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LES POMMES DE TERRE SCOLAIRES

Après deux années de guerre, on ne saurait s'étonner que la vie devienne plus coûteuse; la hausse est encore bien modeste si Ton compare les prix de nos marchés à ceux de l'Allemagne; mais enfin elle existe et toutes les tentatives faites pour, l'enrayer méritent l'encouragement. M. Lavarenne, agrégé de l'Université, a eu l'heureuse idée d'intéresser ses élèves à la crise agricole et, dans la mesure modeste où c(^la leur est permis, de les convier à la résoudre. Le lycée Lakanal, où il est professeur, occupe dans la campagne de Sceaux une partie de l'ancien domaine de Coll>ert. Il a obtenu des chemins de fer de l'Etat la disposition d'une pièce de terre voisine que les élèves cultivent à leurs heures de loisir. En quehjues jours, ils ont ensemencé trois ares de pommes de terre ; et ils continuent la mise en valeur méthwlique de leur champ.

Un professeur à l'Institut national agronomi((ue, qui a bien voulu les aider, sur le terrain même, des conseils de sa haute compétence, a vivement engagé M. Lavarcinne à développer cet emploi de la main-d'œuvre scolaire. De leur côté, les jeunes lycéens se montrent tout heureux de se livrer à ces travaux. D'alK)rd ils sont fiers de se donner de la peine pour être utiles au pays; de plus, ils prennent là un très bon

exercice en profitant d'excellentes leçons de choses. ^ Enfin ils ont le plaisir de faire en même temps œuvre de charité, car leur intention est de partager la récoltée, une fois les frais couverts (le maître s'est chargé- des avances), avec l'œuvre des Soupes populaires de Sceaux qu'ils subventionnent depuis la guerre.

Encouragé par ce premier essai, M. Lavarenne désirerait associer à sa tâche le plus grand nombre possible de lycéens ; mais, pour cela, il lui faudrait trouver des outils et des cadres.

"Je suis certain, nous écrit-il, que beaucoup de personnes possèdent des outils de jardinge (bêches plates ou à dents, binettes, râteaux, crocs, fourches recourbées, brouettes, etc.), qui ne leur servent point, et qu'elles pourraient me prêter. J'en aurais naturellement le plus grand soin, et je les leur rendrais en parfait état, réparés au besoin. A Paris ou à Sceaux, je me ferais un plaisir de les faire prendre et, plus tard, de les rapporter à domicile."

" De même, je suis persuadé qu'il y a un certain nombre de personnes désintéressées et sans occupation fixe (officiers, professeurs ou instituteurs, rentiers, etc.) qui pourraient disposer de leur après-midi du jeudi pour venir diriger chacune une équipe de mes petits travailleurs. La direction technique étant assurée, il ne s'agirait pour elles que d'un service de surveillance à la portée des moins habituées à ces travaux ; elles rendraient ainsi au pays un service qui, pour n'être pas auréolé de gloire, n'en serait pas moins réel ... Si l'aprèsmidi entière paraissait trop longue, des roulements pourraient s'établir. Un peu d'organisation viendrait à bout de toutes ces difficultés."

Les jeunes ouvriers de Lakanal ne se flattent pas de résoudre à eux seuls le gros problème de la vie chère ; mais, comme le dit leur professeur, ils donnent un exemple, et cet exemple a chance d'être suivi. Sauf les lycées parisiens,

enfermés entre leurs murailles, presque toutes les écoles de France ont des jardins ou des maisons de campagne. Si chacune d'elles ensemence une parcelle de terre, la récolte commencera à devenir sérieuse, sans compter que cette initiative suscitera partout d'autres bonnes volontés. Ainsi, selon le vœu de M. Lavarenne, la jeunesse scolaire aura eu la joie et le mérite "de porter remède à la crise agricole, qui, en même temps qu'elle cause la cherté de la vie, oblige à augmenter les importations alimentaires et contribue par là à faire sortir l'or de France, à affaiblir notre change, à aggraver la crise des transports." — Z.

— Journal des Débats, 18 mai, 1916.

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