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L'INCUBATION

de pierres ayant la forme d'instruments préhistoriques, mais aucun d'eux cependant n'est caractérisé et je ne suis pas assez compétent pour décider. Il est certain qu'on se trouve là en présence d'une curieuse survivance du culte des grottes ; et, il semble bien d'autre part que cette grotte ait jadis été, dans des temps fort reculés sans doute, une habitation. C'est ce que laisse à croire aussi la présence dans le voisinage d'autres grottes que nous mentionnerons dans un instant.

La natte qui se trouve au fond de la grotte sert à ceux qui viennent j)ratiquer ce queles Arabes appellent ïistikhàra. Cette istikhâra n'est autre que l'incubation de l'antiquité classique, qui se retrouve chez les peuples les plus divers. C'est une pratique qui consiste à dormir dans un sanctuaire, pour recevoir de la divinité, pendant le sommeil, des réponses à une question pressante, des indications sur la conduite à suivre dans des conjonctures difficiles, mais surtout pour y être instruit du moyen de se guérir d'une maladie.

L'incubation antique se pratiquait dans les grottes à caractère sacré et cette institution était tellement enracinée qu'on la voit se continuer jusque sous le manteau du christianisme (1).

Uistikhâra telle (}ue les Musulmans l'entendent dans l'Afrique du Nord et spécialement dans le cas présent, est formellement réprouvée par l'orthodoxie musulmane, ce qu. est la preuve qu'elle lui est antérieure. Nous avons jadis eu l'occasion de montrer que la vraie istikhâra n'est en

(1) Voy. PivTTAZONi, lîel. i>r. in Sard., \). 8 seq., 139 seq.

somme qu'mi tirage au sort sous l'invocation de Dieu et nous avons dit comment cette pratique avait servi à islamiser le vieil usage de l'incubation (1).

L'incubation dans l'Afrique du Nord est usitée auprès de la plupart des sanctuaires offrant un abri convenable ; mais ce n'est visiblement là qu'une extension religieuse de sa forme primitive et magique. C'est précisément cette forme primitive que nous avons eu déjà l'occasion de mentionner cbez les Ouzguîta du Goundâfi et dont nous avons sous les yeux un exemple bien conservé.

On mène surtout à la grotte de Lâlla Taqandoût les fous et les névrosés : ils y couchent trois nuits de suite. Un chérif des H'âh'a, de nos amis, et un de nos meilleurs informateurs, nous raconte qu'il y est allé en zidra, c'est-à-dire en pèlerinage avec une femme qui était atteinte d'une maladie nerveuse: elle était mejnoûna, c'est-à-dire « posssédée par les génies » . Ils entrèrent dans la grotte et le moqaddem entra avec eux. Ils adressèrent alors à haute voix aux génies leur requête demandant la guérison de la femme et le moqaddem répéta mot pour mot leurs questions.

Alors le chérif entendit très distinctement une voix qui venait de dessous terre et qui avait, dit-il, le même timbre qu'un phonographe, instrument fort apprécié de tous les Marocains. Cette voix disait : Eddebh'ou ji Sidi Mah'nmmed ou Slimân, ou ddirou maaroùf, iclidfiha Llâhou; hena r'îr sehah, c'est-à-dire : « Égorgez une victime en l'honneur

(i) Ma'jie el lleligion, pp. 410-414; siiprù, |). 'Ji.

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