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LA FORÊT DE RETEM

fronde médiocre, assez dense cependant pour donner quelque ombre.

L'ombre, il est vrai, n'est guère recherchée, car un vent frais souffle presque toujours en rafale, soulevant des nuages de sable aveuglants. Il n'y a d'abri alors que dans la forêt des retem, maigre rempart qui brise un peu le vent et retient les sables : elle s'étend jusqu'à la limite des marées, contenant pour un temps l'envahissement de la dune : mais çà et là les retem sont débordés et enterrés sous le sable.

La vie n'abandonne pas cette misérable forêt : des lézards filent sur le sable chauffé par le soleil, des petits rongeurs, le charmant sehseh ou mangouste, l'ichneumon des Égyptiens {Herpestes icimeumon, L), avec sa queue en plumet bigarré, le hérisson y pullulent; des mouches, des libellules, des papillons bleus, quelques gros coléoptères, le scarabée qui roule éternellement sa boule, animent ce paysage indigent où ne pousse aucune autre plante herbacée qu'une triste euphorbe et un maigre chardon. Les mollusques sont représentés par toute une collection d'hélices blanches qui s'attachent aux branches des retem : elles jonchent le sol à profusion, mélangées au sable fin des dunes avec des coc[uillages que les grandes marées ont rejetés au loin.

La surface du sol est durement caillouteuse, mais partout le sable l'envahit, noyant peu à peu la pierre dure sous sa poudre impalpable, revanche de l'atome sur le rocher. Çà et là l'eiix aliisscnieiit esl comijU-t : le sable est vainqueni-, la dune a loiil recouverl ; elle allonge souvent, sur

des étendues de plusieurs kilomètres à l'intérieur du pays, les croupes régulièrement courbées en croissantde ses monticules fauves.

Mollement arrondis et en pente douce du côté du vent, ils tombent à pic vers le sud-ouest ; de leur crête, taillée en lame de sabre, la poussière qui vole légèrement sur la montée du nord-est, s'écoule de l'autre côté en menus éboulis. Sans trêve les légères cordées descendent et augmentent la masse de la dune. Rien n'est moelleux comme le contact de ce sable fin, aucun contour n'est plus doux que la rondeur et la régularité de ses mamelons : on sait le rôle cpie jouent les dunes dans la littératm^e des Arabes et combien elles ont fourni aux poètes de métaphores pour dépeindre le corps de leurs maîtresses.

« Ta salive, dit El Moutanabbi à quelque objet imaginaire de son amour, ta salive est-ce l'eau (pure) d'un nuage (bienfaisant), où est-ce un vin (enivrant)? Elle rafraîchit ma bouche comme un glaçon, pendant que mon cœur est ardent comme une braise. Sont-ce des dents cet éclair (que j'ai vu briller) dans ta bouche? (Et cette taille ployée) est-ce mi saule (flexible)? (Et cette croupe arrondie) est-ce une dune de sable (au contour moelleux) ? »

Sur le promontoire de Tagriouelt où nous avons e\\ l'occasion d'observer longuement le régime des dunes, il y a cependant une belle et dcn.se végétation de ia.gga, mais ils n'empêchent pas la dune de s'étendre jusqu'au bord des falaises qui descendent sur lu mer : (|uelques-unes même alteig-ncnl ce bord et, du haut du rocher taillé à pic,

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