EN TEMPS LE GUERRE
Représentant de la démocratie française depuis plus de trentedeux ans, à la Chambre des députés d'abord, puis au Sénat, j'ai le droit de parler au nom de cette démocratie. Et c’est en son nom que je joins ma voix aux voix illustres qui célèbrent aujourd'hui la mémoire du grand Garibaldi,
Je n'ai pas à raconter, comme le ferait un historien, les événements qui ont crét Y’Italie nouvelle, C'est votre grande histoire, et vous la savez mieux que moi. Je suis un citoyen de France qui vient proclamer son admiration, sa reconnaissance, et son culte pour l'Italie et ses héros.
Ah, le nom de Garibaldi, comme il à fait tressaillir nos cœurs dans notre jeunesse.
Il à été pour nous le Chevalier de l'Idéal, notre exemple, notre guide, Nous avons suivi avec passion toutes les phases de son épopée libératrice. De loin nous avons uni nos âmes à celles des populations de la Sicile et de Naples, et, comme elles, nous avons ressenti l’orgueil et la joie de ses triomphes. Tout cela c’est la vie même de votre peuple, et je suis heureux de m’associer à la fête par laquelle vous célébrez l'anniversaire du départ des Mille glorieux, sous la conduite de leur chef immortel,
Mais nous, Français, nous avons à ajouter à votre joie l'hommage d’une reconnaissance infinie pour votre héros et pour sa famille.
Garibaldi ne vous appartient pas à vous seuls, car partout où il y a eu des faibles opprimés, des peuples asservis, il s’est armé pour les délivrer,
Il a été le soldat du droit, le Paladin de l'humanité, et nul Cœur français ne peut oublier que dans nos douloureuses épreuves, lorsqu’en 1870 nous avions à lutter contre un redoutable ennemi, la France, abandonnée de tous, vit arriver à son secours Garibaldi ob ses deux ls qui venaient lui apporter le réconfort de leur prestige et de leur vaillance.
C'est pour nous une dette sacrée que notre reconnaissance ne saurait jamais payer.
Et, hier encore, alors que nous subissions les attaques formidables du même ennemi, n’avons-nous pas vu les petitsfils de Gariballi, fidèles à la tradition du grand ancûtre, accourir pour co-ubattre avec nous?
N’avons-nous pas eu la joie de’ voir les six fils de Ricciotti
lutter à nos côtés pour la liberté ?
N’avons-nous pas vu Bruno et Costante tomber, hélas! sur notre territoire envahi, et arroser de leur sang généreux, la terre de l’Argonne?
*Ce sacrifice, n’a-t-il pas renouvelé les journées de Magenta
et de Solférino, où le sang français se mêlait au sang italien ? et n'est-ce pas un nouveau lien qui nous attache à la noble Italie? . . .
Je ne saurais dire quelle joie nous avons ressentie quand nous avons vu, au début de cette affreuse guerre, votre généreux pays affirmer que l'Italie et la France ne pouvaient être ennemies. Et, pour remerciement, je n'ai qu'un souhait à formuler: c’est que pour vous soit bientôt achevée l'œuvre commencée en 1859 et que tous les rêves de la grande Italie soient réalisés. 1
Je bois à la noble cité de Gênes, à la mémoire des Mille, de leur chef héroïque, Garibaldi, et à sa famille digne du grand
ancêtre.
Je bois à l'Italie, à cette terre des glorieux souvenirs, à notre aïeule du Rinascimento, que nous aimons à nommer la
Nation-Sœur.
—Journal des Débats, 6 mai, 1915,
1L'Italie a déclaré la guerre à l'Autriche le 23 mai, 1915.
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