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MÉSAVENTURES DE PHOTOGRAPHE

tooraphier le h'ammâm, mais la direction du soleil n'était pat favorable; nous avions déjà essayé de le faire sans succès le matin : nous y revenons une troisième fois au retour de notre excursion à Ourîka. Nouvelle déception, le soled n'a pas suffisamment tourné et décidcmcnl nous nous étions mal orientés; ce n'est que demain, et tout au matin, que nous pourrons essayer de prendre un cliché. Nous nous disposons à quitter le h'ammàm pour revenir a notre campcmenl, lorsque Si Bou Médiène nous rapporte que le professeur de la Médersa qui a suivi tous nos mouvements autour du bain maure, en compagnie d'autres oisits, répand le bruit que ce sont les saints du pays qui m'empêchent de photographier les ruines du h'ammâm.

Ces ruines, comme tout ce ciui touche les restes de l'ancienne Ar'mâl, ont aux yeux des indigènes un caractère presque sacré : il en est ainsi de tous les restes de très anciennes constructions. Néanmoins, il nous déplaît délaisser croire que nous avons élé l'objet d'un miracle aussi contrariant pour nous et nous descendons dans les deux salles souterraines, puis nous photographions l'intérieur à la lumière artificielle; l'éclair du magnésium cause aux indigènes qui sont descendus avec nous une véritable stupéfaction; je leur explique alors néghgemment que le soleil n'étant i)as bien posé, je l'ai fait descendre lui-même un instant dans une chambre. Cette explication ne rencontre aucune contradiction et la troupe nous suit en silence, pendaul .pic uous rentrons dans notre campement.

En arrivant près de notre tente nous apercevons une vingtaine d'individus qui nous attendent. Ce sont des malades; bon gré mal gré l'Européen est ici médecin et, s'il l'oublie, on se charge de le lui rappeler. De l'opium à ceux qui ont de l'entérite, de l'ipéca à ceux qui ont de la dysenterie, de l'antipyrine à ceux qui ont mal à tète, quelle qu'en soit d'ailleurs l'origine. Il faut ici des remèdes qui fassent promptement leur effet, faute de quoi on passerait pour un mauvais médecin. Aussi, notre plus grand remède, dont Si Bon Médiène est chargé de faire la distribution, est le sulfate de magnésie; nous purgeons, et nous purgeons encore, comme des médecins de Molière.

Beaucoup demandent s'il faut avaler avec la drogue le papier qui l'enveloppe, et l'on répond toujours affirmativement: l'un d'entre eux, plus perspicace que les autres, leur exphque qu'il faut avaler le papier à cause des caractères qui sont imprimés en bleu sur chaque paquet (et qui forment simplement le mot « antipyrine »). A ceux qui demandent plus de détails, on répond que la vertu magique de ces caractères renforce considérablement celle du médicament ; et lout le monde paraît très convaincu, car ici on croit encore plus à la magie qu'à la médecine, ou pour mieux dire, la médecine ne se distingue pas encore de la magie. Si Bou Médiène est occupé à écrire des prières et des amulettes qu'il distribue abondamment, et ce sont svn-tout les esprits forts qui s'adressent à moi.

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