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LA BRUME

la force aveugle des éléments et la faute non moins aveugle des hommes (1).

Le vent alizé du nord-est commence à se faire sentir au quinze mars et se termine vers le quinze septembre. Chaque jour vers le coucher du soleil, il diminue progressivement, en sorte qu'au miUeu de la nuit l'atmosphère est parfaitement calme, puis il recommence doucement à souffler avec le jour et atteint son maximum vers la fin de l'après-midi ; la marée descendante le fait aussi tomber peu à peu.

Lorsqu'il ne souffle pas, ce qui est rare, d'épais brouillards s'abattent aussitôt sur le littoral : ils vont par bancs énormes, embrumant tout le rivage, redoutés du marin parce qu'ils empêchent de reconnaître les atterrages, et que de loin, ils simulent si parfaitement la terre, que le plus habile peut s'y tromper; d'autres fois ils reculent les objets ou leur infligent des déformations bizarres. Ils sont en général portés par une brise fraîche et qui semble souvent glaciale. Quand vers midi le soleil arrive à trouer çà et là celte couverture de brume, ses rayons cuisants sont pénibles à supporter dans l'atmosphère lourde et calme.

Rarement un vent brûlant souffle des régions du Sud : ce n'est qu'à de rares intervalles (ju'il vient troubler le climat étonnamment constant de Mogador. Ce climat est exclusivement côtier, car à queUjues kilomètres du littoral la chaleur augmente seiisiblemenl. A la limite de ces deux zones climatériques, les vents chauds de la terre luttent avec

(1) Sur les dunes de Mogador, cl", l'élude de Pobéguin, in /iiill. Corn. Afr. Fr.

Edm. DouTTh; — Missions .m Maroc. 20

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le souffle de l'alizé et l'on a alors la singulière sensation d'une brise alternativement fraîche et brûlante. Ce phénomène est surtout sensible pendant l'été à Saffi où est la limite extrême de l'alizé. Là il alterne très souvent avec les vents les plus brûlants : nous eûmes l'occasion une fois, en rade de Saffî, d'observer ce phénomène curieux.

Nous étions alternativement glacés par un souffle très frais et brûlés par des bouffées d'un vent très chaud. Ce dernier dominait, mais toutes les cinq ou dix minutes il faisait place à des bouffées d'un vent qui avait facilement quinze ou vingt degrés de moins et qui siiccédait sans aucune transition au courant d'air chaud. Ce dernier fit monter le thermomètre à quarante-deux degrés sur la passerelle du navùre ; les boufîées de vent frais n'étaient pas assez durables pour faire descendre le mercure de plus de dix degrés.

Mais lorsque nous eûmes levé l'ancre, à peine avionsnous fait un mille marin que nous nous trouvâmes dans le courant d'air frais et que le thermomètre tomba à quatorze degrés, soit vingt-trois degrés de différence en quelques minutes. Ce régime singulier, glacière et fournaise, est très fréquent à Saffi : il durait depuis un mois lorsque nous y fûmes cette fois-là; mais le vent chaud domine le plus souvent, et Saffi est le four de la côte nmrocaine.

Tout au rebours de Saffi, Mogador ignore presque complètement les vents chauds et ne connaît guci-e de vent appréciable que l'alizé, en sorte que l'été y est inconnu et que l'on a pu dire de Mogador et de ses environs ([uc c'étaient une « Riviera marocaine ». Chose extraordinaire, la vigne,

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