LA GORGE D'IMI N TAQUANDOUT
Nous traversons une longue étendue de pays sans aucune habitation : c'est une khelà; les montagnes, beaucoup plus hautes que celles de ce matin, ont une allure très mouvementée et la forêt d'argan couvre leurs flancs jusqu'à l'horizon. La broussaille est formée par le guendoûl ou Cahjcolome, le retem et une petite asphodèle ; le tapis végétal est de cistes et de thyms odorants .
Lorsque vers quatre heures nous passons à Agamoud' nous apercevons de loin sur la gauche les rochers et les gorges d'Imi n Taqandoût. Ici le terrain, sur lequel des amandiers et des figuiers étalent leur verdure, est formé par des calcaires marneux et des marnes à Ostrœa. Ces fossiles qui se trouvent en abondance dans une argile blanche servant aux habitants de terre à poterie, appartiennent à une espèce caractéristic{ue du cénomanien de l'Algérie, et (|ui n'a été retrouvée jusqu'ici ni en Europe, ni en Espagne, VOslrœa Rouvillei, Coq (1).
Nous atteignons l'Oued Ajanda (2) vers cinq heures moins dix, en passant devant le Souq es Sebt ou marché du samedi. Imi n Tacjandoût est en face de nous, sur le flanc de la montagne, à l'endroit où l'Oued Ajanda se jette dans l'oued Taqandoût. Nous sommes maintenant dans les Iknâfen (en arabe Niknâfa), dont le Souci es Scbt est le
dans Végél. utiles Afr. Irp. d'E. Phhiiieh et E. Roume, II, Karité el Argan, p. 427. L'assertion de Fischer, que l'arganier se trouve même au bord de l'Oum er Rebi'a n'est pas confirmée.
(1) Détermination de M. Drives.
(2) Avec une nasale.
Edm. DouTTii. — Missions au Maroc. 18
maix'îié. Enfin à cinq heures dix nous arrivons aux défilés d'Imi n Taqandoût.
Ce sont des gorges rocheuses (pi. XXXII, fig. 61) sur la paroi verticale desquelles poussent des buissons d'arganiers. L'oued est extrêmement resserré, nous faisons là une halte de vingt minutes afin de faire boire nos bêtes (pi. XXXII, fig. 62). Nous remontons un de ses affluents qui débouche sur la rive gauche et qui doit nous mener à Dar ould Anfloûs.
Ce ravin est fort accidenté, les rochers s'entassent dans son lit et les bords sont très escai"pés, surtout sur la rive gauche (en ce moment à notre droite) qui est formée par une haute falaise. Çà et là, sur la pai*oi verticale, poussent hardiment des arganiers. A peu de dislance du confluent, sur la même rive gauche, s'ouvre une grotte assez profonde qui est le sanctuaire de Lâlla Taqandoût.
La grotte présente à son entrée deux couloirs, d'environ douze à quinze mètres de profondeur et sépares l'un de l'autre par des colonnes naturelles. C'est au fond de celui de gauche ([ue se trouve, semble-t-il, le véritable sanctuaire : quelques chilTons sont attachés au roc et par terre est une natte poiu" se coucher. De plus, les deux couloirs, de l'entrée jusqu'au fond, sont littéralement encombrés de petites colonnes de pierres posées les unes sur les autres. Il y en a partout, sur le sol, sur les entablements de la paroi, sur les plus minces corniches que forment les accidents naturels de la roche... Cela donne à la caverne une ornementation étrange.
J'examine avec soin le sol et je crois voir des débris
n.xxxii
FiG. 64
Les dclilL,^ dlu.i n Taqaiidourv.nl dr~ i:,u'^v< , , kI,,',, v'^ ■ p. 274).