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LA DUNE

elles s'écoulent jusque sur la j^etite plage qui est au pied.

Plus de vingt gros filets de sable, qui courent comme de l'eau sous le souffle ininterrompu du vent, se précipitent du haut de la falaise et formeraient \m énorme tas si les vagues delà mer ne les dégageaient constamment. C'est un étonnant spectacle que cette cascade de sable qui s'écoule éte/rnellement; quand le soleil l'éclairé et c[ue la l^rise disperse les grains de sable, on croirait voir tomber des nappes d'or liquide et fumant.

Le vent, sur le promontoire même de Tagriouelt, est toujours d'une grande violence et laisse à peine place à une végétation rabougrie dont la flore ne compte que quelques espèces, un Ortonis, des lentisques étriqués... Plus avant dans les terres ce sont les retcm cpii forment la forêt ; ils s'élèvent i\ cet endroit juscpi'à la hauteur d'un cavalier, parsemés de nombreux taillis de tagga; çà et là aussi l'étrange broussaille, appelée en arabe tirta et en chelh'a tirremt, le Zygophylliun cornutiim,CoHS., des naturahstcs. Branchue au point de former d'inextricables buissons, couverte de lichens et dépourvue de toute verdure sauf quehfucs feuilles grasses, elle attriste l'œil par son aspect revêche et stérile.

L'envahissement définitif de ce pays par le sable des dîmes semble fatal; nous avons pi'obablemcnt Ih sous les yeux le spectacle du j)hénomène géologique ([ui a donné naissance à Timmcnsc plage de sable delà c6lc allanli(|iu' du Maroc. Mais pour des causes qu'il appartient aux géo-

graphes de fixer, le régime de l'alizé a déserté la partie septentrionale de cette côte.

Pourra-t-on fixer cette dune? Auprès de Mogador, en particulier, le problème offre un grand intérêt : il semble bien que le retem soit la seule plante indigène capable de lutter contre le vent. Mais il semble aussi que, sur les points où les courants aériens accumulent les sables en grands amoncellements, il soit impuissant à lui opposer une digue, car on voit souvent, comme nous le disions tout à l'heure, des champs de retem à demi enterrés.

Le tagga, au contraire, forme un forêt assez résistante; mélangé au retem, il permettrait mieux de lutter contre l'ensablement : il semble d'ailleurs être la seule essence forestière capable de vivre sous ce régime climatérique. Malheureusement les habitants déboisent à outrance ; les malheureux indigènes de ce pays désolé n'ont d'autres ressources que la vente à Mogador du poisson qu'ils pèchent et du peu de charbon qu'ils fabriquent avec le tagga.

Il est vrai qu'ils se contentent de couper les arbres sans les déraciner et que ceux-ci sont, dit-on, susceptibles de repousser; mais il faut observer que, s'ils s'abstiennent de dessoucher, c'est plutôt par paresse que par prévoyance. D'au Ire part, les étendues qu'ils déboisent ainsi et sur lesquelles le vent a prise, sont trop vastes pour que le reboisement puisse s'effectuer d'une façon naturelle, car le sable les envahit rapidement. Aussi voit-on çà et là aux environs des dunes les troncs morts d'anciens l<i(j(ja qui émergent du sol, témoins d'une végétation ancienne aujourd'hui anéanlie par

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