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FRANCE ET ITALIE

Comme l'a dit hier M. Paul Deschanel, la manifestation faite par la Chambre italienne, le jour où elle ouvrait sa session, en l'honneur des soldats français et de la France,

^ Soyez, etc. Vers de Boileau dans son Art poétique (ch. IV, v. 26) : Soyez jdtitôt maçoriy si c'est votre talent.

"emplit/ nos âmes de fierté;" elle les emplit aussi de cette émotion profonde et très douce que l'on éprouve toujours aux moments tragiques de l'existence, lorsque, spontanément, les sympathies de nos amis et de nos proches viennent se grouper autour de nous ; tandis que notre armée se bat pour les plus nobles des causes, ce nous est à la fois un réconfort puissant et une joie infinie de voir nos frères par le sang et par la civilisation, nos anciens compagnons de gloire de 1859, se joindre cordialement aux hommages que nous rendons à nos héros et à nos morts. Ils peuvent avoir l'assurance du reste que nous ne vivons pas cette guerre en une communion moins intime avec eux qu'ils ne la vivent, eux, avec nous ; et tandis que leurs cœurs s'élancent vers les champs de bataille de Verdun, c'est avec un même élan que les nôtres se portent vers les lignes du Carso ou de l'Isonzo.

Si les acclamations françaises du Palais-Bourbon répondent ainsi aux acclamations italiennes de Montecitorio,i c'est que nous sentons tous mieux que jamais à l'heure présente combien nos destinées historiques, sans se confondre et sans même, pour le bien de l'humanité, que cette confusion soit souhaitable, sont néanmoins étroitement unies : "Mon souhait très fervent, avait dit M. Marcora, président de la Chambre italienne, est que notre nouvelle fraternité d'armes et de solidarité avec la nation sceur et les autres alliés consacre par la victoire sur les ennemis communs le triomphe des principes de civilisation, de liberté, d'indépendance des nations et de justice humaine." — "Nous ittachons le plus haut prix, a dit M. Paul Deschanel, président le la Chambre française, à l'hommage rendu aux armées de la République par les représentants de la noble Italie, dont les drapeaux soht venus se joindre aux nôtres pour la défense de la civilisation et de la liberté, et nous aussi nous admirons l'héroïque efibrt des soldats de la naiùm aamr"

* Palais- Bourbon, nom du palais de la Chambre des députés à Paris comme Montecitorio Test de ceint de la Chambre italienne à Rome.

A Paris, tous les dëputés se levèrent pour écouter les

paroles de M. Paul Deschanel ; à Rome, le public des tribunes

lui-même applaudissait les paroles de M. Marcora. Et c'était

là, semble-t-il, comme un premier et magnifique symbole de

l'enthousiasme populaire qui nous soulèvera tous, des deux

côtés des Alpes, lorsque nous apprendrons, d'une part, que le

drapeau italien flotte définitivement sur les murs de Trieste,

et, d'autre part, que le drapeau français a repris sa place sur

la flèche de Strasbourg.

— Journal des Débats, 4 mars, 1916.

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