LA FILLE DES TRIBUS
Pour Henri de Régnier.
La fille des tribus, tatouée d'astres bleus
Qui voguent sur ses douces joues de couchant pâle,
S'enorgueillit d'être la gouge triomphale
Chère aux beauxMaures du blanc quartier merveilleux
De la Kasbah aux murs de jasmin et d'opale.
Elle sait que son nom est connu des pasteurs
Qui errent sur le rose or des plaines lointaines,
Que les chériflFs, dieux blêmes des hordes hautaines.
Rêvent à ses étroits jardins neigeux de fleurs
Où pleurent, au soir, les harpes bleues des fontaines.
ElJc est fière de vivre en cet ancien palais Minuscule, que trouent de jour blond les courettes Boisées par des candeurs sveltes de colonnettes. Par tels arbres d'Europe vigoureux et laids Que vivifie le souffle gris des bises rudes. Mais elle n'aime, dans son exil somptueux. Que la grâce trop courbe et les pennes frileuses D'un malingre palmier roux penché vers le Sud.