‹ En temps de guerre; recueil d'extraits de journaux, de documents diplomatiques, etcChapitre 11 sur 68 · LES DÉPORTÉS DE ROUBAIX · texte numérisé non relu

LES DÉPORTÉS DE ROUBAIX

On a pu lire hier, dans notre Dernière Heure, que les Allemands ont récemment imaginé d'emmener cent quarante notables de Roubaix qui n'avaient pas voulu se plier à un caprice inique de la Kommandantur.

Nous recueillons aujourd'hui, d'un de nos amis qui a vu les captifs dans le camp de Gustrow où ils sont internés depuis le commencement de juillet, des précisions sur cette nouvelle manifestation de la Kultur allemande.

A la suite d'un bombardement d'Alexandrette et de Jaffa, les Allemands imposèrent une amende de 150,000 fr. à chacune des villes de Valenciennes et de Roubaix. ^ Or, à ce moment, la Kommandantur de Roubaix était en difficultés avec quelques grands tisseurs de la ville, dont les ouvriers ne voulaient plus travailler. Nous avons dit hier à quel travail

^Valenciennes et Roubaix ; deux villes prospères (Nord) dans le territoire envahi par les Allemands. Quelle drôle de chose que de faire payer le bombardement d'Alexandrette et de Jaffa (deux villes en Syrie) aux malheureux citoyens de Valenciennes et de Roubaix I C'est de la justice allemande 1

on voulait les obliger : il s'agissait de confectionner des sacs de toile à l'usage des tranchées. Les patrons, sommés d'exercer une pression sur les ouvriers, s'y refusèrent. On les emprisonna dans les cabines d'un établissement de bains, où ils restèrent pendant quinze jours.

D'autre part, les Allemands avaient supprimé le ravitaillement de la population par la Belgique, et les allocations de secours.

C'est sur ces entrefaites que la ville de Roubaix fut imposée de 150,000 fr. Et la Kommandantur réunit les otages : les conseillers municipaux (le maire est depuis longtemps prisonnier à Givet), les grands industriels de la région, un notaire, un agent de change, six prêtres, le pasteur protestant et d'autres notables, en tout cent quarante personnes.

" Si l'indemnité n'est pas versée sur le champ, leur dit-on, vous serez emmenés en Allemagne."

Les otages se consultèrent.

" Nous ne payerons, déclarèrent-ils, qu'à la condition que vous garantissiez une fois pour toutes la liberté du travail à nos ouvriers et que vous rétablissiez le ravitaillement par la Belgique et les allocations de secoui^."

Comme ils persistaient dans cette attitude énergique, ils furent dirigés sur le camp de Gustrow, en Mecklembourg- Schwerin où ils prirent la place de prisonniers russes évacués. Là, ils couchent sur de mauvaises paillasses, entassés dans un baraquement sommaire.

Parmi eux se trouvent un conseiller municipal, M. Déprès, qui est âgé de soixante-quatorze ans et trois autres vieillards ayant dépassé soixante-dix ans.

Depuis quelques jours, on a apporté une légère amélioration dans le sort des captifs, qui sont autorisés à manger à la cantine, avec les sous-officiers.

-^Journal des DébcUs, 23 juillet, 1916.

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