HENRI-EDMOND CROSS
Pour Emile Clarc.
Celui-là fut un pur et divin goéland
Planant sur les magies claires des vagues bleues,
Vers les images des horizons fourmillants
De rêves, de splendeurs aux fuites radieuses ;
Et toujours son vol calme revint effleurer
Les grands pins moirés des calanques provençales
Où l'on voit, au soir, les nymphes blanches errer
Avec les djenoun et les fées orientales.
L'aile chargée d'azur et de reflets dorés,
11 dit suavement son extase de tendre
Avec des mots ravis aux parterres du ciel,
En les jardins flottants d'Jris et d'Ariel ;
Et sa douleur intime fut qu'on ne pût rendre.
l6 EN SUIVANT LES GOÉLANDS
En des poèmes de lignes et de couleurs,
La vie profonde qui se tapit sous les formes,
Sous le mystère exquis de la lumière en fleur ;
Car il sut les joies et les tristesses qui dorment
En les doux paysages ambrés de soleil.
En la courbe des roux caps hyérois pareils
Aux promontoires de la Grèce maternelle,
Et dans les bouquets ronds aux feuillages subtils
Des oliviers pleurant sous la brise éternelle
Des larmes d'argent, d'émeraude et de béryl.
Il sut pourquoi de blondes faces enfantines
Sont tragiques, tintées de l'outremer céleste.
Et tout ce qui menace en les torpeurs câlines
D'un beau corps assoupi dans la fraîcheur agreste.
Maintenant il plane en l'énorme 7{ée/ bleu Plein de clairs aveux comme un beau regard de femme Et où il peut, enfin, contempler, bienheureux. Des âmes fleuries et des fleurs qui ont une âme.