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APPEL AUX INFIRMIÈRES

Il n'y à pas d'effort plus admirable que celui de nos infirmières, qui, depuis le début des hostilités, s'imposent une tâche sans répit, souvent trop lourde pour leurs forces. Par quel instinct secret le soin des blessés at-il été mis à la mode plusieurs années avant la guerre! Toujours est-il qu'aux premiers jours, pour recevoir le flot sanglant dont s’emplissaient, au delà de toute attente, les hôpitaux, toute la phalange des femmes et des jeunes filles instruites par la Croix-Rouge et par les dispensaires s’est trouvée prête. On s'attendait à quelques mois de ce service volontaire, où le dévouement se surpasse et se dépense chaque jour sans Compter; mais voici deux ans que la guerre dure et nul ne sait combien elle ; durer encore. Nous faisons appel aux infirmières volo: ires pour venir remplacer celles que la fatigue arrache ournellement aux hôpitaux. Dans cette armée aussi il faut des réserves. On n'aurait jamais attendu de tant de corps frêles un service continu de vingt-trois mois, parfois sans un jour d'interruption : service dur, d'autant plus fatigant qu’on esi plus tendrement apitoyé sur ces donleurs qu’on soulage, service où l’on ne sent pas sa fatigue, mais où on la multiplie sans mesure. Celles qui av : :nt l'habitude de se faire servir ont pris l'habitude de servir ; elles se sont fait une vraie occupation professionnelle de leur mission de charité. Nul métier n’est plus absorbant, On ne change pas ainsi brusquement d'existence sans en porter le poids, et bien des santés ont fléchi, Beaucoup d’autres

fléchiraient encore si Ja charge restait tout entière indéfiniment sur les mêmes épaules, Parmi les femmes sans enfants et libres de leur temps, il en est encore d’oisives, qui cherchent des distractions mondaines. C'est à celles-là qu'il faut faire honte. Elles avaient l’excuse de croire les choses arrangées définitivement, Détrompons-les ; faisons-leur savoir qu'on à besoin d'elles, Révélons-leur encore qu'aucune vocation n'est nécessaire, autre que celle de toutes les femmes devant la douleur, Les nerfs les plus sensibles s'accoutument très vite à la vue des blessures ; on apprend sans peine à se rendre utile : il n’y faut qu'un peu de volonté, Le moment est venu de recruter un nouveau contingent de femmes de dévouement. Elles auront le rôle le plus facile, celui de soigner des vainqueurs. Et quand elles auront commencé à accomplir leur noble service, elles s'apercevront qu’il a de quoi passionner des cœurs avides d'émotions, Elles Y trouveront leur récompense.

—Journal des Débats, 21 juin, 1916.

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