttres et tout bumide do vapeurs, paraisHÎi naître à une vie nouvelle. Les pilotes des nonibreui porli de pêcLe de Terre-Neuve savent tirer parti de cette i&position des brouillards. Guidés par la boussole, ils voii souvent surprendre au loin le navire dont ils ont aperçu de terre la mâture élancée. En mer se produit aussi jt." cette stratification du brouillard une sorte de mirage, 1*

brome masquant la coque du vaisseau dont les voiles supérieures semblent flotter entre les eaux et le ciel.

Malheureusement ces curieux phénomènes sont rares. Le plus souvent l'atmosphère toute imprégnée de vésicules aqueuses condensées n'offre à la vue qu'un horizon borné. Le brouillard intense ne permet quelquefois qu'à grand peine de distinguer un objet peu éloigné sur le pont du steamer lui-même. L'obscurité permettrait de réaliser en plein midi la plaisanterie des gamins de Londres courant, armés de torches, à la recherche de l'illumination annoncée comme réjouissance du jour de naissance de la Reine ; (24 Février 1832) et le navire peut continuer ainsi plusieurs jours sa route.

Bien n'est morne comme ces journées de voyage que l'humidité de l'atmosphère force à passer entières à l'in« térieur du navire, car l'âme s'attriste aisément de la privation du soleil et de la lumière. Les nuits sont rendues plus longues encore et presque lugubres par les sifflements aigus et répétés de la machine signalant aux navires plongés dans la même zone obscure l'arrivée d'un danger.

On a multiplié, sans trop de succès il faut bien l'avouer, les moyens de prévenir ainsi les abordages. On a recouru aux fanfares du clairon, aux bruits retentissants du tambour, aux sons rauques des conques marines. Les sifflets de vapeur sont venus après, mais il nWrive que trop fréquemment que tous ces moyens sont impuisssants à transmettre à de suffisantes distances les ondes sonores dont l'oscillation est brisée par l'état vésiculaire de la brume.

On continue cependant à les employer isolément on simiil* tanémcnt. Ils ne sont nulle part pins utiles que pendant la traversée des bancs où se trouvent en permanence, dorant la moitié de Tannée, de nombreux navires employés à la pêche de ces bandes de poissons dont les migrations singulières sont encore enveloppées de bien des mystères. On entrevoit à peine, en passant, ces navires qui roulent lourdement sur leurs ancres au milieu des flots constamment agités et houleux. Il arrive quelquefois cependant que le voile épais qui dérobe le ciel et Peau à la ?ae s'éclaircit soudain et le steamer peut se trouver alors presque entouré d'une foule de ces hardis pêcheurs dont les croisières sont une source immense de richesses pour les nations. On ne connaît pas assez les dangers de leurs Inttes journalières contre la mer pour la pose des lignes armées de milliers d'hameçons et portées, en pleine mer, à l'aide de chaloupes non pontées. On ne peut deviner ce qu'il faut de courage, de patience et de sang-froid pour entreprendre les grandes pêches de cette partie de l'Océan. Chaque année, dès que l'hiver touche à sa fin, de nombreux navires s'arment dans presque tous les ports du bord de l'Atlantique, et surtout des côtes de France, pour cette industrie. Rien n'arrête cette flotte dans sa marche hâtive, ni la rigueur encore extrême de la saison dans les lieux de pêche, ni les tempêtes de neige, ni la rencontre des glaces qui couvrent la mer sur une grande étendue, ni les brumes qui voilent le chemin et à travers lesquelles les vaisseaux marchent côte à côte sans se voir. Il faut arri-

ver à temps pour la moisson enviée et la nature n'attend pas. Dès le mois de Mars, elle pousse en avant vers les côtes de Terre-Neuve, et les mers qui les baignent, des légions de harengs dont l'accumulation effrayante peut arrêter ou ralentir le sillage d'un bâtiment. L'homme doit être prêt à recueillir cet appât indispensable pour le succès de la pêche qu'il médite. Sa provision est à peine achevée qu'il lui faut aller, sur les bancs, poursuivre les troupes affamées et innombrables de morues venues on ne sait d'où et qui disparaîtront plus tard sans qu'on sache davantage le lieu de leurs retraites. C'est en Mai que se fait cette première hécatombe de victimes.

