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LE RABBIN BEL HANECH

salem pour la collecte annuelle, mais qu'à la suite de difficultés avec le grand rabbin de Marrakech il quitta cette ville et partit avec des gens d'Ourîka, qui, un vendredi soir, s'en retournaient dans leur pays. Arrivé au pied de la montagne, le rabbin se déshabilla, se lava comme on lave un mort, tira un linceul de son coffre, s'enveloppa dedans et dit à ses compagnons : « Le grand rabbin de Marrakech est mort et je suis convoqué devant le tribunal de Dieu pour comparaître avec lui. » Avant de mourir, il recommanda qu'on le mît sur sa mule et qu'on l'enterrât là où elle s'arrêterait; quand elle se fut arrêtée, le soleil suspendit sa course pour qu'on pût l'enterrer sans que le sabbat fût violé. On avait à peine procédé à son inhumation, que l'on apprit avec stupeur que le grand rabbin de Marrakech était mort au même moment que Bel H'anech.

Le village d'Ourîka est situé dans la plaine, en face de la maison du caïd. Plus loin que celle-ci, dans l'Est, se trouvent El Khemîs, village où, dit-on, il y avait un marché du jeudi et d'autres villages encore : dans l'oued, au loin sur un sommet escarpé, on aperçoit les ruines de Tazrimoût. Ce que sont ces ruines, nous ne le savons pas, car moins liciireux que notre savant collègue M. Westermarck qui est passé ici avant nous, nous n'avons pas pu les visiter, n'étant pas porteurs d'une lettre du Makhzen (1). Ces consi ruelions, nous dit-on, ont appartenu jadis aux chrétiens; car les chrétiens, ajoute-t-on. ont habité ce pays; mais aujour-

(1) Brivks, Voyages au Maroc, les a visitées et d(''crites. Voir aussi, pour la légende, Qieuf.nfeldt, Div. et liép. herb.. trad. Simon, p. 98.

<2i UNE CAPITALE DÉCHUE

d'hui personne ne demeure i)lus là parce que ce sont des lieux hantés par les génies, meskoùnîn.

En bas de Tazrimoût dont l'accès, paraît-il, est assez malaisé, sont trois villages qui se nomment Talia, Ir'il ou Zemmoûr et Ir'il n Aïlàn. Tazrimoût fait partie des Mesfîoua, mais les habitants sont sàïb, c'est-à-dire qu'ils ne paient d'impôt que ce qui leur plaît et qu'ils échappent à peu près complètement à l'autorité du caïd. Il y a encore des Juifs à Talya mais seulement très peu. On y voit pourtant les restes d'un mellàh' assez considérable, mais les Juifs en sont partis par suite de l'insécurité qui résultait pour eux de la discorde entre les habitants et le Makhzen. Il arrivait qu'au cours des luttes entre le parti du pouvoir central et celui de l'indépendance locale, ils étaient molestés, quel que fût le vainqueur, et, pour employer une expression vulgaire, payaient toujours les pots cassés.

Ir'il n Aïlàn corres])ondrait assez bien à l'Ar'màt Aïlân des auteurs arabes dont personne n'a connaissance ici. Cette Aïlân serait bien à l'orient de la première, de môme qu'à Marrakech Bilb Aïlân est à l'orient de Bàb Ar'mât. Sans doute cette deuxième Ar'mât était bien moins importante que l'autre et peut-être les auteurs ne la citent-ils qu'à cause du goût bien connu que les Arabes montrent pour les doublets. II y a encore une autre Aïlàn près de Demnât, mais elle ne répond pas à la description des auteurs (i).

Au début de notre promenade nous avons tenté de pho-

(I) D'après le Djedzoïial el Iqlibâx, éd. de Fez, cah. 41, p. 4, Ar'mât Oiirîka sérail la môme qu'Ar'mAl Aïl;\n ; je suis l)icn près de me rallier à celle opinion.

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