‹ En suivant les goélandsChapitre 17 sur 31 · L ILE VERTE · texte numérisé non relu

L ILE VERTE

D'un paradis perdu en Tanse dérobée, — D'un Eden tropical aux feuillages grisants, Aux fleurs comme de chair rose idéalisée.

Sous l'échevellement des palmiers bruissants, Sous les noirs cachimans, la blancheur irisée Des perrons étages frôlait l'eau de béryl.

Et, sur les marches, se tordaient les frêles traînes, Serpentines, pareilles aux traînes des reines. De robes d'arc-en-ciel et de nuées d'avril ; Des femmes nous guettaient en nos bordées torpides ;

Les fleurs, et l'air marin semblèrent plus sapides ; Et nous allions sur l'eau claire, presque orgueilleux. Tantôt le cap à terre, et tout près des beaux yeux. Tantôt glissant au large, — aux nuées violettes, — Sans perdre du regard le bouquet des toilettes.

La dernière bordée, on arriva si près

Des parterres, des corps de femmes diaprés

Que nous vîmes la plus brune, la plus charmeuse, Nous envoyer, des doigts, un long baiser moqueur; Du bout des doigts, avec des grâces langoureuses.

On se le partagea, vrais frères, sans rancœur. Chacun le préféré, mais tous destinataires.

Puis le vent nous chassa du port ombreux, des terres, Bien loin vers les nimbus fuyant à l'horizon. Dans un souffle de fuite atrocement facile : L'infini bruineux redevint la prison.

Et le voilier marcha, hancha, leste et gracile...

Je n'ai rien oublié : Rien que le nom de l'Ile!

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