Mais l'appât qui arme les lignes des pêcheurs n'est pas inépuisable. Il manque bientôt et le navire revient déposer son premier butin à terre pour qu'il y subisse les préparations nécessaires à sa conservation en vue d'expédition lointaine. Juin est venu et avec lui la mer devient noire près des mêmes parages, grâces à l'arrivée de bancs effarés de capelans fuyant, éperdus, des ennemis actifs au moment où ils doivent déposer sur les plages sablonneuses les produits innombrables de leur fécondité. Nouvelle pêche à époque fixe, nouveaux départs pour le grand banc ; enfin nouvelle moisson de morues pendant les mois de Juillet et d'Août. On voit même des navires revenir dans les pre* miers jours de Septembre récolter de nouveaux appâts empruntés aux bataillons pressés à* Encornet qui ont succédé aux invasions précédentes dans les eaux peu profondes.

CBAPITKI tBOISlËME

Puis quand Octobre a rtuneoé, dès Ica premiers joocB. ]CH avnnt-cotirearB da ftoid, la soUtade se fût à Teiie- Neuvo et sur les banoa qni bordent ses eûtes dantûléia- L'agïtatioa et le travail cessent. La flotte a repris soi tdI vers les ports de la patrie qui doivent la protéger pendai' l'inaction forcée des mois d'hiver, et la mer elle-même smble abandonnée par les êtres nombreux qui ee presfuenl

Ces faits réguliera et constants ont à notre sens m tout autre importance que oelle que leur roDonnaisEent lef rares personnes qui ont accordé quelque attention en Eit rope aux questions que noua venons de réanmer. D» WH oîtéa dans la plupart des livres, même traitant ia ^ Boience, comme des exemples ainguliers de l'inatineti certaines espèces animales ; je croîs qne ces migraltlH ■ BnaccBsivea et annuelles sont une loi générale de 1' lits dauB son état de liberté si improprement appelé éui de Bauvagorie. J'ai longtemps résidé à Terre-Neuve <t j'ai été constamment frappé des oaractèrea de régolaritli de succession, et de durée de l'arrivée ou du dépftit,' seulement des diverses espèces de poissons qui fréqueDM ces régions, mais encore des crustacés ou motlosqnei ^ y abondent. Toutes les espèces qu'on rencontre dans M mcra, [harengs, morues, capcl ans, encornets, hom3rda,6U} Krivent, s'amonoullent et pavent pour ainsi dire le fwà des baies à une époque si parfaitement détermiili qu'elle est attendue presque à jour fixe. Leur dispariB» est tout aussi invariable. Les espèces plus particoltSir

uviatiles ou lacustres (truites, saumons, anguilles, éissent à la même règle et regagnent la mer à un \, donné, en franchissant quelquefois péniblement 3s de sable ou même les prairies qui séparent les le la côte. La même remarque peut être faite pour breuz oiseaux aquatiques ou aériens (l)qu^at tirent rations des poissons et la floraison d'une immense é de plantes appartenant aux familles des bruyè- ) éricacées et autres voisines. Les rares mammifères rudes climats (lièvres, cariboux ou cerfs du Catc.) obéissent eux mêmes, dans des bornes plus tes imposées par leurs moyens de locomotion, à ndance que nous croyons être d'une nature moins u'on ne le croit généralement, des difficultés s'opposeront sans doute encore long- L la détermination précise des raisons réelles de ce 3ment et de ces invasions dont nous connaissons à uelques stations isolées. Mais le monde de la mer i de Pair ont révélé déjà plusieurs de leurs secrets restigations obstinées de l'homme. Nous sommes eu qu'il en sera de même pour les causes qui |por<*

si grand nombre d'êtres à parcourir d'immenses es et à venir à des époques prévues se succéder en

pressées sur des points restreints des vallées de

lurlieux, chevaliers, bécassines, perdrix, canards, plon- 5 le.

l'Océan ou dans tes conre d'caii qui s'^ jettent. Nul doute pour nous qu'on rencontrera dans l'etisetuble d alors qu'on le connaîtra, des lois analogues à cellei tjpe noua avons plusieurs fois signalées ; on déterminera leurs liaisons avec les grands phénomèDes des circnUyoïi» maritiniea et atmospliériquea. L'obscrration des bance de méduses entraînées par le gulfsiream, suffit à Manrjpoif voir dans ce grand fleuve océanique le pourvoyeur des bileincs franches qui ne dépassent pas les rives de si trop chaudes. Ce que nous avons pu explorer du domaÎM d'une pareille étude nous donne hautement le droit de CDDdure qu'on y découvrira sans cesse de nouvelles prfl«- • vea de cette admirable harmonie de l'univers qui dfcèk dans ses actes les plus simples l'intervention de l'autortU suprême que l'humanité ingrate s'eflbroe si souvent de lu pas appeler de son vrai nom : Dieu. Tout obéît aux loil qu'il a dictées aux grands jours de la création ; des de l'espace comme les vents et les flota de notre globt;

