MOINEAU
Pour Guy Laiiaud.
Boule de roux duvet que dore un chaud rayon, Le moineau tombe et vient rebondir sur les dalles De la rue aux blancheurs tièdes, un peu florales ; Et se campe, et s'érige et trotte à petits bonds. Dans la rue lumineusement albe, — et squalide ; Et picore en des tas de vagues immondices Et frotte à des horreurs son menu bec nitide Que l'on dirait fait pour mordiller des calices Et ne se mouiller qu'en des gouttes de nectar. 11 se plait aux senteurs neuves, aux fumets rares, Et penche de côte sa tête, en connaisseur.
Des femmes vont, à pas glissés, indifférentes. Et ne troubleront point le petit picoreur Qui les connaît, formes vaines et bienveillantes, Ignorantes surtout, bénignement drapées De blanc nimbus qui s'ambre et de lumière bise. Elles ne sauront pas que l'oiseau tout moiré De clarté flave, comme au soleil les cytises, Vient vers elles, surtout, répond à leurs hantises D'air libre et de soleil, sur des terres pourprées Qu'elles n'ont jamais vues, captives des murs blonds, Loin du bled de feu rouge où des brasiers s'allument ; Et qu'il rapporte, le roux petit vagabond, L'amer parfum des lauriers-roses dans ses plumes.
CYPRES DE FAUBOURG
CYPRES DE FAUBOURG
(mustapha)
Pour Robert Randau.
Où s'élèvent des maisons grises,
11 y eut une longue prairie molle et lente,
Avec des asphodèles, des amaryllis
Que penchait le roulis des herbes odorantes
Veloutées de lumière douce.
Où stagnent les ruisseaux, bis ou noirâtres,
Sur des pavés cariés qui se creusent
Ont bouillonné les tulles de neige des sources,
Constellés du gélide argent de menus astres.
On vit aussi des chemins ombreux
Sinuer sous les pins, les cyprès et les trembles.
Aux plis légers de la nappe verte ;
Et le parfum de ciel des genêts d'ambre
Grisa des âmes qu'épouvante.
Maintenant, l'acre nuit des impasses funèbres.
Les palmiers nains souplement rudes Firent des bouquets blonds au ras de terre.
Et, de cette mouvante et chantante verdure,
De sa grâce fluctuante et de son mystère,
11 ne reste plus sur la plaine brune
Que le sombre fuseau d'un cyprès solitaire.
Prisonnier d'un lugubre ** jardin ",
Si nocturne que toutes les fleurs s'y étiolent ;
Et le grand arbre, en son isolement chagrin.
Monte, crépu, vert-noir, près de poudreuses tuiles^
CYPRÈS DE FAUBOURG 5
Si jaunes î dont le beau soleil rouge a déteint,
Et de moites murailles lépreuses,
Entre une boutique et des sierras de futailles.
Mais le cyprès que glace la cour ténébreuse,
Qu'étreint un angle de plâtras et de pierrailles,
Rappelle encore trop la défunte campagne
Et gêne des urbains qui veulent voir la rue !
Et des gamins, perchés sur ses branches, l'élaguent.
Taillent, tondent sa toison drue,
Au point de le muer en absurde pinceau
Qui semble vouloir peindre à petits coups la nue.
Quand il caresse, aux brises, la voûte bleutée.
Et tout ce qui gîtait sous l'abri des rameaux,
Au mystère houleux des frondaisons pressées, —
Petits et gros oiseaux de nuit ahuris, fous, —
S'enfuient, tourbillonnant comme des feuilles rousses,
Au-dessus de l'effroi bondissant des Mauresques
Dont les longs voiles blancs se gonflent, se rebroussent,
Vol d'aube sous le vol crépusculaire.
Le cyprès mutilé ne parait plus grotesque.
Mais navrant comme un vieillard solitaire.
Un vieillard oublié dans le soir de la vie, Devant un horizon d'une horreur monotone; Un débris d'homme qui désole et qu'on évite, ■ Que même ses pensers familiers abandonnent î
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