‹ En suivant les goélandsChapitre 12 sur 31 · PETITE RUE · texte numérisé non relu

PETITE RUE

Pour Albert Tusles.

Une porte s'entr'ouvre sur un jardin frêle Illuminé par la neige durcie du plâtre; Des plantes comme diaphanes, aériennes, Font à peine de changeantes ombres de nacre. Des femmes, telles des statues d'ivoire peint Clouées sur l'huis pesant tout bardé de ferrures Vivent seulement par leurs yeux d'obscures sphynges, Où semblent se refléter des astres lointains Comme en la noire pureté d'ondes nocturnes.

Et ils disent, ces yeux qui se meuvent, si lents,

Si langoureusement et si vaguement tristes, —

L'enfance dans le clair patio emprisonnant

Puits de lumière près des chambres toujours grises.

Toujours noyées d'un crépuscule assoupissant.

Vallée blanche ignorée des errances voisines

Autant qu'un ravin sombre en des rocs non gravis ;

La mélancolie d'une jeunesse passive

Sans rêves, hors les plus grossiers, tôt défleuris;

La peur de souhaiter quand tout espoir retombe

Comme une feuille envolée aux folles risées ;

L'inconsciente angoisse d'une âme qui sombre

Sous le bénin mépris et l'amour imposé.

Et pourtant on ne sait quelle joie indolente

De se griser de suave jour comme les plantes.

Page 1