Iles êtres qui peuplent les mers comme ceux qui a'élèrenl dans l'air et ceux que leur organisation retient errants sv la terre. Tout a un but tracé d'avance, tout a une fin d^ terminée et précise dans cette profusion sans limittJ d'existeneos douées do mœurs en apparence bizarres, tt l'unité dans la variété ne peut manquer d'être la pensit régulatrice qui a présidé aux grands phénomènes doD> nous saiaiasons à peine encore quelques particularités quelques détails.

Ce qui frappe surtout dans l'économie générale de É

g phénomènes c'est la répartition, le renouvellement et la

^j multiplicité des richesses de tout genre que Dieu mit à la

^, disposition de Phomme lorsqu'il voulut le faire régner sur

j l'œuvre quHÎ trouva bonne quand il l'eut achevée. Aux

, contrées chaudes, la végétation luxuritinte, les fleurs splen-

dldes, les fruits les plus savoureux et surtout les sources

sans cesse accrues de la chaleur qui doit porter au loin

]a vie par l'atmosphère et par les courants de la mer. Aux

asones tempérées, la nature variée dans toutes ses manifes-

'tatîons et les plantes les plus utiles à l'homme dans une

abondance qui trahit presque une intention de réserve

pour les mauvais jours. Aux régions où la terre perd peu

é, peu sa parure, des trésors annuels de fécondité au sein

«Les mers, en même temps (il faut bien l'ajouter) qu'un

xefuge pour les espèces que dans son insatiable avidité

l'homme s'efforce de détruire au lieu d'essayer de les sou-

snettre à son joug ou de les ménager selon ses besoins.

Mais de telles considérations auxquelles l'esprit médii>atif du marin se trouve forcément conduit en présence ^es incidents nombreux de ses longs voyages nous entraixieraîent trop loin. Le lecteur suppléera sans peine à ce qu'elles ont de trop sommaire dans notre livre et nul ^oute qui'il n'ait été bien souvent frappé, comme nous, du vaste champ d'examen qui s'ouvre naturellement à la ré- :flexion pendant les grandes traversées de l'Océan. On sait ce qu'apporte de rêveries la contemplation du ciel étoile dorant les douces soirées des tropiques, quand, fuyant l'intérieur du navire, le voyageur aime à prolonger sur le

pont la joaissance de la fraîcheur de la nuit. Sous les rudes latitudes de l'Atlantique des sujets tout aussi listes, quoique d*un caractère différent, se présentent aussi à U pensée. Si le ciel est trop souvent inclément, nuageux oa même glacial, il offre aussi, parfois, un spectacle grandiose quand il s'illumine de mille lueurs et que les aurores boréales enflamment l'horizon de leurs vacillantes trûnées de rayons. C'est encore près des bancs et dans les parages voisins que s'observe d'ordinaire ces magnifiques manifes* tations du magnétisme terrestre. Elles s'y montrent avec une fréquence telle en hiver qu'il s'écoule peu de nuits . sereines sans qu'on puisse en suivre toutes les phases, depuis les simples radiations ou faisceaux lumineux que leur mobilité fait appeler vulgairement marionneties (1) jusqu'à ces immenses coupoles aux colonnes diversement v^ lorées qui ont pu être observées à la fois dans l'Europe centrale et en Amérique. (5 Janvier 1769. 7 Janvier 1831) Nous avons assisté souvent à cette illumination, à cet embrasement féerique qui nous ont fait bien des fois aussi oublier l'heure et le vent et le froid; mais jamais le regret ne venait mettre un terme à notre contemplation presque naïve, tant le spectacle était vraiment beau.

Tels sont les faits principaux du passage redouté de Terre-Neuve et des bancs qui lui forment une vaste oein-

(1) C'est à peu près la même signification qu'aux îles Shetltnd où les aurores portent le nom de Merry dancers.

iure dans toute sa partie orientale et méridionale. Les >nimes existent bien encore pendant une partie du reste la voyage, particulièrement aux environs de la Nouvelle- 3oosse, de Pile de Sable, des bancs de Nantucket et même les attérissages de New- York, mais leur fréquence et leur lensité sont généralement moins grandes dans ces derniers Murages dont nous ne ferons qu'une description sommaire K>iir terminer le récit des particularités purement nanti- [aes du voyage.

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