LOIN SUR LA RADE
Pour Lucien Descaoes.
Les maisons blanches et beiges
Sont une falaise de plâtre et d'ambre
Sur la mer verte et bleue semée de fleurs de neige
Et des rares feuillages des voiles de cendre.
LOIN SUR LA RADE 5l
Des femmes, puérilement soucieuses, Peut-être inconsciemment nostalgiques.
Enfermées en des cellules crayeuses, Regardent la rue pauvre aux murailles tragiques Plus tristement blanches que les cellules î
Des formes vont, blafardes et brunes,
Visages sombres et claires guenilles.
Dans la rue albe et trouble comme au clair de lune
O les mesquins mystères qui fourmillent î
O ces fenêtres bardées lourdement de grilles î
C'est la nuit d'opale entre les maisons tassées; Mais un jour s'ouvre dans les maçonneries blêmes : La merî la mer! que les fleurs de l'écume sèment Ces fleurs libres, sans cesse métamorphosées!
Voici des barques sur les perles de la houle. Droites et fières, et nuageuses de xoile ; Et la lumière met l'infini dans leurs voiles ; Mais paresseusement, elles tanguent et roulent.
Tristes femmes, quel signe étrange s'est écrit Sur le pers de la Mer où de blonds rêves passent ? Un steamer lourd et noir comme un oiseau de nuit Plane, brutal, et son courbe sillage enlace Les barques d'un glacial ruban d'acier bleui