INVIOLABILITÉ DE LA GROTTE
y croient. Cependant les plus instruits déplacent un peu la question en la ramenant à l'islam, sans pourtant laisser de côté les complaisants génies.
Voici leur théorie: le don d'invincibilité des Neknafa leur vient du saint marabout Sidi iMahammed ou Slimane Eldjazouli, enterré près d'Imin Taqandoùt et les génies ne seraient que ses humbles et obéissants serviteurs.
Ahmed Anfloûs, dont le cœur balance entre les deux, fait parts égales entre eux et ne fait jamais un sacrifice à l'un sans le faire à l'autre ; et pour rester dans le ton, il commence toujours par le marabout.
En vous promettant de rendre visite aux génies d'Imin Taqandoùt, d'abord pour vérifier ce qui se raconte et pour me les rendre favorables, afin de me dévoiler les secrets de ce Maroc que M. Mouliéras a si bien qualifié de « Maroc inconnu », je laisse Anflous à ses sacrifices et je vous dis : à bientôt, en restant vôtre.
TIR EL LIL (l).
J'ai pénétré dans le sanctuaire de Lâlla Taqandoùt h l'improviste et sans consulter personne : les gens qui m'entourent en sont quelque peu scandalisés: une espèce de fanatique qui prie dans la grotte me regarde d'un œil hostile, et il est évident que^ si j'avais annoncé mon intention, on ne m'aurait pas laissé visiter. Au moment où j'y suis entré les gens me criaient : « N'entre pas, tu n'as pas le droit d'entrer là ; il n'y a que les musulmans qui entrent là, n'entre pas car il va l'arriver malheur. » Il paraît en effet que tout infidèle qui pénètre dans le sanctuaire est infailliblement [)er(lu, soit que les génies le dévorent^ soit cpi'il tombe victime de quelque autre accident.
(I) Tir-el-lil veut dire chauve-souris.
L'on me raconte l'histoire d'un chrétien qui y est entré avant moi et ne ressortit jamais, sans que personne pût savoir ce qu'il devint. Ce lieu, me dit-on, est un moûd'a' es' s' âlih' in [lieu des saints), il est hanté, les musulmans euxmêmes ne peuvent y pénétrer que s'ils ont des intentions parfaitement pures. J'ai couru, paraît-il, de terribles dangers et le dévot qui priait dans un coin attendait que le châtiment descendît sur moi : mais celte fois le miracle ne s'est pas produit (1 ).
Nous continuons maintenant à remonter le ravin profond et tortueux. Sur la falaise verticale on aperçoit à de grandes hauteurs, plus près même du sommet que du bas, des excavations qui semblent assez profondes ; on en voit (jui sont distribuées en lignes. Les indigènes ne les considèrent pas comme des sanctuaires ; ils disent que ce sont les chrétiens qui les ont creusées, de même qu'ils leur attribuent, nous l'avons déjà noté, tous les édifices dont les ruines remontent à une époque très ancienne.
Des cavernes de ce genre ont été signalées sur différents points du Maroc. De Foucauld en particulier a mentionné dans la région de l'Atlas et au Sud, des cavernes creusées dans des rochers à pic et dont le voyageur aperçoit l'ouverture à une grande hauteur. Souvent elles s'ouvrent
(4) La même année f{uo nous, M. Wcsterniark, bien connu de tous les sociologues, a fait une visite à la grotte de Làlla Taqandoût, en compagnie de M. Johnston, de Mogador, un des hommes les plus versés dans l'àtudc du chelh'a et des mœurs berbères. L'intéressant récit de cette excursion a été publié par M. Johnston dans Al Morjhreb Al-Aksa, journal de Tanger, 28 dérembre 1901 et 14 janvier 490-2, n- 988 et 989.