L'ILE VERTE
"Pour Stuart Merrill.
Le vent vibrait, très lent et doux, aux chanterelles Des cordages roidis, et les hunes craquaient Rythmiquement. Puis tout moîtissait; longues, frêles, Les drisses, lâchement pendantes, se choquaient...
...On louvoyait le long de côtes d'un vert tiède, Comme tout amoiti de chaude humidité, D'un vert doré, fluant sous l'éternel été, Côtes de morbidesse ample, sans profil raide,
Sans rocs aigus, sans pics durs cloues dans le ciel, Partout les bois divins moutonnaient, — irréels Presque. La mer avait des plis de mousseline Dans son bleu fulgurant que perlait le ciel clair Des vols faisaient des arabesques opalines Et la brise de terre emparadisait l'air.
Oranges et mangos soufflaient sur nous ; heureuses, Nos narines buvaient l'essence du sol fort : Nous éprouvions d'étranges et fiévreux transports Aux émanations folles des tubéreuses.
Fleurs de vertige trouble et d'oubli capiteux...
Nous allions et venions, attardés et languides, Barrant l'azur luisant d'un sillage laiteux. Croulant puis sursautant sur les vagues turgides...
...Et, brusque, tout à coup, l'alizé nous jeta Aux enchantements d'une minuscule baie Où, le frais d'Est vaincu, la houle retombée, Nous laissaient prisonniers d'une intime « huerta »,